(Washington) L’aide débloquée par la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres semble déclencher des transferts de fonds en direction de comptes offshore, ce qui suggère un détournement de cette aide, selon une étude publiée mardi par l’institution financière.

Agence France-Presse

« Ces versements d’aide vers les pays les plus dépendants coïncident avec une augmentation importante de transferts vers des centres financiers offshore connus pour leur opacité fiscale », comme la Suisse, le Luxembourg, les îles Caïman et Singapour, expliquent les auteurs de l’étude.  

Le « taux de fuite » moyen est estimé à environ 7,5 % de l’aide, estiment-ils.

Cette étude s’est concentrée sur 22 des pays les plus pauvres – principalement en Afrique – en comparant les chiffres de la Banque mondiale avec ceux des versements à l’étranger compilés par la Banque des règlements internationaux.

La publication de cette étude a provoqué des remous après que le magazine britannique The Economist a avancé la semaine dernière qu’elle pourrait être l’une des raisons de la démission de l’économiste en chef de la Banque mondiale, Pinelopi Koujianou Goldberg.  

Mais l’institution financière s’est défendue contre les rumeurs selon lesquelles elle avait voulu étouffer sa publication.

Son brouillon « a été relu plusieurs fois et s’en est retrouvé amélioré », a-t-elle dit dans un communiqué.  

Si elle ne précise pas quelles sont ces améliorations, une première version de l’étude expliquait que les versements d’aide « causaient » des transferts d’argent vers l’étranger.

La version finale du document préfère dire qu’ils « coïncident avec » ces transferts d’argent.  

L’étude suggère que plusieurs explications sont possibles pour ces fuites, mais elle en élimine la plupart.  

« L’aide détournée par les politiques au pouvoir, les bureaucrates et leurs acolytes est cohérente avec la totalité des schémas observés », se contente-t-elle de souligner, ajoutant que les effets « sont plus importants pour les pays les plus corrompus ».