Malgré l’engouement généralisé pour les panneaux solaires, cette source d’énergie renouvelable est très peu présente au Québec et devrait rester marginale dans un avenir prévisible.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

C’est ce qui ressort de l’étude sur le potentiel solaire réalisée pour le compte de Nergica, centre de recherche voué au développement des énergies renouvelables autrefois connu sous le nom de Technocentre éolien.

L’étude rendue publique ce jeudi constate que l’énergie solaire connaît une croissance remarquable dans le monde, où elle représente maintenant 23 % de la production d’énergie de sources renouvelables. Au Québec, l’énergie solaire compte pour moins de 1 % du bouquet énergétique.

« C’est un potentiel inexploité », estime Frédéric Côté, président de Nergica. « On va avoir besoin d’électricité additionnelle et il ne faut pas se priver du solaire, qui est une source d’énergie agile et de plus en plus concurrentielle », explique-t-il lors d’un entretien avec La Presse.

C’est vrai que le coût de la technologie solaire, et notamment celui des panneaux photovoltaïques, a beaucoup baissé. Au Québec, le coût du kilowattheure solaire sera bientôt le même que celui du kilowattheure livré par le réseau d’Hydro-Québec. D’ici 2030, souligne l’étude, le coût de production des installations solaires raccordées au réseau électrique sera autour de 6 cents le kilowattheure pour les secteurs résidentiel et commercial, comparativement à environ 7 cents aujourd’hui pour le kilowattheure livré par Hydro-Québec.

Comme les tarifs d’Hydro-Québec continueront à augmenter, l’énergie de source solaire pourrait être plus attrayante encore. Toutefois, des freins importants à son développement subsistent, observe Nergica.

Potentiel solaire

Le potentiel solaire du Québec n’est pas le plus intéressant au Canada. En fait, le Québec arrive au cinquième rang des provinces canadiennes pour ce qui est de l’irradiation solaire, observe l’étude de Nergica. Dans l’ordre, l’Alberta, la Saskatchewan, l’Ontario et le Manitoba obtiennent de meilleures performances.

Surplus énergétiques

Le potentiel solaire du Québec est comparable à celui de l’Allemagne, où la filière solaire est beaucoup plus développée. Contrairement à l’Allemagne, le Québec produit plus d’énergie qu’il n’en consomme et doit exporter ses surplus, ce qui nuit au développement de nouvelles filières énergétiques, dont le solaire. Les premiers besoins qui apparaissent à l’horizon 2027 d’Hydro-Québec sont pour satisfaire la pointe hivernale, ce que le solaire ne peut pas faire.

Bas prix de l’électricité

En plus d’avoir des surplus d’électricité, le Québec bénéficie de tarifs d’électricité parmi les plus bas en Amérique du Nord, note l’étude de Nergica. Si l’énergie solaire devient peu à peu concurrentielle par rapport à l’électricité produite par Hydro-Québec pour les secteurs résidentiel et commercial, ce n’est pas le cas pour le secteur industriel. Le coût de l’énergie d’une centrale solaire sera plus élevé que le tarif L d’Hydro-Québec jusqu’en 2050, selon les chiffres cités dans l’étude.

Pointe saisonnière

L’énergie solaire peut contribuer à réduire la dépendance aux énergies fossiles des réseaux autonomes, comme ceux du Nord québécois. Les panneaux solaires donnent un bon rendement en climat froid, à condition qu’ils ne soient pas recouverts par la neige, ce qui peut interrompre complètement la production d’électricité. Toutefois, dans les régions nordiques, les périodes d’ensoleillement sont très courtes en hiver, quand les besoins sont plus grands. L’énergie solaire doit donc être couplée à du stockage, ce qui en augmente le coût.

Absence d’incitation financière

La part de l’énergie solaire dans le bouquet énergétique québécois va doubler au cours des prochaines années, mais cela s’explique par les projets pilotes financés par Hydro-Québec à Kuujjuaq et à Quaqtaq, dans le Grand Nord québécois, de même qu’à Varennes et à La Prairie. Pour accélérer le développement de la filière solaire, le Québec doit offrir des mesures d’incitation financière, comme des crédits d’impôt, pour la réalisation de projets solaires privés.