(Bruxelles) La Commission européenne a prédit mercredi une récession « historique » cette année dans l’UE, dévastée par les répercussions économiques de la pandémie de coronavirus, qui nécessitent un plan de relance sans précédent.

Clément ZAMPA
Agence France-Presse

Du jamais vu depuis le lancement de la monnaie unique en 1999 : la zone euro devrait enregistrer une chute record de son PIB de 7,7 % en 2020, puis une remontée de 6,3 % l’année suivante.

« L’Europe fait face à un choc économique sans précédent depuis la Grande Dépression (de 1929, NDLR) », a souligné le Commissaire européen à l’Économie, l’Italien Paolo Gentiloni.  

Ce désastre met la pression sur Bruxelles pour présenter un plan destiné à stimuler la reprise économique européenne. Un exercice périlleux tant les 27 pays de l’UE sont divisés sur les solutions à apporter.

« Nous travaillons dur. Ce n’est pas un exercice facile […] Le plan devrait sortir dans les prochaines semaines et je suis confiant de le voir approuvé en juin » par les États membres, a déclaré M. Gentiloni.  

« La profondeur de la récession et la force de la reprise sera différente selon les pays, conditionnée à la vitesse avec laquelle ils pourront lever les mesures de confinement, l’importance dans chaque économie des services, comme le tourisme, et les ressources financières de chacun des États », a-t-il prévenu.

Sans surprise, les pays pour lesquels la Commission européenne anticipe les pires récessions cette année sont dans l’ordre : la Grèce (-9,7 %), l’Italie (-9,5 %) et l’Espagne (-9,4 %), tout trois très dépendants des dépenses des touristes.

« Nous devons travailler dur pour que ce secteur survive à l’été », a reconnu M. Gentiloni. L’exécutif européen compte présenter la semaine prochaine un plan spécifique au tourisme, avec des lignes directrices sur les conditions sanitaires dans les lieux fréquentés par les vacanciers.  

Pays à la fois touristique et industriel, la France ne tire guère mieux son épingle du jeu avec une récession attendue de 8,2 % en 2020, puis un rebond de 7,4 % en 2021.  

Première économie de la zone euro, l’Allemagne, très dépendante de ses exportations, verra son PIB reculer de 6,5 % en 2020, selon ces prévisions de printemps de la Commission.

La dette publique explose

Conséquence de cette récession historique, les déficits publics devraient se creuser dans tous les pays et les dettes publiques très fortement augmenter en 2020, avant de voir la situation s’améliorer en 2021.

Mais les pays déjà fragiles avant la crise seront plus vulnérables que les autres.  

Ainsi l’Italie, pays le plus endeuillé par la pandémie de la zone euro, devrait voir sa dette publique exploser à 158,9 % du PIB en 2020, après 134,8 % en 2019.

Parmi les 19 pays ayant adopté la monnaie unique, seule la Grèce fait pire avec une dette publique à 196,4 % du PIB en 2020.

Le déficit public de l’Italie, troisième économie de la zone euro, devrait être le plus élevé des 19 pays à 11,1 % du PIB cette année.

La France, seconde économie de la zone euro, qui affichait un déficit public de 3 % du PIB en 2019, devrait le voir monter à un niveau « sans précédent » en 2020, à 9,9 % du PIB.

« À politiques inchangées et en supposant que les mesures adoptées pour lutter contre la pandémie ne s’appliqueront qu’en 2020 », ce déficit pourrait s’afficher à 4,0 % du PIB en 2021, selon Bruxelles.

La dette de la France devrait quant à elle se creuser largement, à 116,5 % de son PIB cette année, avant de se réduire légèrement à 111,9 % en 2021. Elle a atteint 98,1 % du PIB en 2019.

Mais même l’Allemagne, en temps normal adepte de la discipline budgétaire, a renoncé cette année à la rigueur pour venir en aide à ses entreprises mises à l’épreuve par le confinement.

Ainsi, le déficit public allemand atteindra 7 % du PIB cette année, après un surplus de 1,4 % en 2019. En 2021, le déficit devrait toutefois être considérablement réduit à 1,5 %.