Avec toute la subtilité qu'on lui connaît, Richard Branson, le patron milliardaire de Virgin Mobile, a souligné mardi la venue de la «transférabilité» des numéros de sans-fil au Canada.

Maxime Bergeron

Avec toute la subtilité qu'on lui connaît, Richard Branson, le patron milliardaire de Virgin Mobile, a souligné mardi la venue de la «transférabilité» des numéros de sans-fil au Canada.

En plein centre-ville de Toronto, à l'heure du midi, le dirigeant s'est échappé d'une cage géante suspendue dans les airs. Au sol, de belles prisonnières -et un prisonnier- l'attendaient à bras ouverts, pour célébrer sensuellement la fin de son «emprisonnement». Le bonheur, quoi.

Depuis son arrivée au Canada il y a deux ans, Virgin Mobile milite pour que les abonnés puissent changer de fournisseur tout en conservant leur numéro. Cela se fait depuis des années aux États-Unis et dans d'autres pays asiatiques et européens, mais il aura fallu attendre jusqu'à aujourd'hui pour que les Canadiens puissent en bénéficier.

L'impact qu'aura cette nouvelle mesure sur la migration des clients est difficile à prévoir. «Là où ça a été introduit dans les autres pays, ça a varié de presque rien à beaucoup d'activité», a fait valoir Peter Barnes, président et chef de la direction de l'Association canadienne des télécommunications sans fil (ACTS).

Dans un rapport, la firme PricewaterhouseCoopers estime que 850 000 Canadiens changeront de fournisseur d'ici un an. Cela représente environ 4,5 % des 18,5 millions d'abonnés au sans-fil. D'autres analystes prédisent une migration beaucoup moindre.

Chose certaine, l'avènement de la «transférabilité» viendra attiser une guerre déjà féroce entre les trois grosses entreprises de télécoms du pays. Surtout qu'en vertu du nouveau règlement, les consommateurs pourront aussi transférer en toute liberté leur numéro résidentiel vers un téléphone sans fil, et vice-versa.

Telus, concentré dans l'Ouest canadien, espère faire une percée majeure au Québec et en Ontario. «On se prépare activement depuis plusieurs mois, a dit le porte-parole Jim Johannsson, joint à Edmonton. En plus de s'assurer que la technologie (de transfert des numéros) fonctionne, on s'est assurés d'avoir le bon mélange de produits et d'offres.»

Bell croit aussi pouvoir gagner sa «juste part» de clients. «Le sans-fil était déjà un secteur concurrentiel avant l'arrivée de la transférabilité et le demeurera évidemment après son implantation», a avancé la porte-parole Jacqueline Michelis.

Vidéotron offrira pour sa part un crédit de 50 $ à l'achat d'un appareil aux abonnés des autres compagnies qui migreront chez elle. Tout ça à condition de signer un contrat de trois ans!

Très long terme

Les contrats de deux et trois ans comme ceux offerts par Vidéotron se sont multipliés récemment chez tous les fournisseurs. Et ils viendront dans un premier temps atténuer l'impact de la «transférabilité», croit Iain Grant, analyste au SeaBoard Group.

«Je ne crois pas que grand-chose va changer demain (mercredi), a dit M. Grant. La plupart des Canadiens sont sous contrat avec leurs fournisseurs. Alors même s'ils désirent changer, il y aura des pénalités, à moins d'attendre à la fin du contrat.»

Il faudra attendre au moins un an avant de voir une grande vague de migration, selon l'analyste.

L'Union des consommateurs, tout en saluant l'arrivée de la transférabilité, déplore pour sa part la multiplication des contrats à long terme. «Ça va continuer à être un obstacle important à la concurrence», a dit le porte-parole Charles Tanguay pendant un entretien.

Aussi, le fait que les fournisseurs offrent de plus en plus de bouquets de trois ou quatre services viendra limiter la liberté des consommateurs, selon M. Tanguay. «Si vous enlevez un des services, vous perdez un important rabais.»

La mise en place de la «transférabilité» a donné de gros maux de tête aux entreprises canadiennes. Le 31 janvier dernier, dans un rapport destiné au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), l'ACTS disait craindre de ne pas être prête pour le 14 mars à cause des grands défis logistiques posés par la nouvelle technologie.

Peter Barnes, de l'ACTS, a tenu à se faire rassurant mardi. «Au 31 janvier, on attendait encore des mises à jour de logiciels et on était assez inquiets, mais on a eu le temps de recevoir les mises à jour et de les tester. Là on est optimistes que demain matin (aujourd'hui), tout va fonctionner.»