Pour se renflouer, Chrysler veut gonfler les stocks de véhicules d'une partie de ses concessionnaires, mais plusieurs refusent, n'ayant pas les moyens d'en financer davantage.

Laurier Cloutier

Pour se renflouer, Chrysler veut gonfler les stocks de véhicules d'une partie de ses concessionnaires, mais plusieurs refusent, n'ayant pas les moyens d'en financer davantage.

Selon plusieurs sources, des concessionnaires discutent avec Chrysler pour ne pas hausser davantage leur nombre d'autos à vendre, durant la crise actuelle, mais le constructeur le nie.

«Ce n'est pas le cas», assure une porte-parole de Chrysler Corp, Yvonne Malmgren. «Chrysler a des discussions régulières avec ses concessionnaires, mais c'est confidentiel», ajoute-t-elle.

Pourtant, le président de Chrysler, Bob Nardelli, demande aux concessionnaires «d'acheter et d'acheter encore des véhicules d'ici la fin de l'année, selon Automotive News. Pour les persuader, le constructeur ajoute des mesures d'encouragement de 150 millions, pour un total de 650 millions au quatrième trimestre», précise le magazine.

Le président d'un concessionnaire Chrysler de Montréal a refusé de se faire livrer plus de véhicules, «parce qu'il a déjà donné. Les concessionnaires ne sont pas obligés d'en prendre», dit-il.

Les pressions de Chrysler sont devenues trop fortes pour certains, au point qu'ils ont demandé à la Corporation des concessionnaires du Québec (CCAQ) de les défendre, rapidement.

Joint par La Presse Affaires, le président-directeur général de la CCAQ, Jacques Béchard, confirme qu'il discute avec Chrysler sur les stocks de véhicules des concessionnaires.

«Chrysler a des surplus qu'il veut envoyer chez des concessionnaires, mais ils en ont déjà beaucoup», explique Jacques Béchard. GM, pourtant menacé de faillite avant la fin de l'année, selon le président, Rick Wagoner, n'en demande pas autant, ni Ford, reconnaît-il.

Le PDG parle tous les matins avec la National Automobile Dealers Association, qui représente 25 000 détaillants aux États-Unis. «Les concessionnaires n'ont pas à supporter seuls l'odieux de la situation de l'industrie», estime Jacques Béchard.

«Un grand nombre de concessionnaires sont très inquiets de la situation. Ça placote fort en Ontario. S'ils peuvent supporter financièrement 6 ou 7 millions de dollars de stocks, ils ne peuvent pas nécessairement en prendre 1 ou 2 millions de plus. S'ils dépassent la limite imposée par leurs banquiers, ces concessionnaires vont se retrouver en défaut de paiement», note Jacques Béchard.

Il faut reconnaître que les ventes de véhicules au Québec demeurent plutôt bonnes et dépasseront les 400 000 cette année, pour la septième année consécutive. Si le volume d'affaires des concessionnaires a augmenté de 1,4% et de 1,5%, en septembre et octobre dernier au Canada, il a bondi de 7,3% et de 4,5% durant les mêmes mois au Québec, souligne Jacques Béchard. Et grâce en particulier aux véhicules importés haut de gamme, ajoute Norman Hébert, président du Groupe Park Avenue. Cela se compare à une chute en vrille de 40% aux États-Unis.

Le Québec compte 855 concessionnaires, avec 35 000 employés, après la fermeture de cinq d'entre eux ce mois ci (deux Chrysler, un Suzuki et une fusion de deux Ford). «Ça pourrait être pire l'hiver prochain», craint Jacques Béchard. Durant la récession de 1982, le Québec a perdu d'un coup 150 concessionnaires, avec 4500 employés, car les ventes ont chuté de 22%, à 224 122 véhicules.