Pris d’assaut par les consommateurs confinés à domicile, le service de repas prêts à cuisiner Marché Goodfood cherche à contrer les délais de livraison.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Dans un billet de blogue publié la semaine dernière, le chef de la direction de Goodfood, Jonathan Ferrari, indiquait que « les pénuries de main-d’œuvre dans [ses] installations et celles de [ses] fournisseurs ont une incidence sur les opérations et la chaîne d’approvisionnement, ce qui signifie que certaines commandes sont retardées d’un à deux jours ».

Il n’a pas été possible d’en savoir plus mercredi auprès des dirigeants de l’entreprise, qui dévoilait ses résultats trimestriels. Un relationniste a indiqué que les dirigeants n’étaient pas disponibles et a renvoyé La Presse au blogue de la société.

En marge de la publication des résultats, Goodfood a souligné qu’elle poursuivait l’augmentation rapide de sa capacité de livraison à partir de ses quatre centres situés à Montréal, Toronto, Calgary et Vancouver.

« Nos opérations travaillent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour supporter l’augmentation de la demande résultant de la pandémie. Nous augmentons la cadence de production, embauchons un plus grand nombre d’employés et les récompensons avec une rémunération additionnelle afin de faire de notre mieux pour répondre à cette demande », a indiqué Neil Cuggy, président et chef des opérations de Goodfood, dans sa communication aux actionnaires et aux analystes.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Selon les informations divulguées à ses dirigeants, Goodfood était à 245 000 abonnés-clients à la fin du deuxième trimestre de son exercice 2020. De plus, le plan d’embauche accéléré qu’elle avait annoncé en mars à hauteur de 500 nouveaux employés approche de sa pleine réalisation.

Pour l’analyste Frédéric Tremblay, de Desjardins marchés des capitaux, la soudaine et forte hausse de la demande chez Goodfood l’a mise dans une situation où « bien qu’elle ait été en mesure d’honorer ses commandes, l’entreprise éprouve des difficultés dans ses opérations et sa chaîne d’approvisionnement, ce qui exerce une pression sur les coûts des aliments et de la main-d’œuvre ».

N’empêche, l’analyste de Desjardins anticipe que cette expansion accélérée de Goodfood augure un « impact positif sur les revenus généré par la croissance accrue des abonnés, ainsi que de la valeur moyenne de leurs commandes ».

Et à plus long terme, estime-t-il, « plus la crise de la COVID-19 durera, plus il est probable que les habitudes des consommateurs changeront de façon permanente, en accélérant l’adoption de l’épicerie en ligne ».

Grands épiciers

La crise de croissance associée à l’explosion des achats alimentaires en ligne a aussi forcé les grands épiciers à s’adapter.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Préparation des commandes en ligne la nuit au magasin IGA situé sur l'avenue Christophe-Colomb, à Montréal

Chez Sobeys, qui gère le réseau des magasins d’alimentation IGA au Québec, on admet aussi qu’en dépit de l’expérience de ce réseau avec les commandes en ligne, « on s’est fait prendre un peu de court » avec la hausse « excessivement importante » du volume des commandes pour livraison à domicile depuis le début de la pandémie.

Mais depuis, explique Carl Pichette, vice-président, marketing et commerce électronique chez Sobeys/IGA, la direction régionale et la presque totalité de ses 275 marchands affiliés au Québec ont rapidement augmenté leur capacité de gestion des commandes en ligne, avec l’embauche d’employés et de livreurs dans chaque commerce.

Pendant ce temps, sur le site web d’IGA, on a instauré une « file d’attente virtuelle » pour les consommateurs en ligne. « En deux semaines, le temps d’attente qui pouvait atteindre une heure au début de cette file d’attente virtuelle a été réduit à seulement une ou deux minutes, » selon Carl Pichette.

Il n’a pas été possible de savoir si les longs délais de livraison avaient pu être réduits dans les dernières semaines, puisque cela est géré dans chaque magasin, et non de manière centralisée, nous a-t-on expliqué. Même chose du côté de Loblaws, qui gère les réseaux de magasins Provigo et Maxi au Québec.

Chez Provigo et Maxi, justement, la forte hausse de la demande d’achats en ligne a motivé l’ajout très rapide de la livraison à domicile à son système « PC Express » de commandes en ligne pour ramassage en magasin.

Entrepris la semaine dernière, le déploiement accéléré de la livraison à domicile des commandes sur PC Express implique déjà un peu plus de la moitié de tous les magasins Maxi et Provigo au Québec. On prévoit étendre ce déploiement à tous les magasins dès les prochaines semaines, au fur et à mesure de leur capacité d’embauche d’employés.

« L’augmentation de nos ventes en ligne est fulgurante, de l’ordre de 400 % jusqu’à 700 % selon les magasins concernés », indique Johanne Héroux, directrice aux affaires corporatives et communications chez Provigo/Maxi.

Chez Metro et chez l’entreprise CookIt de prêt-à-cuisiner, on n’a pas répondu aux demandes d’informations et de commentaires de La Presse.