(Londres) La Banque d’Angleterre (BoE) a sans surprise décidé de ne pas toucher à sa politique monétaire jeudi, préférant le statu quo dans un contexte d’incertitudes entourant le Brexit, prévu fin octobre.

Kevin TRUBLET
Agence France-Presse

La BoE a annoncé à l’issue de sa réunion avoir maintenu son taux directeur à 0,75 % ainsi que son programme de rachats d’actifs.

Ces décisions ont été prises à l’unanimité des membres de son comité de politique monétaire, qui ont évoqué, outre le Brexit, l’impact économique des relations commerciales sino-américaines.

Comme l’ensemble du Royaume-Uni, la vénérable institution de la City est suspendue aux annonces à venir autour du Brexit, dont la date est prévue pour le 31 octobre.

La BoE tenait d’ailleurs sa dernière réunion avant cette date, la prochaine étant programmée début novembre.

D’ici là, le pays devrait savoir s’il sort de l’UE avec un accord ou de manière abrupte, alors que le gouvernement conservateur de Boris Johnson est décidé à réaliser le Brexit coûte que coûte fin octobre.

« L’augmentation de l’incertitude à propos de la nature du retrait de l’Union européenne signifie que le chemin que pourrait prendre l’économie dans les prochaines années est large », ont jugé les membres de la BoE selon le compte-rendu de la réunion.

Ils ont toutefois signalé que « plus l’incertitude persistera longtemps, particulièrement dans un contexte de faiblesse de la croissance mondiale, et plus la croissance de la demande risque de rester au-dessous de son potentiel ».

La Banque d’Angleterre a ainsi révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour le troisième trimestre, à +0,2 % contre +0,3 % précédemment, prenant acte d’un ralentissement plus marqué que prévu au deuxième trimestre. En effet, entre avril et juin, l’activité au Royaume-Uni a reculé de 0,2 % tandis que l’institution avait anticipé une croissance nulle.

Trou d’air économique

L’activité reste pénalisée par la faiblesse de l’investissement dans un contexte économique incertain.  

La BoE a cependant noté que les craintes d’un Brexit sans accord avaient reculé depuis la précédente réunion au moins d’août, alors qu’une loi destinée à empêcher un tel scénario a été votée début septembre au Parlement, ce qui a conduit à une nette appréciation de la livre.

Cette dernière était cependant tombée quelques jours auparavant à un niveau plus vu depuis 1985 à l’exception de l’écrasement éclair d’octobre 2016.

Si le Royaume-Uni et l’Union européenne parviennent à un accord, la Banque d’Angleterre continue de prévoir une hausse « graduelle » et « limitée » de ses taux, alors même qu’au contraire la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne se sont lancées dans un nouveau cycle d’assouplissement monétaire.

« La position de la BoE continue à diverger de celle des Banques centrales des États-Unis, de la zone euro, de la Chine et de l’Inde », a souligné Pablo Shah, économiste au CEBR, qui précise cependant que « plusieurs données publiées cette semaine vont ajouter de la pression pour adopter une approche monétaire plus accommodante ».

L’inflation sur un an en août a ainsi ralenti à 1,7 %, bien au-dessous de la cible de 2 % que vise la Banque centrale, tandis que la croissance des ventes au détail a été moins élevée en août.

En cas de sortie sans accord, la BoE pourrait monter ou baisser son taux selon ce qu’elle jugera prioritaire : la lutte contre l’inflation provoquée par un probable effondrement de la livre, ou la stimulation de l’activité économique.

Si la décision n’est pas « automatique », le gouverneur de l’institution, Mark Carney, a fait récemment part de sa préférence pour une baisse du taux.

Du côté des bonnes nouvelles pour la croissance, l’institution a relevé que les dépenses annoncées par le gouvernement pour 2020-2021 étaient de nature à soutenir l’activité et que l’emploi restait solide.

La livre n’a pas réagi à la publication. Vers 8 h 45, elle valait 1,2472 dollar, exactement comme mercredi à 17 h.