Il est beaucoup question de récession technique par les temps qui courent.

Rudy Le Cours

Il est beaucoup question de récession technique par les temps qui courent.

Il s'agit tout simplement de deux trimestres de décroissance d'affilée. Si cette décroissance est faible, comme c'est le cas de celle que la majorité des économistes entrevoient pour le Canada maintenant, alors ses effets néfastes sur la consommation et l'emploi sont moins prononcés.

Si, en revanche, le reflux est sévère, le nombre de chômeurs grimpe en flèche tandis que l'inflation bat une retraite désordonnée.

C'est ce à quoi on semble assister aux États-Unis. Le produit intérieur brut (PIB) a reculé de 0,5% durant l'été par rapport au printemps, tandis que le taux de chômage est passé de 5,3% à 6,0%. Si le quatrième trimestre en cours allait donner des résultats semblables, alors on pourrait parler de récession technique.

Toutefois, le quatrième trimestre est déjà bien entamé et tout indique que le recul du PIB sera bien plus prononcé. La banque Goldman Sachs vient de réviser son scénario déjà très pessimiste. De -3%, la contraction de l'économie américaine est rajustée à -5% cet automne. En outre, prédit-elle, il y aura encore recul du PIB durant l'hiver et le printemps, bien que de moindre amplitude.

Dans ces conditions, on ne sera pas surpris que la banque américaine voit le taux de chômage se hisser à 9,0% à la fin de l'an prochain.

Moins d'emplois signifient moins de consommation et forcément ralentissement de l'inflation.

Déjà amorcée, la chute des prix sera brutale au point où le rythme annuel d'inflation pourrait devenir négatif, dès le printemps, selon la banque.

Comme pour la récession, une déflation technique caractérisée par deux trimestres d'affilée de recul généralisé des prix n'est pas souhaitable. Elle ferait cependant beaucoup moins de dégâts qu'un maelström déflationniste, comme en ont traversé les États-Unis durant la Grande Dépression et le Japon à la fin de la dernière décennie.

«La différence entre une déflation technique et une vraie déflation réside dans les attentes déflationnistes, précisent Ed McKelvey et Seamus Smyth, économistes chez Goldman Sachs, dans une analyse publiée hier. Il y a vraie déflation quand la chute des prix est assez forte et généralisée pour que les attentes soient qu'ils baissent encore.»

Il se peut fort bien que le taux annuel d'inflation soit négatif, mais que certains prix augmentent, dans les services en particulier. Consommateurs et entreprises se comporteront alors comme s'il y avait stabilité des prix.

Si les attentes deviennent déflationnistes, c'est une autre histoire. En pareil cas, l'argent qui dort à la banque ou sous le matelas prend de la valeur sans prise de risque puisque le pouvoir d'achat augmente.

Pour éviter une telle situation, les banquiers centraux abaissent leur taux directeur nominal en deçà du taux d'inflation dans le but de stimuler l'économie. Quand la politique monétaire fonctionne, les taux d'intérêt sont négatifs en termes réels, ce qui en principe stimule la croissance.

Cette approche a échoué aux États-Unis jusqu'ici.

Comme les taux d'intérêt nominaux ne peuvent être inférieurs à zéro, une baisse généralisée des prix, une vraie déflation, signifie que les taux réels augmentent. Cela paralyse l'investissement et les achats de biens durables, car emprunter coûte très cher en termes réels, dans la mesure où les institutions veulent prêter.

«Dans un contexte de déflation, la faiblesse des taux d'intérêt nominaux et la destruction du crédit se nourrissent mutuellement, soulignent Richard Kelly et Chairmaine Bulkas, économistes chez TD Valeurs mobilières. Pire, les comptes en banques sont perçus comme des coffrets de sûreté, un endroit où les bijoux prennent de la valeur même si on ne leur verse pas d'intérêts.»

Voilà pourquoi les autorités monétaires américaines font des pieds et des mains pour éviter que l'épisode de déflation technique, auquel nous risquons d'assister ce printemps, ne crée pas d'attentes déflationnistes.

Les risques sont néanmoins sérieux. Pour les contrer, il faudra que la Réserve fédérale parvienne à relancer des attentes inflationnistes, quitte à activer la planche à billets in extremis.