Si la popularité actuelle des VUS se maintient, il ne se vendra plus aucune voiture au Québec en 2026, a calculé le professeur Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire en énergie de HEC Montréal.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Si la popularité actuelle des VUS se maintient, il ne se vendra plus aucune voiture au Québec en 2026, a calculé le professeur Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire en énergie de HEC Montréal.

« C’est ma prédiction, basée sur la projection de la tendance à la hausse des ventes de VUS et de camions légers qui s’observe depuis plusieurs années », a-t-il dit lors du lancement de la 7e édition de l’État de l’énergie au Québec, un portrait annuel de la production et de la consommation d’énergie.


Comme chaque année, ce portrait souligne l’attrait des Québécois pour des véhicules de plus en plus gros. C’est une tendance lourde : entre 1990 et 2019, les ventes de VUS et de camions légers ont augmenté de 284 %, tandis que les ventes de voitures ont diminué de 29 %.


Les ventes de véhicules électriques, qui sont en forte augmentation, restent encore marginales dans le parc automobile québécois. En 2019, la part de marché des VUS était de 69 %, tandis que celle des véhicules électriques était de 6 %. « Ça veut dire qu’il se vend 11 VUS pour chaque véhicule électrique », a illustré le professeur.


Exprimés par habitant, le nombre de véhicules et la consommation d’essence sont en hausse partout au Québec depuis 10 ans. C’est en Gaspésie que le nombre de véhicules et la consommation d’essence ont le plus augmenté, tandis que la hausse est moindre dans les principales villes du Québec, soit Montréal, Laval et Québec.

Du pétrole 100 % nord-américain

Même si les Québécois achètent de véhicules de plus en plus gros, la consommation d’essence totale est stable, ce qui indique que les moteurs sont plus efficaces. Entre 2013 et 2019, les ventes d’essence et de diesel ont augmenté de 5 %. En 2020, en raison de la pandémie, la consommation aurait baissé de 20 % au Québec, selon une estimation faite à partir des données canadiennes.


Le parc automobile québécois n’est plus propulsé par du pétrole venu d’outre-mer, souligne aussi l’État de l’énergie du Québec 2021. Le pétrole consommé au Québec vient des États-Unis, à 54 %, et du Canada, à 46 %. L’Algérie, le Nigeria, le Kazakhstan et la Norvège ne fournissent plus du tout de pétrole à la province. Plusieurs pays ont annoncé une interdiction de la vente de véhicules à moteurs thermiques en 2035 ou plus tard ou ont l’intention de le faire. Une telle interdiction n’aura pas un impact énorme, selon Pierre-Olivier Pineau, parce que le marché est déjà en déclin. « C’est comme si on interdisait les téléphones à cadran. Le marché est déjà en déclin », a-t-il illustré.


Comme pour lui donner raison, GM annonçait hier son intention de construire uniquement des véhicules zéro émission à partir de 2035.

Deuxième au monde

Même si le Québec peut se vanter de consommer surtout de l’énergie renouvelable, il est toujours bon de rappeler que sa consommation d’énergie par habitant est la deuxième plus importante au monde, derrière celle du Canada et devant celle des États-Unis. C’est la présence d’industries énergivores, comme les alumineries et les usines de pâtes et papiers, qui explique cette situation. Le secteur industriel consommait 73 gigajoules soit le tiers de toute l’énergie consommée au Québec en 2018, l’année des dernières données disponibles.


L’économie ou l’environnement

Au cours des 20 dernières années, la population du Québec a augmenté de 14 % et la taille de son économie a crû de 35 %. Pendant la même période, la consommation d’énergie a augmenté de seulement 5 %. C’est la preuve qu’il est possible de faire des économies d’énergie sans nuire à l’économie, note Pierre-Olivier Pineau. « L’Allemagne et le Danemark le font, sans exporter leurs émissions ailleurs », a-t-il dit.

Objectif raté

À la fin de 2020, il y avait 84 988 véhicules électriques et hybrides rechargeables au Québec. C’est une augmentation considérable de 35 % en un an, mais c’est encore loin de l’objectif de 100 000 que s’était fixé le précédent gouvernement du Québec pour 2020. Cet objectif avait été reconduit par le gouvernement de la CAQ et avait été considéré il y a deux ans comme « certain » par le ministre de l’Énergie, Jonatan Julien.

Une borne pour deux voitures

Le nombre de bornes de rechange pour véhicules électriques a augmenté très vite depuis 2017. Entre 2019 et 2020, il a bondi de 53 % pour atteindre 46 916. C’est presque une borne par deux voitures électriques. C’est le nombre de bornes installées à domicile qui a augmenté le plus depuis un an, soit de 83 %, entre 2019 et 2020.