Le passage au palier jaune annoncé pour le 14 juin mettra fin à l’obligation du télétravail pour les employés qui font du travail de bureau ou des tâches administratives et dont la présence n’était pas essentielle. Mais elle ne les ramènera pas tous en même temps dans les tours de bureaux, en particulier à Montréal.

Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

L’employeur a-t-il le droit de faire revenir tous ses employés au bureau dès le 14 juin ?

Cela dépend de la région et de l’entreprise.

À Montréal et à Laval, notamment, qui passeront au palier orange seulement le 7 juin, soit une semaine plus tard que beaucoup d’autres régions, le passage au jaune pourrait aussi être retardé, ce qui prolongerait l’obligation du télétravail.

Et une fois en zone jaune, les entreprises devront avoir l’espace nécessaire pour respecter les mesures d’hygiène (distanciation, port du masque médical en tout temps sauf quand on est seul dans une pièce fermée, etc.) dictées par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) qui, elles, demeurent en vigueur à tous les paliers.

Si toutes ces conditions sont remplies, l’employeur dont les salariés travaillaient au bureau avant la pandémie pourra choisir de les y ramener tous. Toutefois, selon la Santé publique nationale, le télétravail demeure « recommandé » en zone jaune.

« Le retour au travail va se faire de façon plus ou moins progressive selon la grosseur et les enjeux des entreprises », prévoit MSarto Veilleux, spécialisé en droit du travail et de l’emploi chez Langlois Avocats.

Comment s’organise le retour au bureau ?

« Les employeurs doivent être conscients que le retour en présentiel va amener plusieurs enjeux, prévient MVeilleux. On recommande d’avoir un plan de retour au travail défini et de le communiquer. »

PHOTO FOURNIE PAR LANGLOIS AVOCATS

Sarto Veilleux, avocat associé et médiateur qui pratique en droit du travail et de l’emploi chez Langlois Avocats

Après plus d’un an à distance, certains employés n’ont pas envie de retourner au bureau, ce qui peut poser un défi de rétention. « Il y a également des enjeux à maintenir le télétravail plus longtemps », rappelle MVeilleux, en citant les salariés qui n’aiment pas le télétravail ou présentent des problèmes de rendement et de motivation. Les conditions de télétravail pas toujours ergonomiques sont aussi un enjeu dans la mesure où l’employeur demeure responsable de la santé et de la sécurité au travail. « L’employeur devrait déterminer quels sont les postes prioritaires dans le cadre d’un retour en présentiel, et adapter son plan en fonction de ça. »

Et si des collègues négligent le masque ou reniflent ?

L’employeur est responsable de faire respecter les mesures de la CNESST. Face à un employé récalcitrant, il peut aller jusqu’à utiliser des mesures administratives ou disciplinaires, comme cela s’est fait depuis le début de la pandémie. « C’est sûr qu’avec le retour au travail dans les tours de bureaux, il va y avoir des cas », prévoit MVeilleux. Un employé qui pense qu’un collègue présente des symptômes est aussi en droit d’aviser l’employeur, qui est tenu d’enquêter.

Et au-delà des aspects légaux ?

Avec des employés qui n’auront pas mis les pieds au bureau depuis 14 à 15 mois, il ne faut pas penser seulement sous l’angle du retour, mais aussi de la gestion du changement, souligne la directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles agréés (CRHA), Manon Poirier. « Il faut être conscient de notre relation au risque perçu par rapport à la COVID-19, et ne pas présumer que c’est la même pour tous. »

Les gestionnaires devraient rappeler des règles d’hygiène avant le retour et, une fois sur place, être attentifs aux craintes et s’ouvrir aux réactions. « Si les espaces sont partagés ou restreints, on suggère d’y aller graduellement pour l’été et l’automne, de permettre aux gens de renouer. »

Un retour en formule hybride, où les employés partagent leur temps entre le bureau et le télétravail, facilitera la cohabitation, estime-t-elle. « Si tout le monde n’est pas là en même temps, déjà, on va atténuer un peu la sensation d’avoir bien trop de monde. »