Joe Biden ou Donald Trump : qui serait le meilleur président pour l’économie américaine ? Joe Biden, conclut l’agence de notation Moody’s. Le démocrate mise sur des investissements publics importants — notamment en infrastructures —, qu’il financerait avec des hausses d’impôt pour les contribuables aisés et les entreprises. Tandis que Donald Trump, lui, continuerait la stratégie économique de son premier mandat : baisses d’impôt, déréglementation et protectionnisme. Un dossier de Vincent Brousseau-Pouliot.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

PHOTO BRYNN ANDERSON, ASSOCIATED PRESS

S’il est réélu, Donald Trump compte utiliser la même recette pour relancer l’économie américaine.

Les trois ingrédients de la recette Trump

Baisses d’impôt. Déréglementation. Protectionnisme.

Ce furent les trois ingrédients de la recette économique de Donald Trump durant son premier mandat.

S’il est réélu, Donald Trump compte utiliser la même recette pour relancer l’économie américaine. « Dans un deuxième mandat, ça devrait continuer de cette façon. Il ne deviendra pas libre-échangiste du jour au lendemain », dit Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins.

Donald Trump a donc l’intention de continuer de baisser les impôts, notamment en prolongeant les baisses d’impôt de 2018 (certaines baisses d’impôt vont expirer au cours des quatre prochaines années). Il évalue aussi la possibilité de réduire le taux d’imposition des gains en capital de 20 % à 15 %.

Selon le Tax Policy Center, 80 % des Américains ont eu droit aux baisses d’impôt de Donald Trump durant son premier mandat. Sauf que 21 % des baisses d’impôt accordées par l’administration Trump en 2017 iront au 1 % des Américains les plus riches, et 65 % des baisses d’impôt aux 20 % des Américains les plus riches.

S’entendre avec les démocrates

S’il est réélu, Donald Trump devra aussi trouver une façon de s’entendre avec les démocrates au Congrès. Ceux-ci contrôlent déjà la Chambre des représentants depuis deux ans, et les sondages les donnent favoris pour reprendre le contrôle du Sénat. Comme le budget fédéral et les lois fédérales sont adoptés par le Congrès (le président a un droit de veto), le président Trump serait ainsi condamné à s’entendre avec les démocrates.

Le premier point à l’ordre du jour : s’entendre sur un plan de relance immédiat pour l’économie américaine en raison de la crise de la COVID-19. Les démocrates et les républicains négocient sans succès un nouveau plan de relance depuis l’été dernier. Les républicains offrent de dépenser 1000 milliards sur plusieurs mois, les démocrates veulent plutôt dépenser 2200 milliards. Le président Trump a déjà indiqué qu’il pourrait appuyer un plan de relance d’environ 1500 milliards.

Dans son programme électoral, Donald Trump propose de réduire les dépenses en santé (- 217 milliards sur quatre ans, selon l’agence Moody’s), dans les programmes sociaux (- 139 milliards sur quatre ans) et en éducation (- 52 milliards sur quatre ans). Pour appliquer ce programme électoral, Donald Trump devra toutefois s’entendre avec les démocrates s’il veut faire ces changements.

Attention aux grandes villes

Qu’est-ce qui inquiète le plus l’économiste en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion, en cas de réélection de Donald Trump ? L’attitude du président américain à l’égard des grands États et des grandes villes américaines, souvent dirigés par des démocrates.

« La COVID-19 a un impact plus important sur les grands centres urbains, qui demeurent une source de création de richesse très importante, dit Stéfane Marion. Aux États-Unis, les États et les grandes villes n’ont pas le droit de faire des déficits. Actuellement, M. Trump refuse de renflouer les grands centres urbains sous prétexte qu’ils sont contrôlés par des démocrates qui ont des politiques inappropriées, selon lui. Or, les grands centres urbains sont extrêmement importants pour relancer la croissance économique. »

À l’international, les États-Unis ont lancé des guerres commerciales contre plusieurs partenaires économiques, dont le Canada et l’Europe, durant le premier mandat de Donald Trump. Si M. Trump est réélu, le Canada doit ainsi s’attendre à des nouveaux soubresauts en matière de tarifs sur les produits canadiens. L’aluminium et l’acier viennent en tête de liste. « On a appris à le connaître, on sait qu’il est imprévisible et que sa politique économique passe par des tarifs », dit Robert Asselin, vice-président des politiques publiques du Conseil canadien des affaires, un organisme représentant les dirigeants d’entreprise.

71 %

Proportion des exportations québécoises qui vont aux États-Unis (en 2019)

L’administration Trump devrait aussi continuer sa politique protectionniste à l’égard de la Chine. À ce chapitre, Donald Trump et Joe Biden tiennent le même discours. « Biden trouve même que Trump a beaucoup parlé, mais n’a pas fait grand-chose par rapport à la Chine », dit Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins.

QUE PROPOSE DONALD TRUMP ?

Impôts

Continuer de baisser les impôts et prolonger les baisses d’impôt de 2018 (certaines baisses d’impôt vont expirer au cours des quatre prochaines années).
Évaluer la possibilité de réduire le taux d’imposition des gains en capital de 20 % à 15 %.

Économie

Créer 10 millions d’emplois en 10 mois.
Créer 1 million de petites entreprises.
Continuer de négocier de nouvelles ententes de libre-échange avec comme objectif de protéger les emplois américains.
Rapatrier 1 million d’emplois manufacturiers de la Chine aux États-Unis, notamment avec des crédits d’impôt pour les entreprises.
Interdire les contrats fédéraux aux entreprises délocalisant leurs activités en Chine.
Nouvelles dépenses (sur quatre ans) : 24 milliards au total (+ 394 milliards en infrastructures, - 217 milliards en santé, - 139 milliards dans les programmes sociaux, - 52 milliards en éducation, + 38 milliards en autres dépenses).
Nouvelles baisses d’impôt (sur quatre ans) : 310 milliards (103 milliards en baisses d’impôt pour les particuliers, 172 milliards en baisses de taxes sur la masse salariale, 35 milliards en baisses d’impôt pour les entreprises).
Hausse prévue du déficit fédéral (sur quatre ans) : 334 milliards Sources : agence Moody’s et communiqué de presse de la campagne Trump 2020

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La conclusion des économistes de l’agence de notation Moody’s est claire : l’économie américaine se porterait mieux durant les quatre prochaines années sous une administration Biden que si Donald Trump était réélu ce mardi.

Avantage Biden pour l’économie, conclut Moody’s

Moins de chômeurs. Une économie qui croît plus rapidement. Et le revenu des Américains qui augmenterait au lieu de diminuer.

La conclusion des économistes de l’agence de notation Moody’s est claire : l’économie américaine se porterait mieux durant les quatre prochaines années sous une administration Biden que si Donald Trump était réélu ce mardi.

Avec le programme économique de Joe Biden, l’économie américaine créerait 18,6 millions d’emplois en quatre ans, contre 11,2 millions d’emplois créés avec le programme économique de Donald Trump, estime l’agence Moody’s.

Pourquoi l’élection de Joe Biden à la Maison-Blanche serait-elle un meilleur scénario pour l’économie américaine ? Parce qu’il propose d’importantes dépenses gouvernementales — notamment dans les infrastructures — qui stimuleraient l’économie et créeraient des emplois. « Le programme de Joe Biden amènerait une croissance économique plus forte à long terme », dit Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins.

En contrepartie, le déficit budgétaire du gouvernement fédéral américain sous une administration Biden serait plus élevé. Et le poids de la dette fédérale passerait de 113 % du PIB à 114 % du PIB avec le plan Biden.

Plus dépensier de 20 %

L’administration Biden serait plus dépensière que celle de Donald Trump.

En quatre ans, Joe Biden prévoit hausser les dépenses gouvernementales de 3947 milliards US. Autrement dit, à un rythme d’environ 1000 milliards par an. Le gouvernement fédéral américain dépense déjà environ 5000 milliards par an. Le plan de Joe Biden se traduirait donc en une hausse de 20 % du budget fédéral.

Environ 60 % des nouvelles dépenses proposées par Joe Biden sont des dépenses d’infrastructures (2338 milliards en quatre ans). Les démocrates aimeraient notamment investir 872 milliards dans les infrastructures de transport, 700 milliards dans un programme « Buy America » pour favoriser les entreprises américaines et 475 milliards dans les énergies vertes.

En matière d’environnement, Joe Biden veut réintégrer l’Accord de Paris sur le climat et établir des cibles de réduction des gaz à effet de serre au plus tard pour 2025.

Il propose aussi d’investir 636 milliards sur quatre ans en éducation (Donald Trump, lui, supprimerait plutôt 52 milliards sur quatre ans en éducation, selon Moody’s). « Moderniser l’économie pour s’adapter aux changements climatiques et investir en éducation, ce sont des investissements structurants qui peuvent aider l’économie à long terme », dit l’économiste Francis Généreux.

Des hausses d’impôt et un déficit plus élevé

Comme l’argent ne pousse pas dans les arbres, Joe Biden devra financer ses dépenses supplémentaires.

Il compte financer environ 63 % de ses dépenses en haussant le déficit de 2506 milliards sur quatre ans. Le reste (1441 milliards sur quatre ans) proviendrait de hausses d’impôt, qui toucheront presque exclusivement les contribuables à haut revenu (plus de 400 000 $ par an) et les entreprises.

En 2018, l’administration Trump a diminué de 35 % à 21 % le taux d’imposition fédéral des entreprises. Joe Biden, lui, ramènerait ce taux à 28 %. Il annulerait aussi les baisses d’impôt de Donald Trump pour les contribuables gagnant plus de 400 000 $, qui verraient leur taux d’imposition fédéral revenir de 37 % à 39,6 %. Sur quatre ans, une administration Biden irait ainsi chercher environ 822 milliards supplémentaires en impôts d’entreprises et environ 618 milliards en impôts des particuliers et en taxes sur les salaires.

Pour que Joe Biden puisse réaliser son programme électoral, il ne faudra pas seulement qu’il soit élu à la présidence : il faudra aussi que les démocrates aient le contrôle, à l’issue des élections de mardi, des deux chambres du Congrès américain (le Sénat et la Chambre des représentants), qui votent les lois fédérales et le budget fédéral.

Toujours protectionniste

L’élection de Joe Biden à la Maison-Blanche ne signifierait toutefois pas la fin du protectionnisme économique aux États-Unis.

« Ce serait différent [de Donald Trump] en termes d’approche [sur la forme], mais les États-Unis continueraient d’être protectionnistes, dit Robert Asselin, vice-président des politiques publiques du Conseil canadien des affaires, un organisme représentant les dirigeants d’entreprise. On ne va pas retourner là où on était avant Trump. Biden mise sur un plus grand rôle de l’État et sur le Buy American. Il propose les plus grands investissements en recherche et en innovation depuis la Seconde Guerre mondiale. Ça va forcer le Canada à investir davantage dans ce domaine pour être concurrentiel. »

QUE PROPOSE JOE BIDEN ?

Impôts

Hausser les impôts pour les contribuables gagnant plus de 400 000 $ par an (le taux maximal passerait de 37 % à 39,6 %).
Hausser le taux d’imposition des entreprises de 21 % à 28 % (le taux maximal était de 35 % avant les baisses d’impôt de 2018).

Économie

Favoriser l’achat de produits américains de la part du gouvernement fédéral (politique d’achat « Buy American » de 700 milliards).
Investir 2390 milliards sur 10 ans dans les infrastructures.
Établir un salaire minimum fédéral de 15 $ l’heure.
Investir dans des projets de train à grande vitesse et électrifier le réseau ferroviaire.
Nouvelles dépenses (sur quatre ans) : 3947 milliards au total, soit 2338 milliards en infrastructures, 636 milliards en éducation, 368 milliards dans les programmes sociaux et 605 milliards en santé
Nouveaux revenus fiscaux (sur quatre ans) : 1442 milliards au total, soit 822 milliards en impôts sur les entreprises, 303 milliards en impôts sur les particuliers et 317 milliards en taxes sur la masse salarial Hausse prévue du déficit fédéral (sur quatre ans) : 2505 milliards