(Washington) La trêve de Noël et l’incertitude qui régnait alors sur un plan de relance ont fait reculer les inscriptions au chômage aux États-Unis, mais elles pourraient fortement rebondir début 2021 car la pandémie de COVID-19 continue de limiter l’activité économique.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

L’année 2020, qui avait débuté avec un taux de chômage au plus bas en 50 ans, et l’avait vu grimper en avril au plus haut depuis les années 1930 avant sa redescente, se termine donc sur une baisse des inscriptions hebdomadaires au chômage.

Entre le 20 et le 26 décembre, 787 000 personnes se sont inscrites au chômage après avoir perdu leur emploi ou leur revenu, soit 19 000 personnes de moins que la semaine précédente, selon les données publiées jeudi par le département du Travail.

Mais ce recul ne signifie pas que la situation s’éclaircit : il est lié à la combinaison des fêtes de fin d’année et de l’incertitude qui entourait alors l’avenir des allocations chômage, estime Nancy Vanden Houden, analyste pour Oxford Economics.

« Il risque d’y avoir une augmentation des demandes dans les semaines à venir maintenant que les programmes d’urgence ont été prolongés », anticipe-t-elle.

En effet, la confusion régnait jusqu’à dimanche sur l’avenir des allocations chômage, entre le Congrès qui ne parvenait pas à s’entendre, et le président Donald Trump qui menaçait de ne pas ratifier le texte, et donc bloquait son adoption définitive.

Aux États-Unis, le chômage est versé par chacun des 50 États, qui décident de son montant et de sa durée. Les plus généreux accordent six mois.

Le plan de relance adopté en urgence fin mars en prolongeait la durée et l’étendait à des travailleurs qui ne peuvent habituellement pas y prétendre, les indépendants notamment. Mais cette mesure expirait le 26 décembre, laissant des millions de chômeurs-plus de 12 millions selon certaines études-sans ressource.

Elus démocrates et républicains au Congrès ont finalement réussi à s’entendre, après des mois de négociations, pour les prolonger jusqu’en mars 2021 et rehausser le montant hebdomadaire de 300 dollars pour tous les bénéficiaires. Le président Donald Trump, qui a laissé planer le doute pendant une semaine, a fini par signer.

20 millions de personnes

Ces aides étaient nécessaires, car les États-Unis sont confrontés à un spectaculaire rebond de l’épidémie depuis l’automne. Le pays a enregistré mercredi 3927 morts de la COVID-19 en 24 heures, un record.

De nombreux États et villes du pays ont dû restreindre l’activité, notamment des bars et restaurants, les limitant à servir en extérieur uniquement, malgré les températures hivernales.

Le nombre total de bénéficiaires du chômage a toutefois continué à reculer mi-décembre, avec 5,2 millions de personnes, soit 103 000 de moins que la semaine précédente.

Mais cela signifie surtout qu’ils sont nombreux à avoir épuisé leurs droits au chômage.

Et au total, près de 20 millions de personnes sans emploi ou sans revenu touchaient toujours une aide au cours de la semaine achevée le 12 décembre, selon les dernières données disponibles.

Les élus du Congrès s’écharpent désormais sur le montant du chèque à envoyer aux Américains-sous condition de revenus. Le texte prévoit 600 dollars par personne, mais Donald Trump exigeait 2000 dollars.

Et, dans un retournement insolite, ce sont désormais les élus démocrates qui défendent cette position au Congrès, face au chef des républicains au Sénat, l’intransigeant Mitch McConnell, qui refuse d’en entendre parler.

La pandémie de COVID-19 a dévasté en quelques semaines une situation économique florissante, issue de dix années de croissance. Avant la crise, un peu plus de 200 000 personnes s’inscrivaient au chômage chaque semaine, et environ 1,7 million touchaient une allocation.

Les demandes de chômage ont grimpé en flèche pour atteindre le niveau jamais vu de 6,9 millions de nouvelles inscriptions en une semaine, fin mars.

Les systèmes informatiques vétustes de l’administration n’avaient pu faire face à cet afflux soudain de demandes, et des millions de personnes avaient dû attendre des semaines pour recevoir enfin une aide, après des heures au téléphone à tenter de parler à quelqu’un, ou dans des files d’attente en voiture pour déposer un dossier.

Le taux de chômage, lui, avait culminé à 14,7 % en avril, et a reculé chaque mois depuis. Il était de 6,7 % en novembre, celui de décembre sera annoncé le 8 janvier.