À moins d'une amélioration des perspectives économiques mondiales et d'une remontée du prix du brut, d'autres sociétés pourraient être obligées de faire comme Petro-Canada, qui a annoncé hier qu'elle reportait à l'année prochaine sa décision d'investir 25 milliards de dollars dans son projet d'exploitation des sables bitumineux de Fort Hills, en Alberta.

Hélène Baril

À moins d'une amélioration des perspectives économiques mondiales et d'une remontée du prix du brut, d'autres sociétés pourraient être obligées de faire comme Petro-Canada, qui a annoncé hier qu'elle reportait à l'année prochaine sa décision d'investir 25 milliards de dollars dans son projet d'exploitation des sables bitumineux de Fort Hills, en Alberta.

L'Association canadienne des producteurs de pétrole, qui prévoyait des investissements de 120 milliards dans les sables bitumineux au cours des cinq prochaines années, est à revoir ses estimations à la baisse, a indiqué hier son porte-parole, Travis Davis.

Selon lui, les prévisions d'investissement ont été réduites à 16 milliards pour 2009, et totaliseraient donc 80 milliards, ou 40 milliards de moins pour les cinq prochaines années.

Les prévisions sur cinq ans ne sont toutefois pas complétées à l'Association, qui attend d'y voir plus clair. Selon Travis Davies, d'autres entreprises pourraient reporter leurs investissements en raison de l'effet conjugué de la crise du crédit, du coût élevé des projets et du bas prix du brut.

À moins de 60$US, le prix du baril de pétrole est en effet trop bas pour rentabiliser la plupart des investissements dans les sables bitumineux. Pour que ces investissements soient rentables, «il faut un prix entre 80 et 100$US», estime Mathieu d'Anjou, économiste chez Desjardins.

Avant Petro-Canada, plusieurs autres entreprises avaient déjà décidé de remettre à plus tard des projets d'investissement en raison de la dégringolade des prix du brut. C'est le cas de Suncor, Nexen, Shell et Canadian Natural Resources, entre autres.

Petro-Canada et ses partenaires, Teck Cominco et UTS, faisaient face à une augmentation importante des coûts de leur projet de Fort Hills, qui prévoyait la construction d'une usine de traitement et la production de 140 000 barils supplémentaires de pétrole.

Leur décision de remettre à l'année prochaine la décision d'aller de l'avant ou pas avec Fort Hills n'a pas surpris les analystes. «Leur coût était le plus élevé qu'on a vu pour un projet de sables bitumineux, et dans l'état actuel du marché, ça n'avait plus de sens de continuer», a par exemple commenté Chris Feltin, de Tristone Capital, à Bloomberg.

L'action de Petro-Canada, qui détient 60% de Fort Hills, a perdu 7% de sa valeur hier à Toronto, pour clôturer à 23,95$. Le titre de Teck Cominco a gagné 29 cents, à 6,64$, et celui d'UTS a perdu 12%, à 80 cents.

Petro-Canada avait aussi l'intention d'investir près de 1 milliard dans sa raffinerie de Montréal-Est pour lui permettre de traiter le pétrole issu des sables bitumineux de l'Alberta. Hier, le porte-parole de l'entreprise, Michael Southern, a indiqué que ce projet est toujours vivant. «Aucune décision ne sera prise avant que les conditions de succès soient réunies», dont le règlement du conflit de travail qui dure depuis un an, a-t-il dit. Selon lui, Petro-Canada a bon espoir d'en arriver à un règlement négocié avec les employés de sa raffinerie. Les 260 employés de la raffinerie sont en lock-out depuis un an jour pour jour.

Les réserves de pétrole bitumineux de l'Alberta, les plus importantes au monde après celles de l'Arabie Saoudite, sont aussi celles qui sont les plus coûteuses à exploiter. Le report de plusieurs projets d'investissement laisse craindre une flambée du prix du pétrole lorsque l'économie mondiale reprendra sa croissance.

«L'offre de pétrole risque alors d'être insuffisante, explique l'économiste de Desjardins. À moyen terme, c'est un peu inquiétant.»

Il faudra du temps entre le redémarrage des investissements pétroliers et l'arrivée de ce nouveau pétrole sur le marché. Le prix du brut pourrait connaître une nouvelle flambée si la demande croît plus vite que l'offre. «Le danger est que les prix remontent assez rapidement», dit Mathieu d'Anjou.

Jusqu'à tout récemment, Desjardins prévoyait que le repli du pétrole serait très temporaire et que le brut reviendrait au niveau des 100$US le baril en 2009. Ces prévisions ont été revues à baisse et Desjardins parie maintenant sur un baril à 90$US à la fin de 2009.

Selon l'économiste de Desjardins, les sociétés qui exploitent des sables bitumineux du Canada ne sont pas les seules à avoir besoin d'un prix plus élevé pour obtenir un rendement intéressant sur leurs investissements. Des pays comme le Brésil et la Russie, qui ont des réserves offshore coûteuses à exploiter, n'investiront pas sir le prix reste aussi bas qu'actuellement.

Hier, le prix du brut a encore baissé sur le marché, malgré le détournement d'un pétrolier saoudien par des pirates. La déprime généralisée des économies tant occidentales qu'asiatiques a eu le dessus et le baril a fini la journée à 54,95$US à New York, en baisse de 2,09$US.