L’année qui vient de se terminer n’a pas été très bonne pour plusieurs secteurs de l’économie, on le sait. Parmi ceux-ci, l’industrie mondiale de l’automobile a été particulièrement touchée par la pandémie.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Les ventes de voitures dans le monde, qui avaient atteint 78,9 millions d’unités en 2018, auraient chuté à 62 millions en 2020, selon les statistiques préliminaires publiées par la firme Statista. Même la Chine, où le nombre de voitures augmente plus vite que partout ailleurs, a ressenti l’impact du virus.

Les ventes de véhicules électriques ont aussi souffert de la pandémie, mais dans une moindre mesure. Dans ce secteur en particulier, les chiffres continuent de surprendre. La part des véhicules électriques (hybrides ou tout électriques) dans les ventes mondiales a bondi de 40 % entre 2018 et 2019, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les données de 2020 ne sont pas disponibles, mais on voit que la voiture électrique continue de gagner du terrain, ici comme ailleurs.

Parmi les pays qui mènent la transition vers le transport électrique, la Norvège attire l’attention, avec raison. Le plus important producteur de pétrole en Europe mise depuis longtemps sur l’électrification des transports. En 2020, les Norvégiens ont acheté plus de véhicules électriques que de voitures à essence. Une part de marché supérieure à 50 % pour les véhicules électriques, c’est remarquable et sans équivalent ailleurs dans le monde. La Norvège s’attendait même à mieux. N’eût été la pandémie, l’Association norvégienne des véhicules électriques prévoyait une part de 60 % des ventes de véhicules en 2020. Pour l’année en cours, l’objectif est d’atteindre le seuil de 65 %.

Ces avancées doivent toutefois être mises en contexte. Malgré tout l’argent dépensé par la Norvège pour encourager l’achat de véhicules électriques, plus de 90 % des voitures en circulation dans le pays fonctionnent encore à l’essence. Autrement dit, 9 % des voitures norvégiennes sont électriques.

Et malgré l’augmentation de 40 % de la part de marché des voitures électriques dans le monde, celles-ci ne représentent que 1 % du parc automobile actuel.

L’annonce de la mort de la voiture à essence est prématurée, on dirait. Selon un des scénarios probables envisagés par l’AIE, la part de marché des véhicules électriques pourrait passer de 1 % à 13 % dans le monde d’ici 2030.

Ça se peut, si les gouvernements maintiennent leurs mesures d’incitation à l’achat de véhicules électriques. Actuellement, la plupart des pays encouragent l’achat de véhicules zéro émission d’une façon ou d’une autre et beaucoup subventionnent aussi les bornes de recharge.

L’offre devra aussi continuer de s’améliorer et les prix de baisser. La décision d’un nombre croissant de gouvernements d’interdire la vente de véhicules neufs à essence d’ici 15 ou 20 ans pourrait aussi accélérer la transition vers l’électrification des transports.

On tient pour acquis que le remplacement des voitures à essence par des véhicules électriques sera bénéfique pour l’environnement. C’est probablement vrai. En 2019, les voitures électriques qui roulaient sur les routes du monde ont évité la consommation de 600 000 barils de pétrole, selon l’AIE.

Mais il faut continuer de s’interroger sur la contribution réelle des voitures électriques à la réduction des gaz à effet de serre. C’est assez simple : elle varie selon la source de production de l’électricité qui alimente les batteries.

Le nombre croissant des voitures électriques fera augmenter la consommation d’électricité. Selon le scénario de l’AIE, on peut s’attendre à ce que la demande mondiale d’électricité soit multipliée par six d’ici 2030.

C’est pourquoi l’électrification des transports doit s’accompagner d’une décarbonisation de la production d’électricité.

Aujourd’hui, encore plus de la moitié de l’électricité consommée dans le monde est générée par des énergies fossiles, principalement le gaz naturel et le charbon.

> Consultez l’étude (en anglais)