Considérant désormais que la parité des dollars canadien et américain n'est qu'une question de temps, des économistes n'excluent pas de voir le huard surpasser le billet vert. Mais ils ne vont pas jusqu'à prévoir un dépassement important.

Sophie Brouillet

Considérant désormais que la parité des dollars canadien et américain n'est qu'une question de temps, des économistes n'excluent pas de voir le huard surpasser le billet vert. Mais ils ne vont pas jusqu'à prévoir un dépassement important.

«Tous les éléments sont là pour soutenir le dollar canadien», explique Martin Lefebvre, économiste au Mouvement Desjardins, en faisant référence à la santé de l'économie canadienne, aux prix record du pétrole et à la forte demande mondiale pour les matières premières.

Desjardins prédit la parité durable pour la fin de l'année, tout en considérant qu'elle peut survenir sous forme de pointes éphémères à tout moment.

«On n'exclut pas que ça aille même encore un peu plus haut», précise M. Lefebvre.

Même son de cloche à la Financière Banque Nationale, où l'économiste Éric Dubé s'attend à des taux de change volatiles jusqu'à la fin de l'année et à une stabilisation aux alentours de la parité par la suite.

«On ne pas écarter une prime due au prix du pétrole», ajoute M. Dubé. Le dollar canadien pourrait aller encore un peu plus haut.»

Mais certains obstacles empêchent ces experts d'imaginer une progression de plus de quelques sous de la devise qui, mercredi matin, a franchi le cap des 99 cents US. Il a clôturé à 98,50 cents US.

«Vers la fin de 2007, la FED devrait avoir terminé son ajustement monétaire, fait remarquer Martin Lefebvre. Il pourrait y avoir une correction à ce moment-là.» La décision de la FED de baisser radicalement son taux directeur, mardi, a enlevé de l'attrait au dollar américain et l'a donc fait reculer par rapport au huard.

Il souligne aussi que la montée spectaculaire du dollar canadien tient en bonne partie à ses niveaux «déprimés» des dernières années, et que l'élan du prix du pétrole et des matières premières est appelé à s'adoucir.

«Les gains à venir seront beaucoup plus limités», prévoit-il.

En nuisant aux exportations des manufacturiers, la force du dollar pourrait aussi se trouver à se tempérer elle-même, estime Éric Dubé. «Il faudra voir comment le secteur manufacturier va s'ajuster. »

Dans l'ensemble, toutefois, un dollar fort reflète et soutient l'activité économique. «Des secteurs isolés peuvent y perdre, mais grossomodo, la hausse de la devise est synonyme de hausse du niveau de vie, souligne M. Dubé. Le consommateur est gagnant.»

Martin Lefebvre croit même que pour les manufacturiers, le choc des taux de change est déjà chose du passé, ayant eu lieu il y a quelques années, soit lorsque le huard est passé des alentours de 60 cents US au seuil des 80 cents US.

«Maintenant, la machinerie va leur coûter beaucoup moins cher», dit-il, voyant là une occasion pour la modernisation.

Le dollar canadien a surpassé la devise américaine durant la décennie 70, atteignant 1,04 $ US en avril 1974, sous l'effet d'une forte augmentation du prix des produits de base et d'un billet vert faible.

La parité est survenue la dernière fois en novembre 1976.