Les Britanniques ont bien des raisons d’être moroses. La pandémie qui menace leur santé met aussi leurs épargnes à risque, maintenant que la Banque d’Angleterre jongle avec l’idée de baisser les taux d’intérêt au-dessous de zéro. Mais surtout, ils risquent de ne jamais retrouver leurs pubs bien-aimés.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Les pubs, ou public houses, sont depuis toujours bien plus qu’un endroit où boire une pinte de bière. Ils sont le cœur de la vie sociale des Britanniques depuis plusieurs siècles. Mais leur survie était déjà menacée et le coronavirus pourrait leur porter le coup fatal.

Les pubs du pays sont fermés depuis deux mois. Il y en aurait 47 000 au total, un nombre en baisse constante depuis des années. Les causes de ce déclin sont multiples. La consommation de bière des Britanniques a diminué et leurs habitudes ont changé. Là comme ailleurs, on achète plus de bière à l’épicerie pour consommation à la maison. Mais le problème est surtout que les petits pubs indépendants ont la vie dure.

Un nombre de plus en plus grand d’établissements sont maintenant la propriété de grandes entreprises qui les exploitent à travers un réseau de franchisés. Ce nouveau modèle d’affaires a accru la compétition et a tué beaucoup de pubs indépendants. Entre 2002 et 2019, 15 000 pubs auraient fermé leurs portes. C’est environ 15 par semaine, selon les chiffres de l’Office des statistiques nationales du Royaume-Uni.

La pandémie est arrivée alors que la chute du nombre de pubs semblait se stabiliser et que la consommation de bière s’était remise à augmenter. La crise du coronavirus a frappé fort au Royaume-Uni, où même le premier ministre, Boris Johnson, a failli en mourir. Le bilan des morts est le plus élevé en Europe.

Alors que l’activité commence à reprendre peu à peu, la réouverture des pubs s’avère compliquée. Un groupe de travail, ou « pub task force », a même été mis sur pied par le gouvernement pour tenter de définir des règles qui permettraient une fréquentation des lieux en toute sécurité.

Les mesures envisagées incluent la réduction du nombre de clients par établissement et une limite de trois pintes chacun, pour pouvoir laisser la place à d’autres. Ce ne sera pas viable, assure le président de Campaign for Real Ale (CAMRA), une association vouée à la protection des pubs, cité par le Globe and Mail la semaine dernière.

PHOTO MATT DUNHAM, ASSOCIATED PRESS

Alors que l’activité commence à reprendre peu à peu, la réouverture des pubs s’avère compliquée.

Les petits établissements de quartier ou de village, où l’on se réunit pour discuter ou jouer aux fléchettes et y passer des heures, seront probablement les premières victimes des mesures de distanciation.

S’ils respectent les conditions qu’on leur impose, les pubs britanniques pourraient rouvrir en juillet. Si la période de fermeture devait se prolonger jusqu’à l’automne, ce sera l’hécatombe, craignent des parlementaires britanniques, qui demandent au gouvernement d’aider financièrement les exploitants.

Tous les pays perdront probablement des institutions importantes à cause de la pandémie de coronavirus. Mais rares sont ceux qui pourraient devoir faire le deuil d’un mode de vie qui a façonné une société comme l’ont fait les pubs britanniques, qui ont survécu à la peste, à la grippe espagnole et à d’innombrables autres crises au cours des siècles.