(Ottawa) Les Canadiens entendront mercredi la Banque du Canada prendre la parole pour la première fois en huit semaines, alors qu’elle publiera une évaluation économique après un été marqué par une accentuation des tensions commerciales et un recul des perspectives mondiales.

Andy Blatchford
La Presse canadienne

Les experts s’attendent généralement à ce que le gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz, maintienne son taux d’intérêt directeur à 1,75 % lors de sa première annonce — ou même ses premiers commentaires publics de quelque nature que ce soit — depuis le début juillet.

Une attention particulière sera portée mercredi à l’analyse de la banque sur la détérioration de l’économie mondiale et son incidence pour le Canada. Les marchés seront à l’affût d’indices quant à la direction des taux dans les prochains mois.

En juillet, la banque ne semblait pas pressée de baisser ses taux, alors même que d’autres banques centrales étaient sur le point de procéder à des réductions pour s’ajuster à un environnement mondial déjà morose.

De nombreux analystes de marché s’attendent à un changement de ton de la Banque du Canada, mercredi, et croient qu’elle pourrait ouvrir la porte à une éventuelle réduction des taux dès octobre. Cependant, d’autres prévoient que la banque se donnera plus de temps pour mieux comprendre tous les changements, en particulier l’escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

Frances Donald, directrice générale et économiste en chef de Gestion de placements Manuvie, a indiqué s’attendre à ce que M. Poloz reconnaisse que les conditions du marché se sont détériorées depuis juillet. Mais elle prédit qu’il « en fera le moins possible » et fera attendre jusqu’à la réunion d’octobre de la banque.

« La raison en est qu’il y a eu énormément de développements dans l’économie mondiale », a expliqué Mme Donald dans une entrevue.

« Ce n’est pas le moment de se précipiter dans une décision politique, c’est le temps de peser les bons et les mauvais côtés […] C’est une banque centrale prudente et réfléchie et, à mon avis, elle voudra examiner complètement ses prévisions avant d’entrer dans un nouveau cycle d’assouplissement. »

Un redressement a eu lieu

En juillet, la banque centrale a averti que la recrudescence des conflits commerciaux mondiaux menaçait la reprise de l’économie canadienne, après son ralentissement du début de 2019.

Simon Harvey, de Monex Canada, a souligné que des données récentes — y compris le rapport de croissance économique du deuxième trimestre de la semaine dernière — avaient montré que l’économie nationale s’était effectivement redressée. Il a cependant ajouté que des signes inquiétants ont tout de même été observés, notamment un ralentissement de la demande intérieure et, plus particulièrement, une nouvelle escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

« En fait, (M. Poloz) a eu un ton très accommodant en soulignant la détérioration du climat extérieur et, depuis la réunion de juillet, il s’est encore détérioré », a souligné M. Harvey.

« Alors, il faut s’attendre à ce qu’il souligne de nouveau ce genre de contexte mondial négatif et à ce qu’il indique comment cela pourrait contribuer à l’éventualité d’une réduction de taux préventive par la Banque du Canada cette année. »

D’autres banques centrales, notamment la Réserve fédérale américaine, ont abaissé leurs taux d’intérêt ou signalé qu’un assouplissement se préparait. Les marchés s’attendent à ce que la Fed baisse à nouveau ses taux d’ici la fin de l’année.

Dans une note de recherche publiée mardi, le service d’études économiques de la Banque TD a indiqué s’attendre à ce que la Banque du Canada reconnaisse les vents contraires croissants et laisse la porte ouverte à une baisse des taux d’intérêt en octobre. Cela donnerait plus de temps au conseil des gouverneurs de la banque centrale pour surveiller l’évolution de la situation politique et jauger le climat du monde des affaires.

Selon le rapport de la TD, si la Banque du Canada abaissait ses taux, mais que l’économie résistait mieux que prévu, elle pourrait hausser le taux directeur à une date ultérieure. À l’inverse, si la banque ne bouge pas et que les conditions se détériorent, les auteurs soutiennent qu’elle pourrait être contrainte d’adopter une approche moins souhaitable : des réductions de taux plus dynamiques.