Beaucoup d’entreprises ont couru le 100 mètres, mais la course vers la diversité et l’inclusion est un marathon

ALEXANDER SINORA ALEXANDER SINORA
Consultant en technologie chez Deloitte

La mort de George Floyd est le coup de feu qui a annoncé le départ de la course. Les patrons se sont rués vers leurs salles de conférence virtuelles accompagnés de leurs équipes de communication et de marketing pour trouver les bons mots à employer.

Après quelques heures de travail, ils publient leur déclaration sur différents réseaux sociaux ; ils affirment leur soutien à la cause et précisent qu’ils sont prêts à combattre le racisme sous toutes ses formes. Ils sont à quelques mètres de la ligne d’arrivée, leurs efforts seront soit récompensés par un podium, soit complètement ignorés. Ils se demandent alors s’ils ont choisi les bons mots ou s’ils risquent d’offenser ou, encore pire, de perdre des clients alors que le climat économique est déjà précaire.

Quelques secondes après la publication, les commentaires font leur entrée ; les employés à l’interne partagent la publication et se disent fiers de faire partie d’une entreprise avant-gardiste qui n’a pas peur de hausser le ton.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Alexander Sinora, consultant en technologie chez Deloitte

La ligne d’arrivée étant franchie, les patrons retournent dans leurs salles de conférence virtuelles et se tapent dans le dos pour célébrer les réactions positives avant de retourner à leurs occupations.

En tant que jeune professionnel noir, j’étais heureux de voir plusieurs de mes entreprises préférées diffuser une publication de soutien. Certaines ont été plus nuancées et d’autres ont été plus directes dans leurs propos. Mais dans l’ensemble, j’étais fier.

Cependant, après mûre réflexion, une réalisation m’est venue : très peu de ces entreprises ont discuté de leur plan pour pouvoir entraîner un changement durable.

Que va-t-il arriver lorsque nous ne parlerons plus de George Floyd ? Lorsque la tendance sera passée, est-ce que ces entreprises vont encore manifester le même intérêt ? Vont-elles chercher des solutions à ces problèmes ? En effet, il y a un très grand manque de diversité dans nos entreprises, notamment dans les conseils d’administration ou les équipes de haute direction.

Parmi les sociétés du palmarès Fortune 500, seulement 0,8 % des PDG et 3,2 % des gestionnaires seniors sont noirs.

Puisqu’il est très rare pour moi de voir des gens qui me ressemblent à ces positions, cela m’amène à me poser la question : est-ce que ce sont des positions auxquelles je peux aspirer un jour ?

Nos entreprises devront faire les efforts nécessaires au sein de leurs quatre murs. Elles vont devoir se poser des questions et analyser quels sont les biais qui affectent leurs employés issus de la diversité. Je m’adresse à ces entreprises pour dire que vos employés veulent des solutions concrètes. Une publication LinkedIn ne changera pas le monde ni votre culture d’entreprise.

Durant un marathon, il y a un concept que l’on appelle le mur. Après 30 km de course, votre corps subit un choc et une fatigue soudaine en raison de la transformation de gras en réserve d’énergie qui se produit.

Tout comme le coureur qui doit dépasser cette fatigue, les entreprises doivent surmonter ce mur afin d’atteindre l’objectif. Pour avancer, il faudra accomplir des actions qui auront du poids, par exemple : mettre fin à un contrat avec un client qui a des valeurs contraires aux vôtres concernant le racisme. Autre exemple : abandonner des projets pouvant encourager les biais, comme Amazon ou IBM l’ont fait concernant la reconnaissance faciale.

D’autres actions concrètes consistent à réévaluer votre conseil d’administration pour ajouter plus de diversité au sein de celui-ci. Ce changement n’arrive pas du jour au lendemain, cela demande une vraie volonté et de l’endurance.

La diversité est une richesse, et la sacrifier par le silence ou des préjugés sans valeur est une erreur fondamentale.

Cultiver son entreprise n’est pas une course de 100 mètres.

C’est un marathon.