Même si Montréal réussit à « tirer son épingle du jeu » en matière de relance économique, la mairesse Valérie Plante s’inquiète des taux d’occupation toujours très bas dans les bureaux du centre-ville, qui n’atteignent qu’entre 5 à 10 % malgré la permission déjà donnée par Québec d’aller jusqu’à 25 %.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On est dans une posture qui n’est pas facile. D’une part, pour des raisons de santé publique, on ne peut pas aller plus haut que 25 %, mais en même temps, le centre-ville ne va vraiment pas bien », explique la mairesse Valérie Plante en entrevue avec La Presse, en marge d’une conférence de presse du comité conseiller sur la relance économique de la métropole.

La Ville, qui affirme donner l’exemple en ayant ramené le quart de ses employés au bureau, appelle le gouvernement Legault à préciser sa position. « J’ai besoin qu’on me dise comment on va régler ça. Est-ce que c’est en augmentant les taux ? Ou c’est plutôt en restant au minimum, mais avec du soutien financier adapté ? », plaide Mme Plante.

Ça nous prend une impulsion, une direction. Il faut savoir comment Québec voit notre centre-ville. [...] De notre côté, on n’a pas la capacité financière pour soutenir tout le monde. C’est impossible.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

À la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), le président Michel Leblanc abonde dans le même sens. « Le message que je dis à tous les employeurs, c’est : revenez au centre-ville, mais de façon responsable. Quand les employés reviennent au bureau, ils découvrent que dans le transport collectif, ça se passe bien, que les protocoles sont respectés, que l’ambiance est agréable », lance-t-il.

Selon lui, il faudra rapidement « inciter les entreprises et les institutions gouvernementales à ramener leurs salariés » au bureau. « Québec va devoir admettre que ça prend des approches sectorielles, pour considérer les centres-villes comme des secteurs économiques, avec des mesures spécifiques », dit-il.

Faut-il baisser les taxes ?

L’opposition officielle, de son côté, affirme que la Ville ne cible pas les bons enjeux. « La réalité, c’est que les gens ne veulent pas se déplacer même s’il y a une autorisation. La peur de la maladie est encore très présente », dit le porte-parole d’Ensemble Montréal en développement économique, Aref Salem.

Ce dernier affirme qu’une baisse des taxes municipales serait beaucoup plus judicieuse. « On est le centre-ville le plus taxé au Canada. Il faut d’abord soutenir les entreprises qui y sont. Ce n’est pas vrai qu’on va juste taper sur leur tête en réclamant qu’ils ramènent leur monde », martèle l’élu.

Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est un constat d’échec. On ne propose pas de solutions à la hauteur des besoins des commerçants du centre-ville.

Aref Salem, conseiller de l’opposition officielle

- 5,7 % d’emploi dans le Grand Montréal

Dans une note économique parue mardi, Montréal International révèle que la baisse de l’emploi entre février et juillet est de 5,7 % dans la métropole. Celle-ci tire malgré tout « son épingle du jeu par rapport aux autres grandes métropoles des États-Unis et du Canada », lit-on.

Il y aura encore d’autres pertes d’emploi. Il y a des secteurs où ça sera bien plus difficile, on le sait. Mais on constate que Montréal se porte mieux qu’ailleurs.

Stéphane Paquet, PDG de Montréal International

Selon M. Paquet, la région de Phoenix est la seule région dont la variation de l’emploi a été moins négative que Montréal au cours des six derniers mois. Chicago, Philadelphie, Los Angeles, Boston ou New York font toutes pire que Montréal à ce chapitre, soutient-il.

L’organisme soutient que le taux d’emploi montréalais a atteint un « creux important » en avril (-18 % par rapport à février). Mais le déconfinement aurait permis à plusieurs secteurs de « rebondir », dont la culture, l’hébergement, la restauration et le commerce de détail. Cette remontée, dit-on, a été amorcée en mai, l’emploi ayant bondi de 15,1 % au cours des « quatre derniers mois ».