Le gouvernement fédéral a retardé l’ouverture de la saison de pêche au crabe des neiges dans le golfe Saint-Laurent à cause des préoccupations associées à la pandémie de COVID-19.

Sidhartha Banerjee et Christopher Reynolds
La Presse canadienne

Le ministère des Pêches et des Océans a indiqué cette semaine que sa décision de reporter le début de la saison permettra à tous les acteurs impliqués dans cette industrie de mettre en place les mesures nécessaires pour assurer la santé et la sécurité de tous.

Les entreprises qui transforment les fruits de mer dans les Maritimes ont demandé à Ottawa de retarder la saison du crabe et du homard, en rappelant que si elle allait de l’avant tel que convenu initialement, alors la pêche pourrait représenter un risque pour la santé des travailleurs — et ultimement, les consommateurs — pendant la pandémie de COVID-19.

Les autorités fédérales ont mentionné qu’elles reporteront le début de la saison 2020 dans la zone 12, près des Îles-de-la-Madeleine, au 24 avril, tandis que la pêche ailleurs dans le golfe Saint-Laurent, comme les zones 12C, 15, 16 et 16A, sera reportée au 1er mai.

La zone 12 représente le territoire le plus important du Québec pour les pêcheurs de crabe des neiges, et la saison a commencé partout ailleurs dans la province il y a trois semaines déjà.

« Les acteurs québécois de l’industrie de la pêche étaient unanimes dans leur volonté de lancer la saison dès maintenant, afin de bénéficier de la plus longue période de pêche possible avant l’arrivée des baleines noires dans le secteur », a déclaré André Lamontagne, le ministre québécois de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

« En raison de leur arrivée imminente, la décision du gouvernement fédéral privera les pêcheurs québécois de deux semaines cruciales, risquant ainsi de pénaliser l’économie de nos régions côtières », a-t-il ajouté.

Cependant, une note transmise aux ministres fédéraux par l’Association des transformateurs de homard du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse avait prévenu que même si de nouveaux protocoles étaient adoptés dans les usines afin de prévenir la propagation du virus, les transformateurs et les pêcheurs courent un risque de travailler à proximité les uns des autres dans les régions où les ressources hospitalières sont limitées.

La saison du crabe dans le golfe du Saint-Laurent devait se mettre en branle au cours des prochains jours, une fois le couvert de glace disparu.

Les provinces de l’Est ont déclaré la pêche comme étant un service essentiel, mais l’une des entreprises a rappelé que les principaux marchés pour le crabe des neiges — le Japon et les États-Unis — sont virtuellement au point mort, puisque les restaurants, les casinos et les navires de croisière sont tous fermés.

Lynn Albert, qui dirige deux usines de transformation de homards et de crabes aux Îles-de-la-Madeleine, a mentionné que ses produits perdraient de la valeur s’ils demeuraient coincés dans les entrepôts des distributeurs.

« C’est très risqué de lancer de telles entreprises dans de petites communautés rurales et de propager le virus quand il n’y a pas de protocole d’urgence pour le produit, a-t-elle dit. Comme tout le monde le sait, la planète est sur pause… et je ne crois pas qu’en pleine crise les gens vont se ruer pour du crabe des neiges. »

Elle a ajouté que l’âge moyen des employés à son entreprise’La Renaissance des îles’est de 62 ans. Celle-ci compte 350 employés et traite chaque printemps cinq millions de livres de homard et de crabe des neiges.