Dans son budget de lundi, le ministre Flaherty a ouvert la porte au libre-échange d'actions et d'obligations avec les États-Unis et les autres pays du G7.

Réjean Bourdeau

Dans son budget de lundi, le ministre Flaherty a ouvert la porte au libre-échange d'actions et d'obligations avec les États-Unis et les autres pays du G7.

«Il n'y a pas encore de mesures précises mais le gouvernement fédéral souhaite facil iter les transactions de valeurs mobilières à l'échelle mondiale», constate Vincent Delisle, de Scotia Capitaux.

Le stratège pense que le traitement fiscal pour les détenteurs de titres étrangers pourrait être simplifié et allégé de façon à encourager les placements internationaux.

«Cette idée s'inscrit dans une continuité», rappelle-t-il.

En 2005, le fédéral a aboli la limite de contenu étranger dans les placements. Cette mesure a permis d'augmenter la part des titres américains, européens et asiatiques dans les portefeuilles des Canadiens, autrefois plafonnée à 30 %.

«C'est une tendance qui se voit aussi à l'extérieur du pays, signale le spécialiste. Cela permet à tous les investisseurs, comme les grandes caisses de retraite, de réduire le contenu domestique de leurs placements en allant voir ailleurs.»

Vincent Delisle salue cette idée de libre-échange sur les marchés financiers.

«La diversification internationale permet d'accroître les rendements et de réduire la volatilité parce que les choix d'investissements sont plus grands», dit-il.

Au Canada, la variété est plutôt limitée parce que la Bourse de Toronto est surtout concentrée dans les titres financiers et ceux des ressources naturelles (matériaux et énergie). Ensemble, ils pèsent pour 76 % de la valeur totale !

Tous les autres secteurs , incluant les titres de consommation, de santé, de technologies et de télécoms, ne comptent que pour le quart.

«La diversité n'est pas toujours au rendez-vous pour les investisseurs canadiens, dit-il. Les placements internationaux permettent de combler ce vide.»

Par contre, ajoute le stratège, le marché canadien devient attrayant pour ceux qui s'intéressent aux titres spécialisés en finance et en ressources naturelles.

«Les investisseurs étrangers regardent maintenant le monde sur une base sectorielle plutôt que géographique, remarque t- il. Dans ce contexte, nos secteurs forts vont en profiter.»

Autres mesures du budget

Vincent Delisle souligne que le dernier budget est positif pour l'économie canadienne car il ajoute de l'argent dans les coffres des provinces et il réduit le fardeau fiscal des entreprises et des familles.

Par contre, ces mesures n'ont pas eu d'impact sur le marché boursier.

«La Bourse canadienne est restée en territoire neutre pendant la séance, dit-il. Les participants étaient beaucoup plus préoccupés par la hausse des chiffres de l'inflation que par les mesures budgétaires.»

Parmi les principales mesures aux entreprises, il souligne que les pétrolières continueront à profiter jusqu'en 2010 d'une déduction pour amortissement accéléré pour l'exploitation des sables bitumineux. Ensuite, elle sera réduite graduel lement jusqu'en 2015.

«L'échéance est encore loin, dit le stratège. Cette mesure ne dictera pas l'émergence ou non de nouveaux projets.»

Le spécialiste se réjouit de l'allégement fiscal de 735 millions sur deux ans pour les entreprises manufacturières. L'objectif est d'inciter les sociétés à moderniser leurs machines et leurs équipements afin d'améliorer la productivité.

«Cet incitatif à l'investissement est intéressant car il s'adresse à toutes les entreprises plutôt qu'à une industrie précise», dit-il.

Il rappelle que les entreprises canadiennes sont frappées par la force du huard, par la hausse des prix de l'énergie et par le ralentissement économique américain.

Sans compter, ajoute-t-il, que la concurrence vient maintenant des pays émergents, comme la Chine et l'Inde.

M. Delisle précise que la décision d'imposer les fiducies de revenu dès 2011 a été maintenue, sans exception.

Par ailleurs, le gouvernement fédéral n'a pas touché au traitement fiscal des gains de capital pour les particuliers. L'an dernier, le Parti conservateur avait avancé la possibilité de réduire l'impôt sur ces gains dans son programme électoral.