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Des défis opposés pour les banquiers centraux

Stephen Poloz, le gouverneur de la Banque du... (Photo d'archives)

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Stephen Poloz, le gouverneur de la Banque du Canada.

Photo d'archives

Rudy Le Cours
La Presse

La Banque du Canada et la Banque centrale européenne (BCE) fixent toutes deux leur taux directeur cette semaine.

La décision rendue ce matin par Stephen Poloz et son équipe de sous-gouverneurs ne fait aucun doute : ils reconduiront pour la trentième fois d'affilée le taux cible de financement à un jour, fixé à 1 % depuis le 1er septembre 2010.

Celle qu'annoncera Mario Draghi demain nourrit a contrario de multiples spéculations.

Abaissera-t-il le taux d'intérêt des opérations principales de financement (ou, plus simplement, le taux de refinancement), fixé à son creux historique de 0,25 % depuis novembre ?

Plutôt que d'adopter une fourchette de flottaison entre 0 et 0,25 % comme le fait la Réserve fédérale américaine (Fed) depuis décembre 2008, plusieurs experts prédisent que la BCE privilégiera un taux fixe qui pourrait être de 0,10 %, voire de 0,15 % au plus.

Cette baisse de taux est devenue quasi inéluctable, hier, après la publication des données sur le taux d'inflation. Déjà très faible à 0,7 % en avril, le taux est descendu à 0,5 % le mois dernier. Cela accentue le risque de déflation, une calamité que veut à tout prix éviter la BCE.

L'économie de la zone euro n'a toujours pas retrouvé sa taille d'avant la récession de 2008. La croissance a été contenue à 0,8 % en rythme annuel au premier trimestre. On dénombrait 18,75 millions de chômeurs en son sein en avril.

Déflation et rechute en récession sont presque synonymes en économie. La baisse des prix incite les gens à retarder leurs achats, tandis qu'elle alourdit le poids d'une dette à rembourser.

Une baisse du taux de refinancement ne suffira sans doute pas, toutefois, pas plus que n'ont réussi les baisses de taux précédentes à relancer les investissements et la consommation.

Voilà pourquoi il est bien possible aussi que la BCE abaisse sous zéro le taux consenti aux réserves excédentaires des institutions financières parquées dans ses coffres afin de les inciter à prêter aux particuliers et aux petites entreprises. La valeur de ces prêts était en baisse pour le 24e mois d'affilée, en avril.

Bref, le crédit est trop peu accessible. Cette fois-ci, les banques ne manquent pas d'argent. Elles sont plutôt réticentes à le prêter.

La BCE est, par conséquent, moins encline à lancer une troisième opération de refinancement à long terme. Les deux premières, durant l'hiver 2011-2012, avaient permis aux institutions d'emprunter plus de 1000 milliards d'euros pour une durée de trois ans auprès de la BCE, désireuse de les abreuver en liquidités pour relancer le crédit.

Une bonne partie de ces sommes avait plutôt été parquée à la BCE. Les institutions européennes étaient avant tout pressées de rétablir et d'augmenter leur capitalisation, conformément aux nouvelles normes de la Banque des règlements internationaux, mieux connues sous le nom de Bâle III.

Il serait bien étonnant cependant que la BCE se lance dans un programme d'assouplissement quantitatif comme l'ont fait la Réserve fédérale, la Banque d'Angleterre et la Banque du Japon. La charte de la BCE lui interdit d'acheter directement la dette de ses États membres. Cela revient à imprimer de l'argent, une hérésie aux yeux des Allemands, lourdement influents au sein de l'institution basée à Francfort.

En comparaison, les défis de la Banque du Canada paraissent bénins. Il lui faut ajuster son message pour tenir compte du fait que le taux d'inflation totale a atteint sa cible de 2 % en avril, un an plus tôt que dans son scénario d'avril.

Elle pourra le faire en notant que l'expansion au premier trimestre a été plus faible aussi (1,2 % au lieu de 1,5 %). Surtout, elle va relever que ni les exportations de biens non énergétiques ni les investissements des entreprises aptes à les stimuler n'ont donné les signes jusqu'ici qu'ils pouvaient prendre le relais de la consommation des ménages et de la construction résidentielle comme moteurs de la croissance.

Les données sur le commerce international de marchandises en avril, qui seront publiées peu avant l'annonce de la décision de la Banque, devraient indiquer qu'il faudra encore quelques mois pour que cette rotation des leaders de l'expansion se matérialise.




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