Le conseil d'administration de Norbourg ne se réunissait pas. Il ne prenait pas de décisions et au moins un de ses membres ne savait même pas combien d'entreprises se trouvaient au sein du groupe de Vincent Lacroix.

Michel Munger

Le conseil d'administration de Norbourg ne se réunissait pas. Il ne prenait pas de décisions et au moins un de ses membres ne savait même pas combien d'entreprises se trouvaient au sein du groupe de Vincent Lacroix.

Ce sont ces affirmations frappantes qui ressortent du témoignage de Gabor Mathyas, jeudi matin au procès pénal de Vincent Lacroix.

L'homme a agi à titre de consultant en investissement pour Norbourg de 1999 à 2003.

Ingénieur de formation, M. Mathyas a travaillé chez Via Rail et y a perdu son emploi avant de trouver du travail chez Norbourg. Ayant un ami en commun avec M. Lacroix, il se fait proposer des contrats de consultation en 1999.

Gabor Mathyas devenait chargé de faire des recommandations à Norbourg pour ses choix de placement. Il allait influencer les décisions pour les fonds Placement équilibré, Compagnies émergentes de croissance et Répartition tactique canadien en échange de frais de gestion de 0,7%. De plus, il y investissait environ 500 000 $ avec des membres de la famille et des amis. Deux ans plus tard, son rôle de conseiller se circonscrit aux recommandations sur le fonds équilibré.

M. Mathyas a aussi été invité à devenir membre du conseil d'administration de Norbourg en 1999. Par contre, ce témoin a trouvé que le C.A. ne se réunissait jamais et qu'il n'avait pas à étudier les décisions de Vincent Lacroix, appuyant les dires d'autres témoins qui ont déjà défilé devant le juge Claude Leblond, de la Cour du Québec.

Inquiet devant une situation qui engageait sa responsabilité légale et ayant été informé que Norbourg envisageait l'achat du courtier Maxima Capital, M. Mathyas a envoyé un courrier électronique au PDG le 23 mars 2001. Il demandait un droit de regard sur les choix faits par la direction, des réunions mensuelles pour le conseil et une assurance contre les poursuites.

Quelques jours plus tard, Vincent Lacroix lui dit en personne que Norbourg n'a pas les moyens d'offrir une assurance à ses administrateurs. M. Mathyas démissionne du C.A. peu après.

Cela n'empêche pas le grand manitou de Norbourg d'apprécier les services de son consultant, ainsi que de lui offrir davantage de responsabilités. Le 28 mars 2002, il lui demande des recommandations sur la gestion d'un fonds de couverture, en plus de lui avoir déjà permis d'effectuer la vente de fonds communs.

La relation d'affaires a toutefois pris fin en novembre 2003 alors que Vincent Lacroix explique à son consultant qu'il n'a plus besoin de ses services. Choisissant une indemnité de départ de 50 000 $ au lieu d'un poste de salarié, Gabor Mathyas retire ses billes et celles de ses proches des fonds Norbourg, incluant un rendement sur ses placements. Il a toutefois dû attendre jusqu'en juillet 2005 pour un règlement hors cours de 44 000 $ au sujet de son indemnité de départ.

Lors de l'interrogatoire mené par Eric Downs, procureur de l'Autorité des marchés financiers, le consultant a dit ne pas reconnaître sa signature sur plus d'une vingtaine de documents dont des résolutions du conseil d'administration. Il s'agirait donc de faux documents.

Des prêts pour payer les factures

Gabor Mathyas a aussi confirmé, jeudi matin, les affirmations du juricomptable François Filion sur le financement de Norbourg au début de son existence.

Témoignant au printemps. M. Filion disait que l'entreprise de Vincent Lacroix tirait le diable par la queue et devait emprunter à gauche et à droite pour se financer, jusqu'à ce qu'elle décroche un mandat de gestion de Desjardins et Citibank en 2000.

Justement. M. Mathyas a fait partie des prêteurs sollicités par le PDG déchu. Il a fait trois prêts en 1999 et 2000, soit un de 20 000 $ et deux de 50 000 $. Selon le témoin, tout a été remboursé avec intérêts.

Un coup bas ?

Après avoir posé quelques questions de détails en contre-interrogatoire, Vincent Lacroix a porté un dur coup à la crédibilité du témoin en matière d'investissement.

Lui faisant détailler sa philosophie d'investisseur à long terme, il lui a ensuite fait reconnaître à M. Mathyas qu'il avait contribué à créer des liens d'affaires avec Mount Real et Norshield.

Visiblement fier de demander à son collaborateur à quel point il aimait ces entreprises, Vincent Lacroix a fait bondir le procureur Eric Downs de sa chaise pour questionner la pertinence du sujet pour le procès.

Rappelons que 1600 investisseurs ont été floués par Mount Real pour 140 M$ et que Valeurs mobilières Norshield a donné lieu à la disparition de 482 M$.