Après la folie du vélo, les étalages de skis de fond se vident à vue d’œil, notamment par les snowbirds qui restent au Québec et s’équipent pour l’hiver.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

« On vit exactement ce qu’on a vécu ce printemps avec le vélo », remarque Paul-André Goulet, propriétaire d’une dizaine de boutiques Sports Experts et Atmosphère dans la grande région de Montréal.

Des tablettes vides, des fournisseurs en rupture de stock, des commandes passées sous pression : le scénario du printemps dernier se répète. « On va doubler et peut-être tripler nos ventes de skis de fond par rapport à l’année passée », entrevoit M. Goulet.

Pour répondre à la demande, ses succursales doivent se tourner vers de nouveaux fournisseurs, notamment en Finlande et en Suède. M. Goulet assure que les prix resteront sensiblement les mêmes pour les consommateurs.

« Si les prix des skis sont plus élevés, c’est pour la qualité des produits, mais on s’est assuré que le transport n’ait pas d’impact », assure-t-il.

N’empêche, il faut se dépêcher si l’on veut se procurer une paire de skis, affirme M. Goulet. « Ou connaître quelqu’un dans le milieu ! », lance-t-il en riant.

Stocks épuisés

Au Ski Shop Rive-Sud à Saint-Hubert, c’est la « folie généralisée », constate le gérant Dave Mcneil.

Le 15 octobre 2019, le commerce avait vendu 30 paires de skis de fond. Cette année, à pareille date, plus de 400 paires ont été vendues.

Alors que la première neige n’était pas encore tombée, le magasin avait déjà épuisé ses stocks. « Nos clients sont prêts à attendre des semaines pour avoir leur équipement. C’est quasiment une blague », ajoute-t-il.

À Montréal, les clients de la Poubelle du ski ne peuvent se présenter que sur rendez-vous, en raison de l’achalandage. Le commerce spécialisé en sport d’hiver n’accepte d’ailleurs plus les rendez-vous pour les prochaines semaines, peut-on lire dans un courriel envoyé à la clientèle. Les skis de location sont en rupture de stock.

Nouveaux adeptes

Le copropriétaire de la Boutique Courir, Daniel Beaupré, constate un changement dans sa clientèle.

Des skieurs alpins qui se tournent vers le ski de fond, inquiets d’une possible fermeture des stations de ski ; des snowbirds qui ont décidé de rester au Québec pour les temps froids font le plein d’équipement hivernal.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Pour répondre à la demande, les magasins doivent se tourner vers de nouveaux fournisseurs, notamment en Finlande et en Suède.

Souvent, ces gens-là n’ont rien pour passer l’hiver. Si tu fais le tour de tous les magasins de sport, c’est ce qui arrive partout.

Daniel Beaupré, copropriétaire de la Boutique Courir

Ses concurrents affirment la même chose. Selon Dave Mcneil, environ 90 % de sa clientèle est constituée de nouveaux skieurs et de snowbirds.

Une activité parfaite pour la pandémie

Pour Paul-André Goulet, la vente explosive de skis de fond cet automne n’est pas surprenante.

C’est une activité qui ne coûte pratiquement rien, à faible impact et qui se fait dehors. Question pandémie, on ne peut pas demander mieux.

Paul-André Goulet, propriétaire d’une dizaine de boutiques Sports Experts et Atmosphère

Il ajoute que cette recrudescence du sport hivernal fait partie d’un mouvement de remise en forme plus large, qui a pris de l’ampleur avec la pandémie. Les gens veulent bouger, surtout après un long confinement.

Si la plupart des commerçants accueillent cet engouement à bras ouverts, Dave Mcneil se questionne sur l’accessibilité des pistes cet hiver. « Au nombre de ventes qu’on fait, je me demande comment tout le monde va rentrer sur les pistes. »