(Kuala Lumpur) Après la signature d’un vaste accord de libre-échange la semaine dernière, la Chine va avoir une nouvelle occasion de peser sur le commerce en Asie-Pacifique au sommet de l’APEC qui s’ouvre jeudi avec Washington dans un rôle de figuration.

Sam Reeves
Agence France-Presse

Le sommet du Forum économique Asie-Pacifique (APEC) se tiendra en ligne cette année pour cause de pandémie de coronavirus. Il réunit les 21 pays du pourtour du Pacifique, dont les deux premières économies mondiales, les États-Unis et la Chine, qui représentent quelque 60 % du PIB mondial.

La Chine est devenue le principal moteur de l’organisation ces dernières années après que Washington a commencé à se retirer des organisations multilatérales sous l’impulsion de Donald Trump et de sa politique « America first ».

Le président chinois Xi Jinping sera au contraire sur le devant de la scène avec un discours prévu jeudi sur « l’avenir de la coopération internationale » en ouverture du sommet de deux jours.

« Les États-Unis, toujours dirigés par l’administration protectionniste de Trump, ne devraient pas avoir un rôle proactif cette année à l’APEC », estime Oh Ei Sun, analyste de l’Institut de Singapour pour les Affaires internationales.

« Et donc il est inévitable que la Chine joue un rôle de premier plan pour promouvoir sa vision des échanges commerciaux ».

Les États-Unis n’ont pas encore annoncé qui les représentera au sommet. Mais Donald Trump, occupé à contester sa défaite électorale devant Joe Biden, n’a pas participé aux sommets avec les leaders asiatiques de l’ASEAN de ces dernières semaines.

Cette réunion intervient une semaine après la signature du plus vaste accord de libre-échange au monde entre la Chine et 14 autres pays d’Asie-Pacifique.

Ce Partenariat régional économique global (RCEP), qui exclut les États-Unis et l’Inde, est vu comme une victoire pour Pékin.

Tensions commerciales

Pendant les quatre ans de mandat de Donald Trump, les sommets de l’APEC ont été assombris par l’escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

En 2018, lors du dernier sommet de l’APEC, pour la première fois, les dirigeants ont échoué à s’accorder sur une déclaration finale, à cause de désaccords majeurs entre Washington et Pékin.  

Avec l’arrivée prévue de Joe Biden à la Maison-Blanche en janvier, l’espoir d’un plus grand engagement américain avec l’APEC et les institutions internationale émerge.

« Il y a eu beaucoup de turbulences au cours de la dernière administration américaine », note Cai Daolu, expert du commerce international pour l’école de commerce de l’Université nationale de Singapour.

« La vision optimiste est que le nouveau gouvernement représentera au moins un changement de politique commerciale ».

Les observateurs avertissent cependant que la priorité du nouveau président sera la lutte contre l’épidémie de coronavirus, particulièrement grave aux États-Unis, et qu’il est peu susceptible de vouloir rejoindre un nouvel accord commercial au vu de l’opposition de la population.

Le RCEP était le concurrent du Traité de libre-échange transpacifique (TPP), promu par le président démocrate Barack Obama. Mais Donald Trump avait retiré son pays du projet en 2017.

Peu d’avancées concrètes sont attendues au cours du sommet hébergé par la Malaisie cette année.

Mais le forum, qui comprend aussi le Japon, la Russie et les pays d’Amérique latine et centrale bordant le Pacifique, espère une relance de la coopération internationale pour lutter contre la pandémie.

Les dirigeants de l’APEC « doivent restaurer la confiance et la certitude qu’il y aura un regain de croissance après le Covid », explique un diplomate participant au sommet sous couvert de l’anonymat.

« Nous sommes dans un degré d’incertitude tel que l’APEC doit donner une indication forte sur la direction vers laquelle on va ».