La direction du Journal de Montréal a congédié neuf employés en lock-out pour leur rôle dans diverses manifestations illégales, dont l'occupation des locaux du quotidien en juillet 2009. Le président du syndicat, Raynald Leblanc, compte parmi les personnes démises.

Catherine Handfield LA PRESSE



Les employés concernés ont appris la nouvelle lundi soir par une lettre envoyée par huissier. Quelque 115 autres employés ont été suspendus pour des périodes variant entre une semaine et un an, selon l'information fournie par le syndicat.

Cette mesure, qui touche près de la moitié des syndiqués en lock-out, survient à la suite d'un jugement de la Cour supérieure en défaveur du Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal (STIJM).

Le 8 juin, la juge Anne-Marie Trahan a déclaré les membres du STIJM coupables d'outrage au tribunal pour être entrés de force dans les locaux du quotidien de la rue Frontenac le 22 juillet 2009. Les syndiqués ont été condamnés la semaine dernière à payer des amendes totalisant 78 750$. La CSN songe à interjeter appel de ce jugement.

Contestation

Le STIJM a fait valoir mardi matin son intention de contester les suspensions et les congédiements imposés à ses membres.

«C'est un peu particulier puisque nous sommes actuellement en conciliation, a dit Pascal Filotto, secrétaire du syndicat. Si l'employeur cherchait à faire dérailler ce processus, il ne s'y prendrait pas autrement.»

Les employés licenciés sont ceux qui ont joué un rôle actif dans la manifestation de l'été dernier, selon le syndicat, qui a préféré taire leur identité, invoquant le caractère «aléatoire» des congédiements.

Selon nos informations, le journaliste Fabrice de Pierrebourg, qui a mené à terme plusieurs grandes enquêtes pour le compte du Journal, fait partie du lot. La direction a également remercié le journaliste judiciaire David Santerre, le chroniqueur aux arts Patrick Gauthier et le photographe Martin Bouffard. Leur congédiement est «immédiat», peut-on lire dans la lettre qui leur a été envoyée.

Quant aux suspensions, elles devraient théoriquement s'appliquer au moment de la reprise du travail, selon Pierre Roger, secrétaire général de la Fédération nationale des communications. La grande majorité sont d'une durée d'une semaine.

M. Roger tient toutefois à nuancer la portée réelle de ces mesures disciplinaires. «Elles sont un peu exagérées et dilatoires, mais il faudra voir l'impact qu'elles auront», a-t-il déclaré.

Il souligne que, habituellement, ce genre de litige se règle dans le processus de négociations. D'ici à la fin du lock-out, les mesures n'auront aucun impact puisque les employés congédiés resteront membres du syndicat.

Soulignons que, en 2006, le Journal de Montréal a congédié une quarantaine de pressiers en lock-out pour des actes de vandalisme. Selon le STIJM, ils ont tous été réembauchés dans le cadre du protocole de reprise du travail.

Manifestations illégales

Outre l'occupation des locaux du quotidien, la direction du Journal de Montréal reproche aux employés leur visite surprise d'un magasin de Brault & Martineau en avril 2009. Les syndiqués voulaient ainsi contester le fait que la chaîne continue d'acheter de la publicité dans le quotidien malgré le conflit de travail qui perdure depuis 18 mois.

Enfin, des employés sont blâmés pour avoir manifesté devant l'imprimerie du quotidien, à Mirabel, au mois de décembre. Cette action avait perturbé la livraison du Journal de Montréal et du quotidien Le Devoir, imprimé au même endroit.

La direction de Quebecor n'a pas rappelé La Presse. De son côté, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a réitéré son souhait que les deux parties négocient de bonne foi.

«Cet épisode vient confirmer, une fois de plus, le pourrissement du conflit au Journal de Montréal, ainsi que nous l'avons déploré le 24 janvier dernier, lors du premier anniversaire du lock-out», a déclaré le président de la FPJQ, Brian Myles.