Il y a des sourires chez les concessionnaires automobiles. Depuis qu’ils ont pu rouvrir leurs salles d’exposition, les ventes ont explosé, au point que certains commencent à vivre un nouveau problème : une pénurie de stocks.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

À Montréal, les concessionnaires viennent de terminer leur troisième semaine d’activités « normales ».

« La première semaine, on était déjà au même niveau que l’année précédente, confie Norman Hébert, président et chef de la direction du Groupe Park Avenue, qui exploite une vingtaine d’établissements, principalement sur la Rive-Sud, mais aussi à Montréal, Québec, Sherbrooke et Laval.

En juin, on est présentement en avance de 39 % pour les véhicules neufs et 20 % pour l’occasion. Je dois dire que je suis un peu surpris.

Norman Hébert, président et chef de la direction du Groupe Park Avenue

Jean-Claude Gravel estime pour sa part que son Groupe Gravel Auto, qui compte 8 établissements, tous sur l’île de Montréal, est en avance d’environ 30 % sur l’année précédente.

« La clientèle est contente de sortir », constate M. Gravel.

Trois mois difficiles

Selon des données publiées vendredi par Statistique Canada, il ne s’était vendu que 6800 voitures en avril au Québec, une chute de près de 85 % par rapport au mois d’avril précédent. Dans l’ensemble du Canada, la chute était d’environ 75 %. En mars, les baisses étaient respectivement de 58 % et 49 %.

L’organisme n’a pas encore publié de données pour le mois de mai, mais selon la firme spécialisée DesRosiers, l’écart était encore légèrement supérieur à 40 % à l’échelle canadienne.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Mesures sanitaires obligent, les voitures en salle d'exposition sont désinfectées après chaque visite.

Si l’engouement actuel dépasse largement les prévisions faites chez Park Avenue, il est encore trop tôt pour dire s’il suffira à combler le trou dans les finances créé au cours des trois mois qui sont normalement les plus importants de cette industrie.

« Si je regarde depuis le début de l’année, on est encore à - 40 %. On a encore du rattrapage à faire. Le consensus dans l’industrie était que l’on connaîtrait une baisse de 25 % sur l’ensemble de 2020. On va voir si ça reste comme ça ou si ce sera mieux. »

Le président-directeur général de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec, Robert Poëti, est d’ailleurs prompt à ramener tout le monde sur Terre.

Les ventes des trois derniers mois qui n’ont pas eu lieu se concentrent ces temps-ci. Je ne suis pas triomphaliste, on vend ce qu’on aurait dû vendre dans les trois derniers mois.

Robert Poëti, président-directeur général de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec

Une part importante de la clientèle, concèdent les concessionnaires interrogés, provient de gens dont les baux de location sont parvenus à échéance durant la fermeture et pour qui un renouvellement s’imposait.

Il est encore trop tôt pour dire si la crainte du transport en commun incitera réellement un nombre significatif de Québécois à se procurer une voiture additionnelle, même si « c’est un commentaire qu’on entend », affirme M. Gravel.

« Je pose la question à mes gens dans les concessions et pour l’instant, ça reste des anecdotes », indique quant à lui M. Hébert.

« L’autre clientèle que l’on voit, c’est celui qui suit les publicités et qui voit que les concessionnaires ont actuellement de bonnes offres, avec des taux très faibles, voire du 0 %  », ajoute M. Poëti.

Pour redémarrer la machine, les fabricants offrent aussi des garanties allongées, des paiements mensuels remboursés ou des conditions de financement et de location avantageuses.

« J’ai rarement vu les fabricants aussi agressifs », confirme M. Hébert.

Inventaire en baisse

Assis pendant trois mois sur des stocks qui étaient presque à leur niveau maximal, compte tenu de l’approche de la haute saison, les concessionnaires voient maintenant ceux-ci fondre rapidement, au point de ralentir leurs activités.

Chez Bourgeois Chevrolet, à Rawdon, qui a pu ouvrir ses portes dès le début du mois de mai, les deux meilleurs vendeurs, les camions et les voitures électriques, sont presque disparus.

« Il ne me reste peut-être qu’une dizaine de véhicules électriques ou de camions pour faire les deux prochains mois », s’inquiète le copropriétaire Hugo Jeanson.

C’est que les fabricants ont fermé la plupart de leurs installations de production pendant des semaines.

« Le prochain arrivage n’est pas prévu avant la fin août ou le début septembre », affirme M. Jeanson.

Le mois de juillet s’annonce donc difficile, voire pire que le mois d’avril pendant lequel on réussissait quand même à conclure quelques ventes à distance, craint-il.

Pour M. Poëti, l’inquiétude se porte jusqu’à l’automne : « Les modèles 2021, qui arrivent normalement dans ce coin-là, vont-ils être là ? »