Pour la première fois depuis cinq mois, le Québec a perdu des emplois en octobre et son taux de chômage est reparti à la hausse.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

De 7,4 % qu’il était en septembre, le taux de chômage a grimpé à 7,7 % le mois dernier, selon les chiffres de Statistique Canada qui reflètent la refermeture des restaurants, des bars et des salles de spectacles imposée par le gouvernement le 1er octobre.

Après avoir grimpé depuis le mois de mai, le nombre d’emplois a reculé de 12 900 en octobre. Le Québec rapporte 42 000 des 48 000 pertes d’emplois survenus au Canada dans le secteur des spectacles, des bars et de la restauration.

Cette pause dans la récupération du marché du travail n’est pas une surprise, « mais elle ralentira la reprise économique au Québec », estime Hélène Bégin, économiste principale de Desjardins.

Comme beaucoup de ses collègues, l’économiste s’attendait à un bilan encore plus négatif pour le mois d’octobre. « Ça reste très difficile pour les secteurs touchés [par les mesures sanitaires], mais heureusement, la récupération se poursuit ailleurs », souligne-t-elle.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a d’ailleurs cru bon de souligner sur les réseaux sociaux que le taux de chômage de 7,7 % au Québec reste inférieur à celui de l’Ontario (9,6 %) et à la moyenne canadienne (8,9 %).

Parmi les principales villes canadiennes, c’est Québec qui affiche le plus bas taux de chômage, à 4,5 %. À Montréal, le taux de chômage est repassé sous la barre des 10 %, pour s’établir à 9,6 %.

Dans l’ensemble du pays, l’emploi a continué de croître en octobre, mais à un rythme cinq fois moindre qu’au début de la remontée, au mois de mai. Le bilan mensuel montre une augmentation de 84 000 emplois, surtout à temps plein, ce qui surpasse les attentes des économistes de la Banque Nationale.

« Pas moins de 79 % des emplois perdus ont été recréés », observent les économistes Kyle Adams et Alexandra Ducharme. Le marché du travail se porte toutefois moins bien que les chiffres peuvent le laisser croire, pointent-ils dans leur analyse, parce que le nombre d’heures travaillées est encore inférieur de 6,1 % par rapport à son niveau de février et que plus de 2 millions de travailleurs bénéficient encore de l’aide d’urgence du gouvernement fédéral.

Statistique Canada rapporte aussi que le nombre de travailleurs en chômage depuis six mois et plus a atteint un record en octobre. L’augmentation du chômage de longue durée est un autre indicateur de la profondeur de la crise actuelle.

Et pour la suite ?

À quoi faut-il s’attendre pour le reste de l’année 2020 ? À moins que des mesures sanitaires encore plus sévères soient nécessaires pour contrôler l’épidémie, l’emploi devrait se remettre à croître, croit Hélène Bégin. « Si ce qui est fermé reste fermé, le mal est fait en termes de pertes d’emplois », dit-elle.

La pandémie pourrait faire d’autres victimes dans les secteurs encore ouverts mais très affectés, comme les hôtels, qui restent ouverts mais qui n’ont pas de clients, illustre-t-elle.

Clément Gignac, économiste en chef du Groupe financier IA, est d’avis que le ralentissement de la création d’emplois observée en octobre au Canada, mais aussi aux États-Unis, indique bien que la récupération de l’économie sera longue, inégale et en dents de scie, comme l’a prévu la Banque du Canada dans son récent Rapport sur la politique monétaire.

« Je reste quand même assez optimiste », dit-il, en soulignant que l’épidémie de coronavirus frappe moins fort au Canada qu’aux États-Unis.

Selon lui, on devrait voir d’ici la fin de l’année si le type d’aide apportée par le gouvernement canadien aux entreprises et aux individus est plus efficace que le soutien accordé au sud de la frontière, qui est considéré comme largement insuffisant.

Le chômage recule aux États-Unis

Le taux de chômage a baissé à 6,9 % en octobre aux États-Unis, un recul d’un point de pourcentage qui a surpris les analystes qui ne s’attendaient pas à autant de vigueur.

L’économie américaine affiche 638 000 emplois de plus, une croissance moins forte qu’en septembre. Il y a toujours 11,1 millions de personnes sans emploi aux États-Unis, soit deux fois plus qu’en février quand la pandémie a forcé plusieurs fermetures.

Le tiers de ces chômeurs est sans emploi depuis plus de six mois, en forte hausse depuis septembre. Le reste de l’année s’annonce difficile, selon Rubeela Farooqi, analyste de la firme High Frequency Economics. « Le risque de ralentissement des créations d’emplois est élevé en raison de la hausse des contaminations qui va conduire à des fermetures d’entreprises et des pertes d’emplois », a-t-elle commenté.

Le taux de chômage américain est passé de 3,5 % en février à 14,7 % en avril. Depuis, le chômage a reculé chaque mois, mais de nombreux licenciements temporaires sont devenus permanents, et 6,7 millions d’Américains travaillaient en temps partiel contraint en octobre, en hausse par rapport à septembre.

– D’après l’Agence France-Presse