Alors que le monde compte encore ses morts, qui dépassent maintenant le cap des 100 000, des scénarios de reprise économique commencent à émerger un peu partout. Malgré les efforts déployés par les gouvernements et les banques centrales de par le monde, cette reprise pourrait être beaucoup plus longue à venir qu’on veut le croire.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La crise économique engendrée par la pandémie du coronavirus sera majeure et généralisée. Tous les organismes internationaux commencent à sonner l’alarme.

Ce sera la pire crise depuis la Grande Dépression de 1929, a prévenu la semaine dernière la présidente du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva. Le revenu disponible diminuera dans presque tous les pays du monde, prévoit le FMI. L’Organisation mondiale du commerce prévoit quant à elle que le commerce international pourrait être réduit du tiers, avec des répercussions plus graves que prévu en Amérique du Nord et en Asie. Et selon la Banque mondiale, tous les pays de l’Afrique subsaharienne sombreront dans la récession en 2020, ce qui n’est pas arrivé depuis 25 ans.

Les gouvernements de tous les pays ont pris des moyens pour atténuer l’incidence de la pandémie sur leurs économies. Un déluge d’argent s’est abattu rapidement sur la population et les entreprises de pays riches. On estime le total de ces diverses formes d’aide à plus de 8000 milliards de dollars américains, et ça pourrait continuer d’augmenter.

Cette réponse massive de la part des États est infiniment plus importante que celle qui a suivi la crise financière de 2008, ce qui alimente l’espoir d’une reprise économique rapide.

Tous les pays du monde n’ont pas les mêmes moyens. La Banque mondiale a annoncé un programme de 160 milliards pour aider la population et les entreprises de pays pauvres à se remettre de la pandémie. Comparé aux milliers de milliards annoncés par les États-Unis seulement, ça paraît bien peu. 

Pire encore, les capitaux désertent les pays en émergence et sont rapatriés par les plus riches pour leurs propres besoins. Les investisseurs ont retiré 42 milliards de dollars des économies émergentes depuis le début de la crise, du jamais vu selon l’Institut de la finance internationale, organisation formée des grandes banques du monde. Dans le cas des plus pauvres, la crise économique se prolongera.

Mais même en admettant que l’argent imprimé en quantité par les banques centrales réussisse à garder en vie les économies paralysées des pays industrialisés, l’ingrédient indispensable à la reprise, la confiance, mettra du temps à revenir.

Les pays ne sortiront pas tous de l’épidémie en même temps. Les frontières ne rouvriront que petit à petit, à mesure que le risque de contagion diminuera et que la probabilité d’une nouvelle vague d’infection s’estompera. Ça pourrait prendre des mois, et le doute persistera longtemps.

Et dans le meilleur des cas, les voyages de tourisme, les évènements culturels et sportifs, et tous les rassemblements d’envergure seront remis, et ce, partout dans le monde. Les consommateurs toujours anxieux, appauvris ou carrément sans emploi ne se tourneront probablement pas vers les magasins pour repartir à eux seuls la grande roue de l’économie.

Les efforts de relance des gouvernements seront limités par les dettes énormes contractées pour combattre l’épidémie. Après la crise sanitaire et la crise économique, la crise des finances publiques s’annonce, elle aussi, sans précédent.

Les scénarios de reprise pour la fin de 2020 et 2021, qu’ils soient en V, en U ou en W, sont probablement trop optimistes. Il serait étonnant que l’économie mondiale efface en deux trimestres les effets d’un choc aussi important et que la croissance reprenne dès l’année prochaine.