Le mois de février a livré un message clair aux investisseurs: le marché boursier est fragile.

Réjean Bourdeau

Le mois de février a livré un message clair aux investisseurs: le marché boursier est fragile.

En une seule séance, mardi, l'indice de la Bourse de Toronto a effacé tous ses gains du mois.

«La dégringolade chinoise s'est fait sentir jusqu'ici», rappelle Pierre Lapointe, stratège adjoint à la Financière Banque Nationale.

Le secteur des matériaux fait partie des éclopés.

Alors qu'ils affichaient un rendement mensuel de 5,3%, les titres des minières et des producteurs de métaux ont pratiquement perdu tout ce qu'ils avaient amassé dans les semaines précédentes.

L'onde de choc s'est fait sentir sur l'ensemble du parquet.

Seuls quatre groupes terminent le mois en territoire positif: les technos (+7,2%), les télécoms (+1,1%), les matériaux (+1%) et les financières (+1%).

«Le marché est très complaisant car il n'intègre pas les risques d'un ralentissement économique, explique le spécialiste. Quand arrivent des mauvaises nouvelles il ne faut pas s'étonner de voir les indices chuter de façon drastique.»

M. Lapointe précise que les observateurs prévoient encore de fortes progressions des profits tant au Canada qu'aux États-Unis.

Pourtant, souligne-t-il, les dernières statistiques pointent vers un ralentissement américain.

Des données publiées mercredi montrent que les ventes de nouvelles maisons ont chuté de 16,6% en janvier (plus forte baisse en 13 ans) et que la croissance économique pressentie du quatrième trimestre est plus faible qu'annoncée initialement (2,2% par rapport à 3,5%).

«Quand quelqu'un comme Alan Greenspan avance le mot récession, il faut y prêter une attention particulière», signale-t-il.

Cela dit, le stratège s'attend plutôt à un «fort» ralentissement.

Dans ces conditions, il recommande aux investisseurs d'être prudents avec les titres des matériaux (en hausse de 4,3% depuis janvier) et de l'énergie (en baisse de 3,1%).

«Il faudra faire doublement attention si, en plus, il y a une baisse de la cadence en Chine car cela entraînera une réduction de la demande pour les ressources naturelles», dit-il.

Le stratège rappelle que ce secteur a été soutenu par une ronde de transactions qui a amené de la spéculation. Depuis le début de l'année, il y a eu la vente de Novelis (+18% en février) et la fusion d'Abitibi-Consolidated (-14% en février) avec l'américaine Bowater.

De son côté, le secteur de l'énergie a continué à afficher une performance négative. Il a perdu 1,8% en février.

Par ailleurs, M. Lapointe soutient que le secteur industriel (en hausse de 5,8% depuis janvier) pourrait aussi être à risque.

«Lors de la récession américaine de 1991, ce groupe avait perdu 30% de sa valeur puisqu'il suit les cycles de l'économie», souligne M. Lapointe.

En février, les industrielles ont affiché un rendement négatif de 0,5%, en dépit de la bonne tenue de Toromont (+15%) et de Finning International (+9%). Par contre, ATS Automation a perdu 14%.

Les entreprises de technologies sont celles qui ont affiché la meilleure performance du mois avec un gain de 7,2%.

Il faut toutefois savoir que ce groupe est composé à 48% par Research In Motion, qui a connu un bon mois de février en dévoilant, notamment, une nouvelle version de son BlackBerry.

Depuis le début de l'année, l'indice de la Bourse de Toronto n'affiche qu'un rendement de 1,1% comparativement à 3,8% pour la même période l'an passé.

Il est quand même en avance par rapport à ses pairs américains: NASDAQ (0,3%), S&P500 (-0,8%) et Dow Jones (-1,6%).