Fermé. Placardé. Le monde entier est paralysé par une pandémie dont personne n’avait soupçonné l’ampleur. Si on commence à peine à prendre la mesure de l’événement, on peut déjà être certain que le monde ne sera plus jamais le même, une fois de l’autre côté de la crise.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Tous les pays qui font le cruel constat de leur vulnérabilité en matière d’aliments, de médicaments et d’équipement médical auront le réflexe de cesser de compter sur les autres. On en produira chez soi, des masques, des médicaments et de l’équipement médical, plutôt que d’aller se battre sur le tarmac des aéroports pour en acheter quand on en aura besoin.

Cela pourrait faire ressusciter l’activité manufacturière dans plusieurs pays qui l’avaient abandonnée au profit de centres de production à bas coûts.

Ce repli sur soi est à prévoir et il est probablement inévitable. C’est la fin de la mondialisation, tranchent certains. Il est tentant en effet d’associer tous les maux de la planète, et surtout la pandémie actuelle, à la mondialisation des échanges commerciaux.

Le mouvement de mondialisation est allé loin, assez pour défier le bon sens. Dans les pays riches, il a permis de manger des fruits exotiques toute l’année, d’acheter des vêtements de moins en moins chers, de voyager et de consommer à outrance sans se poser trop de questions.

« On a tenu pour acquis qu’on avait accès facilement à tout », résume Richard Ouellet, professeur à l’Université Laval et spécialiste du commerce international, qui prévoit un retour à une consommation plus locale.

Déjà des signes de ressac

Avant la crise, des signes de ressac étaient déjà apparus. La crise financière de 2008 a fait apparaître les excès d’un modèle qui a fini par échapper à notre contrôle.

Les tarifs et les mesures protectionnistes se sont multipliés, et pas seulement entre la Chine et les États-Unis. Depuis 2009, la valeur des biens visés par des restrictions à l’importation augmente constamment. Avant la crise, des restrictions s’appliquaient à 7,5 % de toutes les importations dans le monde, un niveau historiquement élevé, selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

La confiance entre les États, sur laquelle reposent les échanges commerciaux internationaux, s’est effritée. Il n’y en a plus du tout, constate-t-on avec la guerre que se livrent les pays pour obtenir des masques ou des médicaments.

Les États, qui s’étaient effacés devant les entreprises et adopté leurs objectifs, vont vouloir reprendre le contrôle qui leur avait échappé. Les traités et les principes de l’OMC ne pèsent pas lourd dans la balance.

Aucun pays n’est autosuffisant, quel que soit sa puissance ou son degré d’avancement.

Roberto Azevêdo, directeur général de l’OMC, la semaine dernière

Son organisation ne pourra pas faire grand-chose pour empêcher le grand mouvement de repli qui succédera à la crise. Mais la mondialisation ne mourra probablement pas des suites du coronavirus. Richard Ouellet est de ceux qui croient que le commerce multilatéral sera remplacé par un commerce géré entre États, et fondé sur des contrats plutôt que sur des traités. « On ne reviendra pas en arrière, parce qu’il y a trop à perdre », estime-t-il.

La mondialisation des échanges a mené à des excès et est devenue synonyme de profits monstrueux et d’inégalités criantes. Mais elle a aussi été une source de richesse. L’ouverture des marchés a sorti des milliers de personnes de la pauvreté et enrichi le monde entier sur le plan culturel et social.

La tentation de l’autarcie sera toutefois grande, surtout pour les pays dont la richesse dépend le moins du commerce international. Mais même ceux-là y perdraient. Le Canada, dont le tiers du PIB dépend du commerce, s’appauvrirait.

Paradoxalement, la coopération internationale diminue et pourrait disparaître au moment où le monde a le plus besoin de prendre des décisions ensemble, pour lutter contre des ennemis qui ne connaissent pas de frontières, comme le coronavirus et les changements climatiques qui nous menacent tous.