Alors que l’économie du Québec commençait à relever la tête, un reconfinement généralisé pourrait la faire replonger en territoire négatif. Faut-il encore paralyser complètement l’activité économique pour venir à bout du virus ? Nous avons posé la question à trois économistes.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Même si le gouvernement du Québec décide d’imposer un confinement aussi sévère que celui du printemps dernier, son impact serait probablement moins dévastateur sur l’économie. Beaucoup moins, croit Clément Gignac, vice-président et économiste en chef de IA Groupe financier.

« Ça n’aura pas la même ampleur à cause des programmes d’aide en place et de l’arrivée des vaccins », explique-t-il.

« Au printemps, quand les mesures sanitaires ont paralysé l’activité économique, le niveau d’anxiété était très élevé », poursuit-il. Beaucoup de gens ont craint que l’économie ne se remette pas des fermetures d’entreprises et des pertes d’emplois qui se sont multipliées.

Même s’il y a eu des dommages, la plupart des emplois sont revenus à mesure que les entreprises ont été autorisées à reprendre leurs activités. Les programmes d’aide sont en place et les vaccins ont commencé à être distribués. « Ça fait en sorte que le niveau d’insécurité n’est pas aussi élevé », estime l’économiste.

Les marchés financiers fonctionnent normalement et les ménages peuvent continuer à consommer, malgré les restrictions. « Les achats en ligne et le take-out dans les restaurants, ça fonctionne bien », souligne-t-il.

Clément Gignac ne croit pas que le Québec imposera un reconfinement aussi sévère qu’au printemps, alors que les usines et le secteur de la construction avaient été mis à l’arrêt. Mais si c’est le cas, dit-il, « les employeurs comme les employés vont savoir que c’est temporaire, que c’est un coup à donner en attendant les vaccins ».

Grâce aux programmes existants, les employeurs pourront garder leurs employés et le taux de chômage ne devrait pas grimper en flèche comme au printemps, croit M. Gignac.

Au deuxième trimestre de 2020, l’économie du Québec a reculé de 12,2 % et le taux de chômage a triplé pour atteindre 17 %.

L’impact d’un reconfinement total se répercuterait sur le produit intérieur brut, dit l’économiste, mais il ne faut pas craindre la récession. « Grâce aux vaccins, on devrait atteindre un point de bascule et l’économie se remettra à avancer », prévoit-il.

La chose à faire ?

Faut-il paralyser complètement encore une fois l’économie pour réussir à réduire la courbe des infections ? On dirait qu’on est rendus là, estime Yves St-Maurice, économiste spécialiste des politiques publiques. « C’est comme si on faisait les choses à moitié actuellement, on a les coûts [liés aux mesures sanitaires] mais pas les bénéfices », observe-t-il.

Selon lui, un reconfinement total de quatre ou six semaines, en hiver, quand l’activité économique est déjà ralentie, « pourrait permettre de redonner un peu d’air au système de santé. Il y a des coûts associés à ça, mais on a la capacité de les absorber, ce qui n’est pas le cas de tous les pays ».

Les restrictions imposées à l’automne par le gouvernement Legault n’ont pas donné les résultats escomptés, en partie parce que les consignes ne sont pas suivies dans la population. Des mesures encore plus sévères seront-elles mieux respectées ?

Stephen Gordon, économiste et professeur à l’Université Laval, pense que non. « La population ne va pas accepter le reconfinement généralisé », croit-il.

Après neuf mois de pandémie, il y a une lassitude qui explique la recrudescence des cas d’infection, et l’imposition de mesures plus sévères risque d’avoir un impact limité, selon lui.

Tous les efforts devraient plutôt aller du côté de la vaccination, estime le professeur.

La population la plus à risque n’est pas nombreuse, poursuit-il, et pourrait être protégée rapidement. « La population âgée de 80 ans et plus représente 4,8 % de la population et compte 72,9 % des décès, illustre-t-il.

« Si on est capables de vacciner rapidement les personnes les plus âgées, on pourrait vivre avec le virus sans imposer des restrictions plus sévères à la population », explique-t-il.

Il ne s’agit pas de choisir entre la santé publique et l’économie, souligne Stephen Gordon. « Ce n’est pas un conflit entre les deux. Si les gens ont peur d’aller au restaurant, ils n’iront pas même s’ils restent ouverts », illustre-t-il.