Bellus Santé (T.BLU), l'ancienne Neurochem dirigée par le docteur Francesco Bellini, est en mode survie. Après avoir été rayée du NASDAQ et avoir dû remercier près de la moitié de ses employés, l'entreprise a essuyé un autre coup dur hier en échappant un important financement de 20 millions de dollars.

Philippe Mercure
Philippe Mercure LA PRESSE

Bellus Santé a échoué à respecter les conditions d'un engagement qui aurait permis à deux sociétés d'investir ensemble 20 millions dans l'entreprise. Bellus affirme continuer les discussions avec les deux sociétés en question, FMRC Family Trust et Victoria Squares Ventures, mais a admis que «rien ne garantit qu'une opération ira de l'avant». L'entreprise dit maintenant examiner «toutes les solutions de rechange qui s'offrent à elles.»

 

Le titre a plongé de 4 cents, ou 15,4%, hier, pour clôturer à 22 cents.

L'entreprise a été avare de commentaires, hier, mais il est clair qu'il est minuit moins une pour Bellus Santé. L'entreprise a accumulé un déficit de 366,5 millions de dollars en 2008 et affirmait dans un communiqué daté du 26 février dernier qu'elle «devra trouver des capitaux supplémentaires afin de pouvoir poursuivre ses activités au-delà du premier trimestre 2009».

L'entreprise expliquait avoir davantage d'obligations financières arrivant à échéance après le premier trimestre de 2009 que d'argent disponible pour les payer.

Au 31 décembre dernier, Bellus Santé possédait des liquidités d'un peu moins de 10,6 millions.

Bellus doit entre autres verser en mai et en novembre prochains des intérêts de 2,8 millions sur des billets convertibles, ce qu'elle pourrait être incapable de faire. Le cas échéant, les prêteurs auraient alors le droit de racheter leurs billets.

«Si les porteurs exercent leur droit de rachat de billets, la société n'aura pas les fonds nécessaires pour s'acquitter de cette obligation. Ces facteurs soulèvent de sérieux doutes quant à la capacité de la société à poursuivre ses activités», écrivait Bellus le 26 février dernier.

Bellus a essuyé un dur coup le 9 janvier quand ses actions ordinaires ont été radiées du NASDAQ en raison de sa capitalisation boursière insuffisante. Or, le maintien d'une inscription à une Bourse américaine était une condition pour que Bellus puisse utiliser ses marges de crédit. Elle a donc ainsi perdu une source de fonds.

Le 26 février, Bellus avait conclu un engagement avec FMRC Family Trust, fiducie dont Francesco Bellini est un bénéficiaire, et Victoria Square Ventures, filiale de Power Corporation [[|ticker sym='T.POW'|]]. Les deux entreprises s'étaient engagées à investir jusqu'à 10 millions de dollars chacune dans Bellus Santé à certaines conditions.

Bellus devait entre autres soumettre un plan d'affaires révisé comprenant une «baisse considérable des dépenses», ainsi qu'un budget pour l'année 2009 «jugé acceptable par chacune des parties».

Bellus a réagi en remerciant 45% de ses quelque 110 employés il y a deux semaines. Mais l'engagement entre Bellus et ses deux éventuels investisseurs prenait fin lundi cette semaine, et l'argent n'a pas été investi. «Certaines conditions ont été remplies, mais pas toutes, alors on poursuit dans ce sens», a expliqué hier Lise Hébert, vice-présidente aux communications chez Bellus, qui n'a pas voulu spécifier quelles conditions restent à remplir.

Bellus est née des cendres de la société de biotechnologie Neurochem, qui a travaillé des années à tenter d'élaborer un médicament contre l'alzheimer. Un succès aurait transformé l'entreprise en l'une des plus importantes sociétés biopharmaceutiques au monde. Malheureusement, les autorités américaines ont refusé le produit en août 2007.

Devant cet échec, le coloré président de Neurochem, le docteur Francesco Bellini, avait décidé de commercialiser son produit non pas comme médicament, mais comme produit naturel. Bellus Santé et le Vivimind étaient nés. Si Bellus ne peut prétendre que le Vivimind guérit l'alzheimer, elle le commercialise aujourd'hui en disant qu'il «protège la mémoire».

Pour l'instant, Vivimind n'est en vente qu'au Canada et sur l'internet. Bellus en a vendu pour 310 000$ l'an dernier, et a affirmé hier qu'elle compte toujours recevoir l'autorisation de le commercialiser aux États-Unis cette année.