La Banque Laurentienne, qui cherche à se transformer en groupe financier virtuel, a vu sa part du marché québécois des hypothèques résidentielles fondre comme neige au soleil sous le règne de son PDG François Desjardins, en poste depuis novembre 2015.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

La Laurentienne, une des deux seules institutions bancaires ayant son siège social à Montréal avec la Banque Nationale, ne détient plus que 0,5 % de parts de marché des hypothèques résidentielles, selon le rapport sur le marché hypothécaire du Québec en 2019 de la firme JLR Solutions foncières.

L’institution détenait 3,2 % du marché en 2015 au moment de l’arrivée en poste de M. Desjardins. La Laurentienne n’a pas contesté la véracité des chiffres avancés par l’étude de JLR.

2 milliards de moins

La différence dans les parts de marché représente une baisse de valeur du portefeuille québécois de prêts hypothécaires résidentiels de plus de 2,3 milliards. L’encours s’élevait à 9,6 milliards en 2015 ; il n’est plus que de 7,3 milliards en 2019, selon les rapports annuels de l’institution.

« L’année dernière, nous nous préparions à un possible conflit de travail », a expliqué le PDG, dans un entretien. « Dans les circonstances, nous avions ralenti la croissance au niveau des prêts. Depuis avril 2019, nous avons un contrat de travail. Tout ça est derrière nous. Repartir la machine, c’est plus long qu’on pourrait espérer », a-t-il concédé. Il ne dit pas non à un nouvel effort publicitaire auprès des Québécois.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

François Desjardins, PDG de la Banque Laurentienne

Le rapport annuel de 2019 avance une autre explication : « La décision que nous avons prise en novembre 2017 de n’émettre des prêts hypothécaires résidentiels que par l’intermédiaire des Cliniques financières, et non par l’entremise du réseau de courtiers hypothécaires au Québec, a elle aussi contribué à la baisse des volumes au cours des deux derniers exercices », y lit-on.

« À l’époque, on faisait des prêts, mais c’était une opération à produit unique. Ces clients ne devenaient pas des clients complets qui détenaient plusieurs produits de la Laurentienne », dit-il pour justifier la décision stratégique.

Non seulement le Québec pèse de moins en moins dans le portefeuille de prêts hypothécaires résidentiels de la Laurentienne, mais l’influence du siège social montréalais dans la conduite des affaires de l’institution s’érode également peu à peu.

Ainsi, au comité exécutif de sept personnes, seulement deux membres travaillent à temps plein dans les bureaux de Montréal : François Laurin, VP exécutif, finance, et Stéphane Therrien, VP exécutif, services aux entreprises et aux particuliers.

Le comité exécutif constitue la garde rapprochée du PDG de la banque et est le lieu où se prennent les décisions d’importance.

Les autres membres, y compris le grand patron, partagent leur temps entre Toronto et Montréal. Il s’agit de Kelsey Gunderson, VP exécutif, marchés des capitaux, William Mason, chef de la gestion des risques, et Deborah Rose, chef de l’exploitation.

Le septième membre de ce cénacle travaille à temps plein à Toronto : Craig Backman, VP exécutif, services bancaires numériques aux particuliers, le créneau d’avenir de l’institution, selon le plan du PDG.

François Desjardins ne voit absolument rien de malsain à ce que les hauts dirigeants de la banque travaillent à l’extérieur du siège social.

La Banque Laurentienne fait de l’expansion au Canada. L’important, c’est d’aller chercher le talent le plus important. Si les entreprises du Québec ne sont pas prêtes à mettre des exécutifs dans d’autres villes pour faire de la croissance, la seule croissance qu’elles vont faire, c’est au Québec.

François Desjardins, PDG de la Banque Laurentienne

Il assure que les étages sont pleins à craquer au 1360, boulevard René-Lévesque Ouest.

Trimestre difficile

Contrairement aux autres principales institutions financières canadiennes, la Banque Laurentienne a vu ses profits plonger au premier trimestre 2020, alors que certains effets de son plan de transformation se font attendre.

Après la divulgation de résultats sous les attentes, le cours de l’action de la Laurentienne a temporairement touché un creux des 12 derniers mois de 36,93 $, vendredi à la Bourse de Toronto. À la fermeture, le titre se négociait à 38,19 $, en baisse de 8,4 %, ou 3,49 $.

Dans l’ensemble, le secteur de la finance affichait un recul sur le parquet de Bay Street, mais le déclin de l’action de la Laurentienne était beaucoup plus prononcé.

Pour la période de trois mois terminée le 31 janvier, la Laurentienne a vu ses profits nets plonger de 20 %, à 32,2 millions, ou 68 cents par action, alors que son chiffre d’affaires a décliné de 1 %, à 238,7 millions.

Rare éclaircie à l’horizon, le compte numérique à intérêt élevé, à 2,8 % d’intérêt, a attiré 1 milliard de dépôts en un seul trimestre au Canada hors Québec. La banque espérait en récolter un demi-milliard sur l’ensemble de l’année. Ce produit devrait finalement être offert aux Québécois dans les prochaines semaines.

— Avec La Presse canadienne