La Banque du Canada a reconduit son taux directeur au niveau plancher de 0,25%, sans doute pour la dernière fois hier. Le loyer de l'argent amorcera dès juin une remontée à des niveaux plus conformes à une économie qui fonctionnera à plein régime, d'ici un an au plus tard.

Rudy Le Cours LA PRESSE

Dans le communiqué annonçant cette décision attendue, la Banque ne s'engage plus à maintenir son taux à 0,25% jusqu'à la fin du deuxième trimestre, comme elle le faisait depuis avril 2009, sous réserve des perspectives concernant l'inflation.«À la faveur de l'amélioration récente des perspectives économiques, ces politiques exceptionnelles deviennent moins nécessaires et il convient de commencer à atténuer la détente monétaire en place», y lit-on plutôt. La Banque met aussi fin à son programme de prises en pension d'éléments d'actifs à plus d'un jour offert aux banques pour faciliter leurs liquidités durant la crise financière.

La prochaine date d'annonce de fixation des taux est le 1er juin, ce qui lui laisse le temps de prendre connaissance des données sur l'inflation pour les mois de mars et d'avril. «En agissant ainsi, elle confirme encore une fois que sa seule priorité est le maintien de la stabilité des prix», souligne Mathieu D'Anjou, économiste senior chez Desjardins.

La Banque a pris soin d'indiquer que «l'ampleur et le moment où cela se produira seront fonction des prévisions concernant l'activité économique et l'inflation et seront compatibles avec la réalisation de la cible d'inflation de 2%».

Les marchés monétaires escomptent une première hausse de 25 centièmes dès le 1er juin. Ils ont propulsé le huard à nouveau au-delà de la parité avec le billet vert dans les minutes suivant l'annonce. Il termine la séance à 100,12 cents US en hausse de 1,56 cent.

Ce rebond de plus d'un cent d'équivalence reflète l'ajustement des investisseurs qui, encore lundi, accordaient une probabilité de 33% seulement à un premier tour de vis dès juin.

La Banque relève aussi à la hausse son scénario de croissance économique pour le Canada. Le produit intérieur brut devrait avancer de 3,7% cette année (contre 2,9% dans son scénario de janvier), puis ralentir à 3,1% (3,5% en janvier) en 2011. Pour la première fois, elle fait une prévision pour 2012: expansion modeste de 1,9%. Elle attribue ce ralentissement à «la vigueur persistante du dollar canadien, la piètre tenue du pays au chapitre de la productivité relative et le bas niveau de la demande américaine».

Les autorités monétaires sont maintenant d'avis que notre économie aura retrouvé son plein potentiel au printemps prochain, soit un trimestre plus tôt que prévu.

Le plein potentiel correspond en principe à une croissance optimale avec un taux d'inflation contenu à 2,0%. À l'atteinte de cet Eldorado, la politique monétaire doit n'être ni restrictive ni accommodante. Dans la conjoncture présente, cela signifie un taux cible de financement à un jour au-delà de 2,0% voire de 3,0%, soit au moins 175 centièmes de plus qu'à l'heure actuelle. Il va de soi que le crédit à la consommation va grimper tout autant.

«Nous nous réjouissons que le communiqué (de la Banque) ne fournisse aucune indication sur le rythme de normalisation du taux directeur. En effet, M. (Mark) Carney ne s'engage pas dans une mécanique «d'ajustements modérés» qui avait caractérisé la Fed d'(Alan) Greenspan en 2004», a indiqué dans une lettre à sa clientèle, Stéfane Marion, économiste et stratège en chef chez Banque Nationale Groupe financier dans les minutes suivant l'annonce.

Pour arriver à la neutralité monétaire d'ici le printemps prochain, la Banque devra augmenter son taux d'au moins 25 centièmes au cours de ses huit prochaines réunions.

Sinon, elle devra mettre les bouchées doubles à certaines réunions, surtout si un taux neutre devrait se situer plus près de 3% que de 2%. Ne pas agir ainsi risquerait de lui faire perdre sa raison d'être: la maîtrise de l'inflation.

La Banque Nationale voit d'ailleurs le taux cible de financement à un jour à 2,75% le 31 décembre 2011, la Royale, à 3,5%.

Le niveau du potentiel de l'économie canadienne, jumelé à l'ampleur des pressions et des attentes inflationnistes, devrait déterminer la vigueur et la vitesse du resserrement monétaire. Il s'agit de deux réalités très difficiles à quantifier qui feront l'objet d'âpres débats.

La Banque admet que les pressions inflationnistes sont déjà plus fortes qu'escompté en janvier. «L'inflation mesurée par l'Indice des prix à la consommation global devrait se situer légèrement au-dessus de 2% au cours de la prochaine année, avant de regagner la cible au second semestre de 2011», lit-on dans le communiqué.

Cela reste un pari.

EN CHIFFRES +3,7%

Croissance attendue de l'économie canadienne en 2010, en hausse par rapport à la prévision initiale de 2,9% de la Banque du Canada.

+2,75 à 3,50%

Niveau que devrait atteindre le taux directeur de la banque centrale à la fin 2011, selon certains économistes.

+2%

Hausse annuelle des prix à la consommation prévue par la Banque du Canada d'ici la fin 2011.