Investissement Québec veut accompagner 18 % d’entreprises dirigées par des femmes d’ici 2023. Cette augmentation sur trois ans s’accompagne d’une nouvelle collaboration avec l’initiative mondiale Beyond the Billion, qui vise à favoriser l’accès au capital de risque pour les femmes entrepreneures.

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

« On vise qu’il y ait 12 % des dossiers financés qui soient dans des entreprises dirigées par des femmes d’ici 2021, […] 15 % en 2022 et 18 % au 31 mars 2023 », affirme Sylvie Pinsonnault, première vice-présidente, stratégies et solutions d’affaires, chez Investissement Québec (IQ).

Cette nouvelle façon de faire sera inscrite dans le plan stratégique 2020-2023 de la société d’État, qui sera rendu public sous peu. Elle fait partie d’une série de mesures visant à encourager l’entrepreneuriat des femmes.

« On veut encourager les gestionnaires [de fonds dans lesquels IQ participe] à investir dans des sociétés qui sont gérées par des femmes et on va être capables de mettre cet indice dans les critères de performance de ce gestionnaire », précise Bicha Ngo, première vice-présidente exécutive aux placements privés.

Défavorisées dans le financement

Cette volonté de changer les choses vient de la reconnaissance que les femmes entrepreneures sont défavorisées par le système actuel de financement. Aux États-Unis, les entreprises dirigées par des femmes sont allées chercher un peu moins de 3 % du capital de risque disponible, un chiffre qui reste stable depuis de nombreuses années même si la proportion d’entreprises dirigées par des femmes a augmenté.

Une étude publiée en 2014 a aussi mis en évidence le fait que deux projets identiques avaient moins de chances d’être financés lorsqu’ils étaient présentés par une femme que par un homme, et ce, peu importe la composition masculine ou féminine du jury.

« On a tous des biais. Les femmes en ont, les hommes en ont, constate Andrée-Lise Méthot, fondatrice et associée directrice chez Cycle Capital Management, un fonds d’investissement en technologies vertes. Je pense que s’il n’y a personne dans les équipes de financement qui sont des femmes ou des gens issus des communautés culturelles, il y a des biais intrinsèques, pas malveillants, dans notre façon de regarder ce qui nous est proposé. »

Au Canada, 16 % des PME sont dirigées par des femmes. C’est à partir de ce chiffre qu’Investissement Québec a décidé de son objectif de 18 % d’entreprises financées qui soient dirigées par des femmes en 2023. La société d’État ne mesurait pas ce chiffre jusqu’à maintenant.

« La mesure de départ, on ne la connaît pas. Ce n’est pas quelque chose qu’on mesurait. Maintenant, on s’est dotés d’indicateurs qu’on est capables de mesurer et dans deux ans, on pourra vous donner des chiffres », précise Sylvie Pinsonnault.

Durant les sept premiers mois de l’année 2020-2021, 65 entreprises dirigées par des femmes ont été financées à hauteur de 120 millions, selon Bicha Ngo. À titre d’exemple, pour toute l’année 2019-2020, IQ a distribué 1,5 milliard à 1259 entreprises. Il aurait fallu accompagner 151 entreprises dirigées par des femmes pour que la société d’État atteigne cet objectif de 12 %.

Beyond the Billion : une nouvelle mouture

Investissement Québec a également été recruté pour participer à l’initiative internationale Beyond the Billion (BTB), qui fait suite au projet du Billion Dollar Fund for Women (BDFW), qui visait à financer des entreprises technologiques dirigées par des femmes. Selon les organisatrices, l’objectif de 1 milliard de dollars américains de la première mouture du projet a été atteint en neuf mois et ensuite largement dépassé.

La nouvelle version du projet inclut maintenant des gestionnaires de fonds d’investissement et les sociétés qui investissent dans ces fonds. « Je suis très fière que tous les niveaux de la chaîne de financement se préoccupent de la place des femmes dirigeantes dans les entreprises technologiques », affirme Andrée-Lise Méthot, coresponsable de BTB au Canada.

Mme Méthot compare la situation actuelle des femmes dans le milieu de l’entrepreneuriat à celle des Québécois francophones il y a quelques décennies. « Il faut s’assurer qu’il y a une diversité qui discute de l’investissement, et c’est ce qui va amener plus d’équilibre dans notre manière de financer », ajoute-t-elle.

Comme il s’agit de capital de risque et d’investissement privé, les organisatrices de BTB ne déterminent pas d’objectif chiffré précis. « The sky is the limit ! », s’exclame Andrée-Lise Méthot.

Grâce à un investissement récent dans le fonds montréalais Brightspark, codirigé par Sophie Forest, IQ a dépassé son objectif de 10 millions dans le cadre de BDFW. La société d’État ne veut pas chiffrer son engagement pour l’initiative BTB.

Une bonne manière de stimuler l’entrepreneuriat

Avec des formations en entrepreneuriat et le mentorat, l’accès aux capitaux est primordial afin de stimuler l’entrepreneuriat au féminin, selon Raquel Fonseca, professeure agrégée au département d’économie de l’Université du Québec à Montréal.

Néanmoins, il faudra attendre d’avoir des chiffres et des retours de ce genre d’initiative pour vraiment mesurer si elle est un succès, soutient Mme Fonseca.

L’accompagnement proposé par Investissement Québec et dans l’initiative BTB inclut également du mentorat. « On est une institution financière, mais on accompagne aussi les entrepreneures pour les aider à se positionner, à présenter leur dossier. On est partenaires là-dedans », rappelle Bicha Ngo.

Tant pour BTB que chez IQ, les intervenantes rappellent que les projets financés doivent avoir un potentiel de rendement et qu’il ne s’agit pas d’une subvention ou de charité. « C’est important qu’il y ait de la réussite au bout de ça. Les femmes ne peuvent pas être exemptes de l’appel à l’excellence, précise Andrée-Lise Méthot. C’est un milieu compétitif. »