Plus de trois quarts de milliard de dollars en radiation d'actifs et en pertes sur devises.

Martin Vallières

Plus de trois quarts de milliard de dollars en radiation d'actifs et en pertes sur devises.

C'est le montant prévu de l'amère pilule comptable que la société Quebecor et ses actionnaires devront avaler dans ses prochains résultats annuels, à la suite de la quasi-faillite de sa filiale d'imprimerie, Quebecor World [[|ticker sym='T.IQW'|]].

Les dirigeants de Quebecor ont précisé ce montant, mardi, en annonçant les résultats annuels de Quebecor Media, son autre filiale d'importance en bien meilleure santé.

Mais les actionnaires de Quebecor devront patienter encore avant de connaître l'impact final des déboires de l'imprimeur.

Car l'entreprise a décidé de retarder ses résultats consolidés de fin d'exercice 2007 jusqu'à l'obtention de ceux de Quebecor World, encore prédominants jusqu'à récemment.

Et ces résultats 2007 de l'imprimeur sont évidemment décalés de plusieurs semaines en raison de sa mise sous protection de ses créanciers, depuis le 21 janvier dernier.

Cette restructuration d'insolvabilité devrait durer au moins jusqu'en mai. De plus, Quebecor World a obtenu de la cour une dérogation aux délais réglementaires de publication de ses résultats pour 2007, ainsi que la tenue de son assemblée d'actionnaires.

Mais mardi, les dirigeants de Quebecor ont levé le voile sur les ajustements comptables concernant Quebecor World qu'ils devront inscrire aux prochains résultats consolidés.

Deux montants dominent dans le compte total prévu à hauteur de 779 M$.

Le premier montant, prévu à 429 millions, est la plus récente valeur comptable attribuée aux actions de Quebecor World dans le bilan de Quebecor.

Or, déjà très déprécié, le capital-actions de Quebecor World sera certainement très modifié, sinon anéanti, à l'issue de sa restructuration pour éviter la faillite.

C'est le scénario du pire déjà considéré chez Quebecor.

«Notre placement en actions de Quebecor World sera radié jusqu'à zéro dans nos prochains résultats annuels», a confirmé Louis Morin, vice-président à la direction et chef financier de Quebecor, à La Presse Affaires.

Quant à la possibilité d'un réinvestissement de Quebecor au capital de l'imprimeur, à sa sortie de restructuration, le président, Pierre Karl Péladeau, est demeuré évasif.

«C'est trop tôt pour dire ce qui pourrait survenir à ce sujet», a-t-il indiqué lors d'une téléconférence avec les analystes.

Entre-temps, la deuxième portion des frais spéciaux anticipés par Quebecor, prévue à 350 millions, concerne des «pertes nettes de taux de change» accumulées avec son placement en actions et titres de Quebecor World.

En tout, donc, un peu plus de trois quarts de milliard en radiations d'actif et en charges spéciales liées à Quebecor World, a confirmé Louis Morin, de Quebecor.

Toutefois, une telle ponction comptable dans les prochains résultats annuels de Quebecor, même considérable, ne se traduira pas nécessairement par une perte nette de même ampleur.

En effet Quebecor peut compter sur les résultats encore améliorés de Quebecor Media, qui comprend Vidéotron, le télédiffuseur TVA et la filiale de journaux Sun Media.

N'empêche, s'il s'avère définitif, le découplage de Quebecor World des prochains résultats consolidés de Quebecor laissera une importante cicatrice.

L'imprimeur pesait encore pour les deux tiers des revenus et le tiers du bénéfice d'exploitation de Quebecor dans ses plus récents résultats, au 30 septembre dernier.

Mais dès l'exercice 2008 qui commence, un retrait définitif de l'imprimeur rapetissait le chiffre d'affaires consolidé de Quebecor autour de 3,5 milliards, comparativement à 9,8 milliards en 2006, le dernier exercice complet.

Quant à son bénéfice d'exploitation, il rétrécirait autour de 950 M$, comparativement à 1,4 milliard en 2006.

En contrepartie, Quebecor verrait sa marge bénéficiaire d'exploitation nettement améliorée sans les résultats dégradés de Quebecor World, véritable boulet depuis plusieurs trimestres.