Au-delà des statistiques, il y a des gens. Cinq personnes ont raconté à La Presse leur retour (ou pas) au travail.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

Yan De La Sablonnière, coloriste, devra ranger sa guitare

Pièces du condo à repeindre, achat d’une guitare, cours en ligne… Coloriste depuis 15 ans, Yan De La Sablonnière a évidemment vu le salon où il travaille (L’Atelier, à Montréal) fermer ses portes en mars. Des tâches ménagères et musicales l’ont toutefois tenu occupé au début du confinement. « J’ai trouvé le temps long par la suite, confie celui qui a eu droit à la PCU. J’ai acheté plein de bébelles, dont une guitare. Un cadeau de moi à moi pour mon anniversaire et pour m’aider à passer au travers. »

Heureusement, il a pu annoncer à ses clientes, la semaine dernière, que le salon rouvrait ses portes. Et ce, en envoyant des textos personnels à toutes. Il faut dire qu’un lien a été conservé pendant cet arrêt forcé, à cause des cheveux blancs qui repoussent vite… « J’aime la proximité avec les clientes, confie le coloriste. D’ailleurs, certains gestes me manqueront, car il faut revoir notre façon de travailler. »

Il n’y aura plus de salle d’attente, mais des plexiglas. Plus de retards permis, mais sûrement des tâches effectuées avec des visières. Yan De La Sablonnière aura désormais des quarts de travail de 12 heures, trois fois semaine, plutôt que de 8 heures, cinq jours semaine. « Ça fait moins mon affaire, mais je ne peux pas me plaindre. On est en réajustement. Tout le monde doit y mettre du sien, dit celui qui souligne le travail exemplaire de ses patronnes. Elles ont revu les horaires de la vingtaine d’employés en s’assurant que personne ne perde d’heures. »

Le ferblantier Marc Lecours a pallié la fermeture de la garderie

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Marc Lecours, ferblantier

Lorsque son employeur Acier inoxydable Fafard (à Boucherville) a fermé ses portes à cause de la COVID-19, en mars, pour rouvrir rapidement parce que l’entreprise était considérée comme un service essentiel par le gouvernement, Marc Lecours n’a pu retourner aussitôt à son poste. « Je n’avais plus de place en garderie pour mon fils, raconte-t-il. Il est tombé sur une liste d’attente. »

PCU en poche, le ferblantier est resté à temps plein à la maison avec son garçon de 5 ans. « Mon employeur a été très compréhensif. On m’a dit que mes choix étaient légitimes. »

Lundi prochain, il fera enfin son retour au travail et retrouvera ses collègues ferblantiers, soudeurs et polisseurs. Il est heureux. « Je ne suis pas dans un contexte de vacances depuis mars, dit-il. Et mon fils me parle de la garderie depuis trois semaines. Il a hâte de revoir ses amis. »

Marc Lecours, dont la femme est technicienne de laboratoire dans un hôpital, n’est pas du tout craintif face au virus. « J’anticipe cependant le climat de travail, admet cet employé de Fafard depuis 16 ans. Certains sont plus stressés à cause de la COVID-19. Mais les mesures sont strictes. » Port du masque, lieux nettoyés quatre fois par jour, plexiglas entre chaque poste de soudeur… « L’employeur a très bien fait les choses. »

Fin de contrat abrupte pour Luc Lachapelle, gestionnaire, ventes, marketing et communications

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Luc Lachapelle, gestionnaire, ventes, marketing et communications

Le Drummondvillois fait partie de la fameuse génération X : « On est les sacrifiés », dit-il un peu à la blague. Accès à l’emploi difficile en début de carrière et l’histoire qui se répète pour les 10 années avant la retraite.

Mi-cinquantaine, bardé d’expériences et d’expertises, Luc Lachapelle avait déjà constaté avec inquiétude que cette tranche d’âge n’était pas idéale pour se trouver un emploi. Il avait déjà senti le problème de l’âge. En pleine crise, l’inquiétude s’est exacerbée.

« Je sens qu’on nous perçoit comme de jeunes vieux. On ne nous le dit pas, mais on le sent. On a moins de réponses à nos demandes d’emploi. »

Luc Lachapelle raconte à quel point cette grande passion de la vente, du marketing et des communications bouillonne en lui. À quel point il est toujours aussi dynamique et même plus rapide dans l’exécution de ses tâches.

L’hiver dernier, il venait enfin de trouver un contrat dans une importante entreprise de gestion électronique de documents, mais la COVID-19 l’a ramené à la case départ.

« Je me suis toujours mis à jour. J’ai beaucoup de connaissances en technologie et en marketing. J’ai même terminé un bac en communications en 2017. Je pourrais aider les entreprises à passer à travers la crise en retravaillant leur expérience client, en développant avec elles de nouvelles stratégies de rétention de la clientèle. »

Le défi des entrevues à distance pour Gabriel Mallette-Brunelle, nouveau diplômé en génie des opérations et logistique

PHOTO FOURNIE PAR GABRIEL MALLETTE-BRUNELLE

Gabriel Mallette-Brunelle, nouveau diplômé en génie des opérations et logistique

Pas facile d’être un nouveau diplômé sans expérience en ces temps de pandémie, même pour un ingénieur. « Je dois facilement dépasser l’envoi des 100, 150 CV à ce jour, souligne-t-il. Le temps file et j’ai peur de ne pas avoir la chance de travailler dans mon domaine. » Âgé de 26 ans, Gabriel Mallette-Brunelle a obtenu officiellement son diplôme en mars. Un mauvais moment !

« L’entrevue la plus positive que j’ai réussi à obtenir est celle dont j’ai presque eu l’emploi, relate-t-il. Malheureusement, rendue à la rédaction du contrat, la direction de ce département a constaté que le besoin n’était pas urgent pour ce poste, alors il a été annulé. »

Malgré la COVID-19, il s’estime chanceux d’avoir obtenu quatre entrevues, dont trois pour la même entreprise. Il croit que le fait d’avoir rencontré les employeurs virtuellement n’a pas eu le même impact qu’en personne. « Une gestionnaire m’a dit qu’elle trouvait que je n’étais pas assez enjoué pour le poste. Pourtant, j’étais content d’avoir cette entrevue, c’était exactement ce que je recherchais et mon profil correspondait au poste. Je pense que le stress combiné à des entrevues en téléconférence a joué en ma défaveur. »

La réceptionniste Julie Arsenault vise un changement de carrière

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Julie Arsenault, réceptionniste

Depuis 13 ans, Julie Arsenault avait du plaisir dans son rôle de réceptionniste chez Les Pros de la Photo. Ses collègues l’appelaient leur rayon de soleil, raconte-t-elle. En mars, elle a été mise à pied de façon temporaire. Puis, le couperet est tombé mercredi dernier. « C’est fini. Mon poste est aboli, raconte-t-elle. C’est triste. Je n’en veux à personne. Par contre, je dois vite retrouver un emploi. On a quand même une maison à payer. »

Mme Arsenault s’attend à ce que ce soit difficile. Tout d’abord, à cause de la rémunération. « J’avais vraiment un excellent salaire », confie-t-elle. Ensuite, à cause des garderies. « À L’Assomption, il n’y en a pas de disponible pour l’instant. Je dois attendre que ma fille rentre à l’école en septembre. »

À l’aube de la quarantaine, Julie Arsenault songeait déjà à une deuxième carrière, celle de préposée aux bénéficiaires, mais n’avait pas les moyens de quitter son emploi pour suivre la formation. Quand le gouvernement a annoncé son offre, elle s’est empressée de s’inscrire. « J’espère tellement être choisie pour le cours de préposée, s’exclame-t-elle. Il y avait déjà 60 000 personnes inscrites quand je l’ai fait. Si je ne suis pas prise, je me trouverai un emploi pour travailler avec le public, c’est sûr ! »