Le mouvement Black Lives Matter a atteint Bay Street.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Enfin.

Lundi, un sommet virtuel a été tenu, organisé par le BlackNorth Initiative, nouvel organisme canadien dont le but est d’ouvrir toutes les portes fermées actuellement, ou trop étroitement entrouvertes et bloquant l’accès des Noirs à l’égalité dans la société. Quelque 3000 personnes y ont participé, et plus de 200 grandes entreprises canadiennes, autour de l’évènement, se sont engagées à faire des gestes spécifiques et à se fixer des objectifs concrets pour mettre fin au racisme systémique.

« On veut faire tomber toutes les sortes de barrières », explique le fondateur de la BlackNorth Initiative, l’homme d’affaires Wes Hall. « On veut une conversation sur tout. »

Hall, président et fondateur de Kingsdale Advisors, entreprise de Toronto qui a aussi des bureaux à New York, est spécialiste des communications entre les entreprises et les actionnaires.

Pour fonder son nouvel organisme, il a décidé d’ouvrir son carnet de numéros de téléphone et d’embarquer en sa compagnie une pléthore d’acteurs importants de l’économie canadienne : Canada Life, CIBC, Air Canada, Deloitte, EY, Sobeys, Tangerine… La liste est impressionnante.

Pour plusieurs de ces entreprises, les gestes concrets passeront par la mise en place d’objectifs d’embauche bien précis.

La Banque TD, par exemple, s’est engagée à augmenter de 50 % la présence de personnes issues de minorités visibles d’ici 2025, a rapporté mardi le Globe and Mail. La RBC, elle, a promis d’augmenter ses objectifs de recrutement et de promotion de minorités visibles à 30 % pour les postes exécutifs.

Mais Hall veut que les projets pour enrayer le racisme systémique aillent au-delà de ça.

Il veut parler d’accès à l’instruction. D’accès aux soins de santé. De justice. De toutes les embûches, de tous les pièges, de tous les filtres visibles ou invisibles qui s’accumulent le long d’un parcours de vie et qui font que, rendus à l’âge adulte, rendus à l’âge d’avoir une carrière, rendus dans la force de l’âge, les Noirs ne sont pas à la même place que les Blancs.

Parce que le racisme systémique, comme le sexisme systémique, c’est ça. C’est une addition de grandes mais aussi de petites injustices, de décisions arbitraires, de mille partis pris inconscients qui s’empileront, feront bifurquer des progrès et participeront, souvent hyper subtilement, parfois pas, à ce que deux personnes parties exactement du même point de départ n’auront pas les mêmes chances de terminer la course ensemble.

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Une autre initiative a aussi été mise en place, à partir de Bay Street à Toronto, mais avec l’aide de gens d’affaires de Montréal comme Madeleine Féquière, de Domtar, et Martine St-Victor.

Cette fois, on parle du Black Opportunity Fund, fonds consacré à aider les Noirs à lancer des entreprises et à financer les projets de lutte contre le racisme systémique.

L’idée, explique Mme St-Victor, une femme d’affaires, fondatrice et présidente de la maison de relations publiques Milagro, est de faire appel à l’aide de toute la société pour aider les Noirs. « Parce qu’aider les Noirs, c’est bon pour toute la population. Quand tout le monde réussit, c’est bon pour tout le monde. »

Actuellement, par exemple, seulement 3 % de l’argent investi dans les entreprises émergentes, les start-up, est injecté dans des sociétés démarrées par des Noirs.

C’est famélique.

« Il faut faciliter l’accès au capital », dit Mme St-Victor.

Et ainsi nourrir des initiatives concrètes et donc des solutions concrètes.

Est-ce que tout ça va marcher ?

« Les deux projets sont complémentaires », affirme M. Hall.

D’un côté, on va tout faire pour permettre aux Noirs d’être sur le chemin du succès, sans mille barrières injustes. Et de l’autre, on va nourrir les projets, leur permettre d’exister.

Le Black Opportunity Fund n’a pas encore d’objectif financier précis. Ce sera annoncé plus tard.

Mais un des chiffres qui circulent est le 400 millions du Fond Égalité, fonds mis sur pied pour investir dans des entreprises dirigées ou mises en place par des femmes, ou destinées à les aider, histoire de « financer le futur féministe ».

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Ce que toutes ces initiatives montrent, et c’est ce qui est encourageant, c’est que, pour faire avancer la lutte contre les inégalités et le racisme, il faut agir différemment. Arrêter de penser que le temps fait avancer les choses.

Oui, les mentalités ont changé depuis les années 30, mais la bonne volonté et la présence de jeunes et de gens modernes dans un organisme ne sont pas assez pour transformer la réalité.

Il faut des objectifs, des principes, des rapports à remettre pour mesurer les progrès et constater les blocages.

Dans un an, Wes Hall promet un premier rapport sur les résultats de sa BlackNorth Initiative.

Il va mesurer les avancées. Voir où ça bouge, où ça coince.

« Ce sera un projet d’équipe. »

J’ai hâte de lire ça.