En dévoilant son nouveau plan particulier d’urbanisme, la Ville de Montréal revoit unilatéralement à la baisse la hauteur des deux dernières phases du Quartier Pointe-Nord, à L’Île-des-Sœurs. Une entente conclue en 2006 autorisait pourtant le promoteur à construire des tours de plus de 100 mètres.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Le nouveau plan particulier d’urbanisme (PPU) prévoit maintenant une hauteur maximale de 78 mètres (25 à 27 étages) sur l’ensemble du territoire du PPU, de part et d’autre de l’autoroute 15 à l’entrée de l’île. Le conseil municipal doit entériner le PPU à sa prochaine séance, le 16 novembre.

La décision du comité exécutif, communiquée mardi, va aussi à l’encontre de la suggestion des commissaires de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), qui recommandaient de laisser se poursuivre le développement du Quartier Pointe-Nord selon les protocoles d’entente signés entre le promoteur et la Ville en 2006. Le guide d’aménagement du quartier, produit en 2010, a d’ailleurs été adopté par résolution par le conseil municipal.

« Permettre de compléter le Quartier Pointe-Nord selon les principes prévus à son Guide d’aménagement et autoriser la construction de tours de plus de 100 mètres », lisait-on dans le rapport déposé le 30 avril dernier. L’OCPM est un organisme de consultation qui guide les élus dans leur prise de décisions.

Proment, promoteur immobilier du Quartier Pointe-Nord, prévoyait une hauteur de 98 et de 120 mètres pour les deux derniers gratte-ciel. Le quartier compte déjà quatre tours dont les hauteurs varient de 82 à 120 mètres (38 étages).

« La Ville honore l’entente avec le promoteur Proment, qui a déjà développé à 80 % son projet selon les critères prévus à l’Entente de 2006, en permettant la poursuite du développement, soutient la Ville dans un courriel. Une municipalité est en plein droit d’introduire des balises d’aménagement permettant un développement intelligent et de qualité qui assure la préservation des vues et le respect de la capacité d’accueil de l’Île. »

« Je suis sous le choc »

Le promoteur Ilan Gewurz, président de la firme Proment, est anéanti. « Toutes les options sont sur la table, y compris celle de ne pas aller de l’avant avec les phases finales, répond-il quand on lui demande s’il entend poursuivre la Ville de Montréal. Je suis sous le choc. »

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Ilan Gewurz, président de la firme Proment

La famille Gewurz a construit 4500 logements à L’Île-des-Sœurs depuis 1979, recevant de nombreux prix au fil des ans, comme le prix Blanche Lemco van Ginkel, décerné par l’Ordre des urbanistes du Québec, pour souligner sa contribution au développement de l’urbanisme au Québec. Pour Pointe-Nord, le point d’exclamation de sa carrière, le promoteur a consacré 14 ans à peaufiner le plan directeur.

En limitant la hauteur des tours, la Ville contraint le promoteur à augmenter la volumétrie des immeubles au sol pour pouvoir atteindre la densité permise par l’arrondissement. Une densité élevée est prévue dans le secteur pour tirer profit de la proximité d’un réseau collectif structurant. Une plus grande emprise au sol se traduit par moins d’espaces verts et par l’obstruction de perspectives visuelles sur le fleuve ou sur la ville, déplore M. Gewurz, se disant incapable de comprendre les motivations de l’administration municipale.

Au moment des audiences de l’OCPM, un regroupement de citoyens de la Pointe-Nord a amassé plus de 700 signatures dans une pétition demandant l’intégrité du plan directeur de Pointe-Nord.

C’est rare que vous voyiez des citoyens signer une pétition demandant à la Ville de respecter son entente avec le promoteur.

Ilan Gewurz, président de la firme Proment

20 % moins de nouveaux logements

Le PPU abaisse aussi la capacité d’accueil de nouveaux logements sur le territoire du futur TOD (Transit Oriented-Development) de 20 %, passant de 3700 à 2950 logements sur l’ensemble de la partie nord de l’île.

« Le résultat est un outil abouti, qui tient véritablement compte des besoins de la population qui y réside en venant encadrer le développement du secteur nord de L’Île-des-Sœurs et en cadrant sa densification », souligne Jean-François Parenteau, maire de l’arrondissement de Verdun, dans un communiqué.

L’élu de Projet Montréal semble s’être rallié à la position majoritaire du comité exécutif, lui qui semblait plutôt favorable au respect des protocoles signés avec le promoteur quand La Presse lui avait parlé au moment des audiences publiques de l’OCPM, en novembre 2019. « Le projet, selon moi, ne devrait pas changer de nature pour le moment parce qu’il s’intègre dans un projet qui est déjà entamé », avait-il alors dit.