(Ottawa) Alors que la majorité des provinces procèdent à la réouverture graduelle de leurs activités, le Programme de subvention salariale d’urgence sera un outil indispensable sur lequel misera le gouvernement Trudeau pour soutenir la relance de l’économie canadienne, affirme le ministre des Finances, Bill Morneau.

Publié le 28 mai 2020
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Au besoin, ce programme d’urgence de quelque 73 milliards de dollars devra être modifié afin de l’adapter à la réalité et aux besoins des entreprises au fil des prochains mois, a indiqué M. Morneau. Le grand argentier du pays mène d’ailleurs en ce moment des consultations avec les représentants du monde des affaires afin de mieux cerner leurs besoins.

« Nous devons être flexibles et tenir compte de la situation et des problèmes potentiels qui surviendront. Nous devons avoir toujours cela en tête. Il faut adopter une approche qui pourrait changer chaque mois », a-t-il affirmé dans une entrevue accordée à La Presse.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau

Ce programme sera un des piliers de notre relance. Pour nous, la subvention salariale est très importante. Nous sommes en train de considérer comment nous pouvons faire des changements pour nous assurer que nos entreprises aient l’opportunité de rouvrir.

Bill Morneau, ministre des Finances du Canada

« Les critères doivent permettre d’améliorer leur situation, de réembaucher leurs employés », continue le ministre.

Le programme de subvention salariale permet aux entreprises qui ont vu leurs revenus fondre de 15 à 30 % selon la période à cause de la pandémie de COVID-19 de toucher une subvention de 75 % des salaires de leurs employés. Le maximum est de 847 $ par employé pour un plafond salarial de 58 700 $. La subvention est rétroactive au 15 mars.

Au départ, ce programme devait prendre fin en juin, mais le premier ministre Justin Trudeau a annoncé il y a deux semaines qu’il serait en vigueur jusqu’au 29 août.

Parmi les changements réclamés par les gens d’affaires, on souhaiterait que le critère touchant la baisse de revenus soit de 15 % pour l’ensemble de la période du programme, et non pas seulement pour le mois de mars.

Hésitations chez les entreprises

Le gouvernement Trudeau estimait qu’environ 1 million d’entreprises profiteraient de cette mesure d’aide exceptionnelle afin de réembaucher les travailleurs. Or, 284 000 entreprises ont choisi d’y avoir recours jusqu’ici, pour un montant de 7,9 milliards de dollars, selon les plus récentes données publiées par le ministère des Finances. L’incertitude quant à une reprise des activités économiques fait en sorte que les entreprises hésitent à s’en prévaloir, selon les groupes représentant le monde des affaires.

En revanche, la Prestation canadienne d’urgence (PCU) – autre mesure d’aide adoptée par le gouvernement Trudeau qui prévoit le versement de 2000 $ par mois pendant quatre mois aux travailleurs qui ont perdu leur emploi à cause de la COVID-19 – est fort populaire. Environ 8,2 millions de Canadiens en ont fait la demande depuis l’instauration du programme, qui devrait coûter 40 milliards de dollars au Trésor public. Cette mesure doit prendre fin en juin.

À ce sujet, le ministre Bill Morneau estime que la réouverture des économies dans les provinces fera en sorte que les Canadiens auront de moins en moins besoin de la PCU et que le programme de subvention salariale deviendra l’outil par excellence pour leur assurer une source de revenus.

En entrevue, Bill Morneau a affirmé que l’ensemble des mesures adoptées jusqu’ici par Ottawa et les provinces avait permis de stabiliser l’économie canadienne secouée par une crise sans précédent. « Dans huit provinces et trois territoires, il y a une réouverture de l’économie. Dans la grande majorité des provinces, nous sommes donc dans la deuxième phase. Mais en Ontario et au Québec, il faut demeurer prudents parce qu’il y a encore des cas. Mais ça recommence », a-t-il dit.

Le ministre des Finances a toutefois refusé de prédire si la reprise économique serait lente et graduelle ou si elle serait rapide. « Les projections sont intéressantes. Mais on doit avoir une situation plus stable avant que je puisse me prononcer. Je vous rappelle qu’il y a trois mois à peine, nous étions dans une situation très différente. J’ai parlé à mes homologues du G20 et du G7 il y a quelques jours. Ils commencent à rouvrir leur économie. Mais ils n’ont pas non plus une lecture précise de la situation. C’est ça, la réalité », a dit M. Morneau.

Prudence pour une mise à jour économique

Cette incertitude qui persiste explique aussi sa décision de demeurer prudent sur la date d’une éventuelle mise à jour économique. « Il est encore difficile de comprendre tout ce qui affecte notre économie. Il nous faut plus d’informations, plus de données. Il faut être transparent en présentant nos mesures et nos programmes. Mais on aura plus à dire bientôt. Mais je ne peux pas dire quand exactement ce sera. »

Les partis de l’opposition et le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, pressent le ministre des Finances de faire une mise à jour économique d’ici la fin de juin. Mais M. Morneau juge risqué de le faire, craignant d’être contraint de reprendre un tel exercice une semaine après l’avoir terminé en raison de l’incertitude.

Cela pourrait miner la confiance des Canadiens si cela devait être le cas. La prudence est encore de mise. J’ai bon espoir que nous serons encore dans une bonne situation fiscale au cours des prochaines années, mais je veux avoir plus d’informations avant de présenter des chiffres.

Bill Morneau, ministre des Finances du Canada

Mardi, le directeur parlementaire du budget a estimé que le déficit pourrait atteindre 260 milliards de dollars durant le présent exercice financier à cause de la COVID-19 et la chute brutale des prix du pétrole – deux secousses qui ont provoqué une récession et ont forcé le gouvernement fédéral à adopter des mesures musclées pour soutenir les familles, les travailleurs et les entreprises.