Depuis lundi, les clients des magasins à grande surface doivent présenter leur passeport vaccinal avant d’entrer faire leurs emplettes. En cette première journée, alors qu’ils faisaient la file dans le froid, les consommateurs interrogés par La Presse s’étaient, pour la plupart, résignés à cette nouvelle règle. Si ce début de semaine s’est déroulé sans trop d’incidents, les commerçants souhaitent que l’imposition du passeport soit de courte durée.

Mis à jour le 24 janvier
Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Lundi matin, à l’entrée du magasin Costco situé au Marché central, les clients en ligne fouillaient à mains nues dans leurs poches ou leur sac à main pour sortir leur téléphone et leur pièce d’identité alors qu’une employée emmitouflée leur demandait de se préparer à sortir leurs documents.

La plupart d’entre eux attendaient sagement avec leur panier avant de pouvoir entrer. Devant la porte, un homme avait toutefois décidé de signifier son mécontentement en criant après l’employée sur place. Membre de Costco depuis des années, répétait-il, il disait ne pas comprendre pourquoi on imposait ce règlement. Des responsables du magasin ont tenté de le calmer. « Nous, on ne fait que respecter la loi », lui a-t-on rappelé tout en lui demandant de quitter les lieux. Il a obtempéré après quelques minutes. Des voitures de police circulaient un peu partout au Marché central.

En ligne, Rouba Fatima Zohra n’avait aucun problème avec l’idée de présenter son passeport vaccinal. Elle avait toutefois une pensée pour les gens démunis et non vaccinés. « Ma voisine, c’est une vieille dame, elle n’a pas reçu ses vaccins, elle m’a donc demandé de venir lui acheter des choses. »

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Rouba Fatima Zohra

À la succursale de Home Depot de la rue Beaubien, dans le Mile-Ex, le gardien de sécurité muni d’un téléphone intelligent était de loin l’employé le plus occupé du commerce. Par moments, la file atteignait une dizaine de personnes, mais le tout avançait rondement. « Je pense que c’est une mesure correcte, a confié Michael Winder. Les employés du magasin, ils ne gagnent pas des fortunes, et c’est une bonne chose qu’ils soient protégés. »

Un Montréalais qui n’est pas vacciné par choix a confié à La Presse qu’il percevait cette nouvelle mesure comme du « harcèlement » envers une partie de la population. « De tout temps, les non-vaccinés n’ont jamais été séparés des vaccinés. C’est non scientifique. Surtout qu’on sait maintenant que les vaccins ne stoppent pas la propagation. » Les contraintes ne l’incitent pas davantage à aller se faire vacciner, a-t-il conclu.

À la sortie du magasin Canadian Tire du boulevard Crémazie, la réaction des clients était partagée. « C’est stupide, c’est ridicule, c’est assez ! », a laissé tomber un père de famille venu acheter un traîneau avec ses deux enfants, avant de s’engouffrer dans sa voiture.

« Ça ne m’a pas du tout dérangée, a pour sa part indiqué Nadia Podhorecki. Le personnel est courtois, donc c’était sympathique. »

« Ce n’est pas une mesure évidente à implanter pour les différents commerçants, a souligné Éric McDonald alors qu’il sortait avec son bébé assis dans un chariot. Ils font bien ça. J’étais au courant que ça commençait ce matin [lundi]. Je suis les points de presse. »

Un peu d’impatience

Les détaillants, de leur côté, assurent que peu d’incidents sont survenus, mais ont quand même noté une certaine impatience de la part des clients qui attendaient en ligne par un temps glacial. « Ça se passe quand même relativement bien. Ce n’est pas la catastrophe », assure Paul-André Goulet, propriétaire de 10 magasins Sports Experts, qui ajoute dans la foulée que les clients se sont résignés. « On sent une certaine impatience dans la population, soutient-il toutefois. Et ça vient en ajouter une couche. »

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Tous les commerces d’une superficie de plus de 1500 mètres carrés, à l’exception des supermarchés et des pharmacies, doivent maintenant exiger le passeport vaccinal.

Fait surprenant, M. Goulet a toutefois noté que beaucoup de clients ignoraient qu’ils auraient à montrer patte blanche avant d’entrer dans le magasin.

« Heureusement, les commerçants sont prêts », estime Michel Rochette, président pour le Québec au Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), qui représente plusieurs grandes enseignes comme Costco et Walmart. « L’enjeu demeure entier sur la disponibilité de la main-d’œuvre. »

Il rappelle notamment que des clients non adéquatement vaccinés qui ont besoin de se rendre dans une pharmacie située dans une grande surface pourront y avoir accès en étant accompagnés d’un employé de l’entrée jusqu’à la sortie. « On souhaite que ce soit le plus temporaire possible », a tenu à dire M. Rochette.

« J’ai deux ou trois détaillants qui m’ont appelé pour me dire qu’il y avait des gens un peu frustrés, mais rien de dramatique, rien pour signaler à la police, indique Jean-Guy Côté, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). Le lundi matin, ce n’est pas une grosse période pour le commerce de détail. Ça va être autre chose jeudi, vendredi et samedi. »

Tous les commerces d’une superficie de plus de 1500 mètres carrés, à l’exception des supermarchés et des pharmacies, doivent maintenant exiger le passeport vaccinal. La semaine dernière, l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT) avait déclaré que le gouvernement faisait fausse route. Dans un sondage, près de 69 % des membres disaient s’opposer à l’imposition du passeport vaccinal dans leur magasin. Le président du groupe Renaud-Bray, Blaise Renaud, avait lui aussi demandé au gouvernement d’exempter l’industrie du livre.

Avec Nicolas Bérubé, La Presse