Même s'ils ne raffolent pas des élections à répétition, les patrons sont plutôt contents et ils espèrent beaucoup du gouvernement minoritaire élu lundi.

Hélène Baril

Même s'ils ne raffolent pas des élections à répétition, les patrons sont plutôt contents et ils espèrent beaucoup du gouvernement minoritaire élu lundi.

En plus de conserver leurs alliés traditionnels libéraux, ils en gagnent de nouveaux chez les adéquistes.

«On va avoir une écoute attentive des deux côtés. Ça peut faire avancer nos dossiers», reconnaît Diane Bellemare, économiste et vice-présidente du Conseil du patronat, qui a été elle-même candidate de l'ADQ en 2003.

L'ancien président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, est aujourd'hui député de l'ADQ et numéro deux du parti, ce qui ne peut sûrement pas nuire à la cause patronale. Même les plus petites entreprises s'en réjouissent.

«L'ADQ a une plate-forme très PME et très régions», dit Richard Fahey, porte-parole de la division québécoise de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI).

Les gouvernements minoritaires sont généralement une source d'inquiétude pour les PME, selon lui, mais ils peuvent aussi faire avancer les choses, comme le prouve le gouvernement Harper à Ottawa.

C'est aussi l'avis de la porte-parole du Conseil du patronat (CPQ). La plupart des observateurs s'attendent à ce que le gouvernement minoritaire de Jean Charest ne dure pas beaucoup plus qu'un an. Ce n'est pas assez long pour faire des réformes majeures, convient Diane Bellemare, mais c'est suffisant pour les enclencher.

Pour le CPQ, la poussée de l'ADQ est une victoire contre l'immobilisme et tout ce qui bloque les réformes au Québec. En même temps, la déconfiture du Parti québécois «est aussi la défaite des syndicats, qui l'appuyaient officiellement et qui s'opposent généralement aux changements», estime Diane Bellemare.

À l'Institut économique de Montréal, un think-tank de droite dont l'ancien président Michel Kelly-Gagnon est passé au Conseil du patronat, on estime également que l'ADQ, comme opposition officielle, amènera le gouvernement à s'intéresser à des réformes qu'il n'aurait pas osé faire autrement.

Le secteur de la santé, que l'ADQ souhaite ouvrir grand au privé, les restrictions à l'aide sociale et l'élimination des commissions scolaires sont des exemples de réformes qui pourraient être amorcées par le gouvernement minoritaire, explique Paul-Daniel Muller, président de l'Institut économique de Montréal.

«On peut s'attendre à des progrès plus rapides, dit-il. La population a prouvé lundi qu'elle est prête pour ce genre de changements, plus prête que beaucoup de politiciens.»

La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, n'est pas d'accord. Elle estime que les Québécois ont voté contre les libéraux plutôt que pour les idées défendues par Mario Dumont.

«L'ADQ a caché son jeu pendant cette campagne, a-t-elle commenté. Mario Dumont n'a pas tenu le même discours offensif sur la santé qu'en 2003. Il a parlé davantage des familles et ça l'a servi.»

Henri Massé, président de la FTQ, est d'accord. «Mario Dumont a mené une campagne très très populiste, estime-t-il. Il n'a pas défendu un programme de droite».

Rien ne bouge

Les marchés financiers n'ont pas bronché à la suite de l'élection de lundi, constate de son côté Clément Gignac, économiste et stratège de la Financière Banque Nationale. Mardi, le dollar a fini la journée à 86,43 cents, en hausse de 35 centièmes.

Selon lui, même si le gouvernement est minoritaire, il ne faut pas craindre pour la cote de crédit du Québec. M. Gignac s'attend à un nouveau budget en mai ou en juin. «Il y aura de fortes pressions de l'ADQ et du PQ pour un nouveau budget. On verra s'ils auront une forte influence sur son contenu.»

Ce budget est attendu de pied ferme par les organisations patronales, qui espèrent obtenir une réduction du fardeau fiscal des entreprises.