Rien n’a changé, et pourtant il volera plus loin. L’A220 d’Airbus, conçu par Bombardier et assemblé à Mirabel, se présentera le mois prochain à l’important salon aéronautique du Bourget équipé d’une portée allongée qui pourrait attirer de nouveaux clients.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Airbus a profité hier de ses Innovation Days, un événement médiatique servant à mettre la table pour Le Bourget, afin d’annoncer que le rayon d’action des deux modèles de l’A220 allait augmenter d’environ 450 milles nautiques (environ 830 kilomètres ou une heure de vol) à compter de la deuxième moitié de 2020.

« En augmentant la portée, ça nous permet de rétrécir l’écart avec les plus gros monocouloirs, a expliqué hier l’ingénieur en chef de l’A220, Jean-François Parent. On s’en approche vraiment. »

L’A220-100 et l’A220-300 auront dorénavant 3400 et 3350 milles nautiques de rayon d’action. En comparaison, celui du Boeing 737 MAX 7, plus grand, mais présenté comme un rival par Boeing, est de 3850 milles nautiques. Le MAX 7 est toutefois à peu près invendu. Le MAX 8, encore plus grand et très populaire, a un rayon de 3550 milles nautiques.

« Ça permettra à un opérateur de relier directement des villes pour lesquelles il n’y a peut-être pas un marché pour un avion de 210 places, mais pour 130 places, poursuit M. Parent. Certains opérateurs étaient intéressés par cette augmentation-là. C’est ce qui a déclenché une étude à l’interne pour y parvenir. »

Dans un communiqué annonçant la nouveauté, Airbus fait référence à de nouvelles possibilités pour relier l’Asie du Sud-Est à l’Australie et l’Europe au Moyen-Orient. Ce pourrait aussi être entre l’Amérique du Nord et l’Europe ou l’Amérique du Sud, note M. Parent.

Aucun changement

Aucun changement technique n’a été nécessaire, précise M. Parent.

« Il y a dans les ailes une petite capacité pour mettre de l’essence en plus. Nous ne pouvions pas l’utiliser, parce que nous atteignions déjà le poids maximum au décollage certifié. »

Des tests de résistance qui se sont poursuivis après l’entrée en service ont toutefois permis de constater que l’avion était capable d’en prendre davantage.

« Durant le développement, il faut se garder certaines marges pour être certains d’atteindre les requis, explique l’ingénieur. On a notamment testé la fatigue de certaines structures pour l’équivalent de trois fois la durée de vie. Ces tests se sont terminés l’an dernier et ont permis l’annonce [d’hier] matin. »

Il est plutôt courant pour les nouveaux appareils de voir leurs capacités étendues au cours de leurs premières années d’existence, au fur et à mesure que de nouveaux tests permettent d’exploiter ces marges.

La modification du poids maximal au décollage devra être approuvée par Transports Canada et les autorités compétentes similaires un peu partout dans le monde. Les opérateurs qui disposent déjà d’appareils A220 et qui souhaiteraient en étendre la portée devront débourser un supplément leur donnant droit à une modification logicielle, à des ajustements physiques et aux nouveaux manuels de vol nécessaires.