Le sénateur Paul J. Massicotte, qui a démissionné subitement le 6 décembre dernier de son poste de PDG du fonds de placement immobilier Alexis-Nihon (T.AN.UN), poursuit son ancien employeur.

Denis Arcand

Le sénateur Paul J. Massicotte, qui a démissionné subitement le 6 décembre dernier de son poste de PDG du fonds de placement immobilier Alexis-Nihon [[|ticker sym='T.AN.UN'|]], poursuit son ancien employeur.

La poursuite porte sur le paiement de 505 000 $ en bonus annuels, mais certaines allégations sont d'intérêt dans le contexte de l'offre d'achat du FPI Cominar, de Québec, sur Alexis-Nihon [[|ticker sym='T.CUF.UN'|]].

M. Massicotte affirme dans sa poursuite que son conseil d'administration a tenu dans son dos les négociations avec Cominar, qui ont mené le 4 décembre 2006 à une «convention de regroupement» entre les deux holdings immobiliers. M. Massicotte, détenteur de 11,9% des parts d'Alexis-Nihon, a alors refusé de donner son appui à cette transaction, et il a démissionné deux jours plus tard.

«Les négociations entre Nihon et Cominar, en octobre et en novembre 2006, ont eu lieu à l'insu» de Paul J. Massicotte, affirme ce dernier dans sa poursuite contre Gestion Alexis-Nihon (Canada) inc., déposée 26 janvier dernier en Cour supérieure de Montréal.

La poursuite vise aussi le nouveau président Robert A. Nihon, actionnaire à 17,4% de la firme (fondée par son père) ainsi que deux autres fiduciaires, du FPI Alexis-Nihon, Gérard Limoges et Philip O'Brien.

Joint à sa résidence permanente de Nassau, aux Bahamas, Robert Nihon a nié l'allégation de M. Massicotte selon laquelle on lui avait caché l'existence des pourparlers avec Cominar, l'automne dernier: "C'est totalement faux, il était au courant, je ne comprends pas pourquoi il dit ça", a dit M. Nihon.

«J'ai reçu un appel téléphonique de Michel Dallaire (président de Cominar) le 13 octobre et j'ai tout de suite avisé le conseil d'administration. Le 22 octobre, j'ai rencontré M. Dallaire et dès le lendemain, le conseil d'administration a formé, avec le consentement de M. Massicotte, un comité chargé d'étudier et négocier la transaction.»

Rappelons qu'entre l'été 2005 et février 2006, M. Dallaire, de Cominar, et M. Massicotte, d'Alexis-Nihon, avaient négocié une éventuelle transaction, mais sans arriver à un accord. Le 10 octobre 2006, M. Massicotte a annoncé son intention de démissionner au début de 2007, afin de se consacrer au développement de sa nouvelle firme, Attractions Hippiques, qui doit bientôt acheter du gouvernement du Québec quatre hippodromes dont Blue Bonnets, à Montréal. Cominar est revenu à la charge trois jours plus tard.

Cominar et Alexis-Nihon se sont entendus sur une offre de 17$ l'action payable à 25% au comptant, le reste en actions de Cominar. La partie au comptant a été majorée à 18,50$ par Cominar le 24 janvier.

Dans sa poursuite, M. Massicotte décrit cette offre comme «un pourcentage relativement petit de comptant», et affirme que le conseil d'administration d'Alexis-Nihon n'a pas fait de recherche approfondie du marché, ni de consultation auprès d'experts, pour déterminer si existaient des offres plus favorables aux détenteurs de parts.

La circulaire récemment émise aux porteurs de parts d'Alexis-Nihon affirme que le FPI a obtenu de Marchés mondiaux CIBC l'avis que l'offre de Cominar est équitable.

Cette poursuite survient alors qu'au moins deux firmes rivales envisagent de faire des offres qui feraient dérailler celle de Cominar. En janvier, Summit, de Toronto (filiale de la multinationale financière ING), ainsi que Homburg Invest, de Halifax, ont tous deux acquis des blocs d'actions juste en-deça de 20%, se positionnant pour faire des offres concurrentes à celle de Cominar.

M. Nihon a dit à La Presse Affaires que, selon ses contacts, c'est M. Massicotte qui a vendu à Homburg un important bloc d'actions le 23 janvier. M. Massicotte, en tant qu'initié, a 10 jours pour divulguer aux autorités boursières toute transaction.

La Presse Affaires a demandé à M. Massicotte une entrevue, mais ce dernier a indiqué par courriel qu'il se trouve à Paris et que, de toute façon, une entente de confidentialité l'empêche de commenter.

Selon M. Nihon, Summit a acheté son plus récent bloc d'actions de Fidelity Investments, qui détenait jusqu'à récemment 12,4% des parts d'Alexis Nihon. Les autres grands actionnaires connus de la firme sont Cypress Management (7%) et Middlefield Capital (5,3%).

Selon la circulaire, le 29 décembre 2006, Alexis-Nihon a reçu d'une société qu'elle n'a pas identifié une offre proposition d'offre publique d'achat visant la totalité des parts d'Alexis-Nihon. Le 11 janvier, après avoir examiné les données financières confidentielles fournies par Alexis-Nihon, la firme non identifiée a décidé de retirer son offre. Summit et Homburg ont demandé de consulter les données confidentielles d'Alexis-Nihon: «Nous collaborons avec eux», a dit M. Nihon jeudi.

Outre ses 505 000 $ en primes, M. Massicotte affirme dans sa poursuite avoir droit à 1,2 million de dollars payables, selon son contrat, en cas de vente d'Alexis-Nihon. M. Nihon a indiqué hier que le comité des ressources humaines n'a pas encore pris de décision concernant les primes, mais a ajouté que M. Massicotte a renoncé au versement de 1,2 million (trois ans de salaire) en démissionnant.