(Washington) Le président de la Banque centrale américaine Jerome Powell est apparu serein mardi sur le front économique estimant que la situation de l’emploi et de l’inflation était « positive » aux États-Unis et que les récentes baisses de taux aidaient la conjoncture économique.

Virginie MONTET
Agence France-Presse

Dans un discours mardi à Denver (Colorado) prononcé à trois semaines d’une prochaine réunion monétaire, le patron de la Fed a redit que la politique monétaire « n’était pas déterminée à l’avance » mais que la Banque centrale « surveillerait de près » les données économiques et les risques qu’encourent l’économie des États-Unis.

Abaissera-t-il encore les taux le 30 octobre ?

Après deux modestes baisses des taux en juillet et septembre, une large majorité des acteurs financiers misent pourtant encore sur une nouvelle baisse d’un quart de point de pourcentage (0,25 %) des taux au jour le jour dès le prochain rendez-vous monétaire du 30 octobre.

Mais M. Powell a préféré rester prudent indiquant seulement : « la prochaine réunion est dans quelques semaines, d’ici là nous surveillerons de près les informations économiques ».

« Nous seront dépendants des données, évaluant les perspectives et les risques, une réunion monétaire après l’autre », a-t-il indiqué sans s’engager.

Il est apparu plus optimiste sur l’évolution de l’inflation dont l’apathie a jusqu’ici été une des raisons pour baisser les taux.

« L’inflation est un peu en dessous de notre objectif symétrique de 2 % mais elle s’est progressivement raffermie ces dernier mois », a-t-il souligné.  L’indice des prix PCE en août n’était qu’à 1,4 % en rythme annuel mais si l’on exclut les prix de l’énergie et de l’alimentation traditionnellement volatils, l’inflation dite sous-jacente est remontée à 1,8 %.

«Une expansion durable» toujours en vue

M. Powell a insisté sur le fait que les membres de la Fed continuaient de prévoir « une expansion durable de l’activité économique, un marché du travail dynamique et une inflation proche de l’objectif ».  

« Beaucoup de prévisionnistes en dehors de la Fed sont d’accord », a-t-il souligné apportant un contrepoint au sentiment répandu, notamment dans le secteur manufacturier, qu’une récession s’approche.

Même si les embauches sont moins nombreuses, a ajouté le patron de la Fed lors d’une séance de questions suivant son discours, « il n’y a pas de raison pour que l’expansion ne continue pas », a-t-il assuré.

Les risques qu’encourent l’économie relèvent surtout « de l’environnement international », a encore souligné M. Powell. « La croissance a faibli dans le reste du monde depuis un an et demi, les incertitudes autour du commerce et le Brexit sont autant de risques pour les perspectives économiques », a-t-il ajouté.  

Regonfler le bilan

Evoquant les tensions sur les taux à court terme du marché interbancaire (repo), M. Powell a annoncé que la Fed envisageait l’achat de bons du Trésor à court terme pour gonfler ses réserves.

Toutefois ces achats d’actifs n’ont rien à voir avec la politique ultra-accommodante conduite après la crise financière lorsque la Fed avait massivement acheté des bons du Trésor, a assuré M. Powell.

Il a expliqué que le marché interbancaire du refinancement avait subi « une intense volatilité inattendue », expliquée par la concomitance d’échéances fiscales importantes pour les entreprises et l’émission massive d’obligations du Trésor provoquant « des tensions de liquidités sur les marchés monétaires ».

Pour apaiser ces tensions, la Fed a injecté des liquidités quotidiennement depuis fin septembre afin de maintenir le taux de rachat des prises en pension à un jour (repo) dans la fourchette des taux directeurs (1,75 % à 2 %) fixée par la Fed.

La Banque centrale va donc aussi regonfler son bilan en rachetant des bons du Trésor à échéance de moins d’un an qui ne devraient toutefois « pas avoir d’effet sur la politique monétaire », a-t-il expliqué. « Ce n’est pas un nouveau QE (Quantitative Easing) », a-t-il martelé.  

Interrogé sur ses lectures alors qu’il a été repéré plusieurs fois avec un livre de Paul Volcker, son illustre prédécesseur à la tête de la Fed entre 1979 et 1987, M. Powell a rendu un vibrant hommage à cette légende de la finance, aujourd’hui âgée de 92 ans.

« Je ne pense pas qu’on n’ait eu de plus grand serviteur de l’État dans notre domaine au cours de notre vie », a déclaré M. Powell, rappelant que Paul Volcker avait été malmené et hué pour ses hausses de taux en période de forte inflation.

M. Volcker avait dû faire montre d’indépendance vis-à-vis du pouvoir mécontent de sa politique monétaire, une situation qui n’est pas sans rappeler la position de Jerome Powell face aux invectives de Donald Trump qui veut des taux à zero.