Marc Parent, PDG de la multinationale montréalaise CAE, a toujours travaillé au sein de l’industrie aéronautique et la crise qui frappe de façon particulièrement violente ce secteur d’activités important pour le Québec est sans conteste la pire crise qu’il a dû affronter au cours de ses 35 années de carrière.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Marc Parent était jeune ingénieur fraîchement diplômé lorsqu’il s’est joint, en 1984, à Canadair, qui développait alors le jet d’affaires Challenger. Il a poursuivi sa carrière chez Bombardier et était directeur général de l’usine de Havilland à Toronto lors des attentats terroristes du 11 septembre 2001.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

« La crise de 2001 a frappé fort. Il a fallu réorganiser toutes nos opérations à Toronto. La crise financière de 2008 a ébranlé encore plus fortement le secteur de l’aviation civile qu’en 2001. Mais la crise que nous vivons aujourd’hui est encore beaucoup plus grave », dit Marc Parent, PDG de CAE.

En 2008, lorsque éclate la crise financière mondiale, Marc Parent est chef des opérations de CAE, plus important constructeur de simulateurs de vol au monde et aujourd’hui chef de file mondial dans la formation de pilotes.

« La crise de 2001 a frappé fort. Il a fallu réorganiser toutes nos opérations à Toronto. La crise financière de 2008 a ébranlé encore plus fortement le secteur de l’aviation civile qu’en 2001. Mais la crise que nous vivons aujourd’hui est encore beaucoup plus grave.

« On est doublement affectés. La demande mondiale a reçu un choc et certaines de nos activités sont lourdement perturbées. On a dû faire des arrêts de production, on subit le ralentissement de nos fournisseurs, les frontières ont été fermées. Ça va prendre du temps avant que cela revienne à la normale, beaucoup de temps. Mais la crise va être temporaire. Je suis très optimiste, les gens vont recommencer à prendre l’avion », expose le PDG.

On a tendance à l’oublier, mais CAE tire davantage de revenus de ses activités de formation de pilotes – civils et militaires –, qui représentent 60 % de ses revenus, que de la construction de simulateurs qui génèrent 40 % de son chiffre d’affaires.

À la demande du gouvernement, CAE a cessé ses opérations manufacturières à Montréal il y a deux semaines et a licencié temporairement cette semaine 2600 personnes, ce qui représente le quart de ses effectifs mondiaux, dont 1500 de ses 4000 employés à Montréal.

« On a mis tous nos ingénieurs et techniciens en mode télétravail. Là, on espère que nos employés montréalais puissent être admissibles à la subvention salariale de 75 %. Le programme évolue et on pense qu’on va pouvoir rendre admissibles plusieurs de nos employés », estime Marc Parent.

Production et formation

Le PDG de CAE s’attend évidemment à ce que la construction de simulateurs de vols soit touchée par les problèmes énormes que vivent les transporteurs aériens dont les appareils sont cloués au sol.

« Heureusement, on a un bon carnet de commandes. On prévoit que certains clients vont nous demander de retarder la livraison et que d’autres vont vouloir revoir leurs conditions de paiement. On s’attend à ce que les deux prochains trimestres soient au ralenti et à ce que la cadence de production soit affectée. Mais tout va reprendre graduellement », anticipe-t-il.

Marc Parent souligne par ailleurs que les deux tiers des centres de formation que CAE exploite partout dans le monde sont toujours en activité malgré la crise et que ce segment d’affaires va reprendre plus rapidement.

« Les compagnies aériennes sont réglementées et les pilotes doivent suivre des formations d’appoint selon des échéanciers précis. Cette activité va se poursuivre.

« Certains transporteurs vont chercher à rationaliser leurs opérations et demander à leurs pilotes de changer de type d’appareils, ce qui va les amener à suivre des formations de cinq à six semaines plutôt que les deux jours de formation d’appoint », souligne le PDG.

CAE tire également 40 % de ses revenus totaux du secteur militaire, qui n’est nullement touché par la crise, tant au niveau de la construction de simulateurs que de la formation des pilotes.

La santé en émergence

Depuis 10 ans, CAE a entrepris sa diversification dans le secteur de la santé en construisant des simulateurs chirurgicaux, de patients, d’échographie ainsi qu’en développant des formations pour le personnel des centres hospitaliers.

Ce secteur représente 5 % des revenus du groupe, mais est appelé à prendre de l’expansion, selon Marc Parent.

« On voulait devenir leader dans ce marché et créer une marque. La crise, malheureusement, nous montre qu’il y a des besoins pour les technologies. Là, nos équipes d’ingénieurs ont réussi à développer en 11 jours un respirateur artificiel et on va en fabriquer 10 000 pour le gouvernement canadien.

« Il va y avoir d’autres besoins à l’étranger pour ce genre d’appareils. On ne cherche pas à profiter de la crise, mais on vient de créer une solution locale qui implique des fournisseurs du Québec qui vont nous aider à la fabrication à grande échelle de cet appareil », souligne avec fierté le PDG.

Marc Parent convient aussi que le monde va changer et que le retour à la normale devra être progressif. Chez CAE, on prévoit déjà permettre que 20 % des effectifs puissent, à tour de rôle, travailler de la maison pour faciliter la poursuite de la distanciation sociale, mais aussi pour assurer une meilleure conciliation travail-famille.

À quelque chose malheur est bon : la crise du coronavirus aura aussi permis la mise en place de belles initiatives.