(Glasgow, Royaume-Uni) Montréal voit lui échapper le siège social du nouveau Conseil des normes internationales d’information sur la durabilité, qui s’installe à Francfort, en Allemagne. La métropole québécoise accueillera toutefois un des bureaux principaux de l’organisme et deviendra « le cœur de la finance durable en Amérique », a annoncé mercredi le gouvernement Legault.

Mis à jour le 3 nov. 2021
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

Avec ce bureau de l’International Sustainability Standards Board (ISSB, du nom en anglais), Montréal jouera un rôle déterminant dans la finance durable. L’annonce a été faite mercredi dans le cadre du Sommet des Nations unies sur le Climat, la COP26, à Glasgow en Écosse.

L’ISSB a comme mission de gérer à l’échelle internationale les normes régissant la divulgation par les entreprises des informations sur les aspects environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance.

« La ville de Francfort, en Allemagne, a été choisie pour recevoir le siège social de l’organisme. Si les villes de Montréal et Francfort seront les deux pôles responsables des fonctions clés du nouveau conseil d’administration, plusieurs autres villes, dont San Francisco et Londres, fourniront un soutien technique à l’organisation », a expliqué le gouvernement du Québec par voie de communiqué.

Plus tôt cet automne, le premier ministre François Legault et un consortium d’organisations québécoises étaient intervenus auprès des décideurs de la Fondation IFRS. Québec travaillait dans les coulisses pour obtenir le siège social de l’ISSB. Dans les corridors de la COP26, le cabinet du premier ministre s’est montré enthousiaste à l’annonce d’aujourd’hui, alors que la métropole obtient un bureau de l’organisme.

Le président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Charles Emond, qui est aussi à Glasgow cette semaine, a affirmé que ce nouveau bureau de l’ISSB à Montréal confirmait « l’expertise qu’il y a au Québec » en cette matière.

« C’était l’objectif de [plusieurs villes] du monde d’obtenir une présence. […] Je pense que le Québec est reconnu pour avoir une population qui se mobilise derrière la cause environnementale », s’est-il réjoui.

Montréal en finance durable

Parmi les principaux promoteurs de la candidature de Montréal pour attirer l’ISSB, le PDG de la société Montréal International, Stéphane Paquet, qui participe à la COP26, s’est réjoui de « l’arrivée de l’ISSB. [Cela confirme] que Montréal est un pôle de la finance durable et que notre expertise aidera à [décarboner] l’économie mondiale. »

Montréal fait maintenant partie de la solution à un problème complexe qui exige de rallier tous les pays sur tous les continents.

Stéphane Paquet, PDG de Montréal International

Du côté de Finance Montréal, qui regroupe les intervenants du secteur financier dans la métropole et au Québec, le directeur général, Jacques Deforges, a affirmé : « Nous pouvons être fiers que notre leadership en finance durable soit reconnu internationalement. La décision d’établir à Montréal l’un des principaux bureaux de l’ISSB vient confirmer que les expertises québécoise et canadienne dans ce domaine dépassent désormais largement nos frontières. »

Entre-temps, à Québec, lors d’une mêlée de presse matinale, le ministre des Finances, Eric Girard, a qualifié de « très positif » le choix de Montréal pour l’un des bureaux de direction de l’ISSB.

« Le bureau chef va être à Francfort et le bureau principal des Amériques va être à Montréal. C’est important parce que l’IFRS [principale instance mondiale en comptabilité financière, instigatrice de l’ISSB en finance durable] avait la responsabilité des normes financières. Mais là, on va ajouter les normes ESG [environnement, société, gouvernance]. Donc c’est très positif. »

Par ailleurs, du côté du regroupement des Comptables professionnels agréés du Canada, ou CPA Canada, qui a aussi collaboré étroitement à la candidature du Canada et de Montréal pour attirer l’ISSB, le président et chef de la direction, Charles-Antoine St-Jean, a estimé que « si Montréal a été choisi pour accueillir l’un des bureaux du nouveau conseil international, c’est que l’IFRS reconnaît l’engagement ferme du Canada en matière de gouvernance de la durabilité ».

« Le message de l’IFRS est sans équivoque : elle fait confiance au Canada pour aider l’ISSB à établir sa présence mondiale », selon le président de CPA Canada.

À Ottawa, la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, a salué le fait « que le Canada soit reconnu pour ses talents diversifiés et compétents, pour son expertise dans le secteur financier et pour son leadership en matière de changements climatiques ». « À l’échelle internationale, le Canada est aussi reconnu comme un chef de file et un innovateur dans la tarification du carbone ayant une trajectoire de prix ambitieuse, et qui encourage les gens et les entreprises à participer à l’action climatique », a-t-elle dit.

Un « signal fort », dit Valérie Plante

Dans un communiqué, la mairesse Valérie Plante a indiqué mercredi que la sélection de Montréal pour ce bureau de l’ISSB « est un signal fort du positionnement » de la métropole. « Nous sommes à l’avant-garde du mouvement mondial dans les milieux d’affaires et marchés financiers en faveur du développement durable et de l’investissement responsable », s’est-elle exclamée.

Son cabinet a aussi parlé d’une « énorme victoire ». « Le développement des nouvelles normes de divulgation financière environnementale internationales, tel que l’ISSB les élaborera, jouera un rôle clé pour assurer l’accès à une meilleure information et permettra ainsi le mouvement de capitaux vers des solutions tangibles », a assuré Mme Plante. Elle n’a toutefois pas commenté le fait que Montréal n’est finalement pas parvenu à accueillir le siège social de l’organisme.

En septembre dernier, le candidat à la mairie Denis Coderre avait fait valoir que Montréal devait affermir sa présence diplomatique dans le monde et protéger sa mainmise sur des sièges sociaux d’organisations comme l’Agence mondiale antidopage ou l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). « Si on ne s’en mêle pas, on va perdre l’Agence mondiale antidopage », avait-il dit, en se disant inquiet que l’Association du transport aérien international (IATA) donne à terme moins d’importance à son bureau montréalais, siège social depuis sa fondation en 1945, au profit de son siège exécutif à Genève, en Suisse.

Selon les données de la Ville, on trouve plus de 65 organisations internationales, dont 4 sièges de l’ONU, à Montréal, ce qui en fait la troisième ville d’organisations internationales en importance en Amérique du Nord.