Non, rien de rien. Rien ne changera dans le prix des médicaments. Malgré une entente qui entre en vigueur aujourd’hui, les assurés du secteur privé continueront de payer 19 % plus cher que ceux qui sont avec la RAMQ, injustice d’un demi-milliard de dollars par année.

Stéphanie Grammond
Stéphanie Grammond La Presse

Il faut dire que cette entente, dont j’ai obtenu les faits saillants, a été négociée entre les assureurs et les pharmaciens, sans la participation active des principaux intéressés, à savoir les employeurs qui offrent des régimes d’assurance. Ceux-ci n’ont pas de force de frappe, car ils n’ont jamais voulu créer une association pour défendre leur position. Ils laissent donc à l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP) le soin de négocier à leur place.

Or, les assureurs qui sont payés en pourcentage des réclamations n’ont pas avantage à voir baisser les prix, quoiqu’ils réalisent que l’escalade des coûts menace la pérennité des régimes à long terme. « Depuis des années, l’ACCAP pose des gestes pour mieux contrôler le coût des médicaments », soutient Lyne Duhaime, présidente de l’ACCAP-Québec.

Il est vrai que l’entente permet certaines avancées pour les consommateurs et pour l’industrie qui enterrera la hache de guerre.

« Il y a une transparence accrue pour les patients du privé. Il y a des mécanismes positifs pour les assureurs et les pharmaciens propriétaires. En fin de compte, je pense qu’on a une situation gagnante », estime Jean Bourcier, vice-président exécutif et directeur général de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).

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Tout d’abord, les assureurs pourront concevoir sur leur site sécurisé un outil qui permettra aux assurés de comparer les prix de leurs médicaments entre les pharmacies situées dans un rayon de 20 kilomètres de leur maison.

Or, l’outil présentera l’adresse et le nom du pharmacien propriétaire, mais pas l’enseigne, souvent ce que les clients connaissent le mieux. En outre, les pharmacies postales ne ressortiront pas dans les recherches, même si elles livrent partout au Québec, souvent à de bien meilleurs prix.

Fallait-il vraiment que les assureurs se plient aux conditions de l’AQPP, alors que ce genre de comparateurs existent déjà partout ailleurs au Canada, sans que les pharmaciens aient un mot à dire ?

Tout de même, j’encourage vivement les assurés du privé à utiliser ces nouveaux outils. Ça vaut le coût, car les honoraires varient considérablement d’une pharmacie à l’autre. Alors que la RAMQ les a fixés à 9 $, certains pharmaciens facturent du côté privé 15 $, 30 $, 40 $… voire plus de 1000 $ pour certains médicaments dispendieux.

Mais je ne me fais pas trop d’illusions. Comme ils paient seulement 20 % de la facture, les assurés ne se soucient guère du prix des médicaments.

J’avais espoir que la divulgation obligatoire des honoraires sur les factures ferait réfléchir les clients. Mais cette mesure, qui est entrée en vigueur en septembre 2017, n’a pas freiné la hausse des coûts du privé, qui ont augmenté de 31 % de plus que ceux de la RAMQ depuis 11 ans, selon Telus Santé.

Dommage, dommage. Sans un sain magasinage, la concurrence n’est qu’une mascarade.

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Parmi les autres mesures, l’entente prévoit que les pharmaciens devront se plier aux mêmes conditions que celles imposées par la RAMQ avant d’offrir un pilulier aux assurés du privé, façon de fermer la porte à leur utilisation inutile et coûteuse.

Par ailleurs, l’entente « reconnaît que la multiplication des honoraires selon le nombre d’unités constitue un tarif excessif », indique l’ACCAP. On parle ici de la fâcheuse habitude de certains pharmaciens de facturer des honoraires en triple aux patients qui renouvellent leur ordonnance pour trois mois, justement pour économiser.

Mais il est loin d’être clair que cela divisera les honoraires par trois, car les documents de l’AQPP précisent que la durée du traitement pourra encore être prise en compte dans l’une des deux composantes des honoraires.

Enfin, l’ACCAP et l’AQPP se sont entendues pour mettre en place un comité qui se penchera sur les prix des médicaments de spécialité, qui coûtent une fortune. Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

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Malheureusement, les assureurs n’ont pas réussi à imposer une marge de profit et des honoraires maximums aux pharmaciens, comme c’est le cas dans les autres provinces. Là-bas, l’industrie a fait front commun depuis longtemps. Et les frais excessifs n’existent pas.

Mais le contexte est différent au Québec, car les pharmaciens sont propriétaires des établissements. Ceux-ci doivent obligatoirement adhérer à l’AQPP, forme de syndicat qui a le monopole sur les négociations. Établir des honoraires maximums pour l’ensemble des pharmaciens irait à l’encontre de la Loi sur la concurrence, soutient l’ACCAP.

Ainsi, les pharmaciens québécois pourront continuer de facturer un prix « usuel et coutumier », ce qui signifie simplement qu’ils doivent facturer le même prix à tous les assurés du privé, sans discrimination.

Bien franchement, on n’avait pas besoin d’une entente pour ça. Pas plus qu’on n’a besoin d’une entente pour avoir le droit d’entrer chez Costco et de payer le prix affiché sur la tablette !

Alors quelle solution reste-t-il aux régimes de retraite qui veulent contrôler leurs coûts ? Certains pourraient imposer un plafond de remboursement aux assurés (par exemple, 10 $ d’honoraire maximum).

Mais ce genre d’outil déplaît aux employeurs qui passeront pour les méchants et recevront un déluge de plaintes lorsque les assurés se retrouveront avec des excédents déraisonnables à payer à la pharmacie.

J’avoue qu’il est assez odieux de mettre sur le dos des assurés le fardeau de régler des problèmes de surfacturation que l’industrie n’a pas eu le courage de régler en amont.