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Analyse

La BCE active enfin sa planche à billets

Le ralentissement de l'inflation observé depuis plusieurs mois... (PHOTO ARCHIVES AP)

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Le ralentissement de l'inflation observé depuis plusieurs mois incite la BCE à prendre le scénario de déflation au sérieux.

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Rudy Le Cours
La Presse

La Banque centrale européenne (BCE) se devait d'agir et elle n'y va pas de main morte.

À partir de mars et au moins jusqu'à septembre 2016, elle injectera 60 milliards d'euros par mois en argent frais dans la zone, a annoncé hier son président, Mario Draghi.

C'est donc au minimum 1000 milliards d'euros que la BCE lance dans l'espoir de contrer le risque de déflation et de ranimer la croissance. La décision a été prise à la majorité des membres du comité directeur de la BCE, formé de son président et des représentants des banques centrales des 19 États qui se partagent l'euro.

L'entrée tardive de la BCE dans le territoire non balisé de la détente quantitative (DQ) était fort attendue des intervenants sur les marchés financiers, qui craignaient toutefois qu'elle ne survienne trop tard et ne pèche par un excès de timidité. Ils tablaient sur l'injection d'environ 500 milliards d'euros.

L'ampleur de la DQ a donc agréablement surpris. La monnaie s'est davantage dépréciée face au billet vert. Surtout, les coûts d'emprunts des États membres ont diminué. Cela devrait inciter les détenteurs de capitaux à chercher de meilleurs rendements dans les prêts aux entreprises.

La planche à billets européenne ne fonctionnera pas comme celle de la Réserve fédérale américaine ni comme celle de la Banque du Japon.

La BCE gonfle son bilan en achetant des emprunts des États membres déjà détenus par les institutions financières. Pas question, donc, de monétiser directement les déficits, comme l'a fait la Fed avec Washington, ce qui avait favorisé l'effort fiscal pour stimuler la croissance.

La BCE achètera aussi des obligations garanties de banques privées de la zone de même que les emprunts des institutions européennes comme le Mécanisme de stabilité européenne.

La BCE achètera elle-même seulement 8% des titres, le reste des transactions étant assuré par les banques centrales des États membres, au prorata de leur participation au capital de la BCE. Bref, les plus gros acheteurs seront la Bundesbank et la Banque de France.

Enfin, seulement 20% des pertes, s'il y en a, seront mutualisées.

La BCE annonce aussi qu'elle ramène de 0,15 à 0,05% le taux sur les opérations de refinancement à long terme offertes aux banques. Cette décision vise aussi à augmenter les liquidités des institutions financières pour stimuler le crédit aux ménages et aux entreprises.

La DQ poursuit le même objectif, mais en créant de l'argent. Cela est de nature à réveiller les attentes inflationnistes.

En décembre, le taux d'inflation dans la zone euro était de -0,2%, alors que la BCE cible un taux qui s'approche de 2%, sans l'atteindre.

L'entrée en taux négatif est attribuable à la chute du prix des carburants. Celle-ci va profiter à la zone euro puisqu'elle importe tout son pétrole. Hors pétrole, les prix ont timidement grimpé de 0,3% en un an en novembre, soit moins vite qu'au cours des mois précédents.

Le ralentissement de l'inflation observé depuis plusieurs mois incite la BCE à prendre le scénario de déflation au sérieux. Il y a bel et bien risque que s'installent des attentes de baisse générale des prix au sein des ménages et des entreprises de la zone euro.

C'est une situation de laquelle il est bien difficile de s'extirper, comme en fait foi l'expérience japonaise des années 90.

Comment agit la déflation sur l'économie?

Quand les prix baissent, alors les profits baissent, les salaires diminuent, l'emploi aussi. Le réflexe de reporter ses achats dans l'espoir que les prix tombent encore s'installe. C'est un cercle vicieux. Seules les dettes ne bougent pas, tandis que le remboursement des intérêts et du capital devient plus lourd à supporter.

C'est ce danger de chute en vrille de l'économie que la BCE veut absolument contrer.

Les expériences de DQ ne sont pas garantes de succès. Ce n'est qu'après trois rondes qu'elles ont permis de donner finalement des assises solides à la reprise américaine.

D'une ampleur plus grande encore en proportion de la taille de l'économie, la DQ en cours au Japon n'a pas empêché une rechute en récession l'automne dernier. L'effondrement des cours du pétrole profite heureusement au Japon, entièrement dépendant de ses importations.

En termes relatifs, les mesures exceptionnelles annoncées hier par la BCE sont moins importantes que celles menées par la Fed et la Banque du Japon.

M. Draghi n'écarte cependant pas la possibilité de les prolonger si nécessaire.

En attendant le lancement de la DQ en mars, la BCE va scruter avec le plus grand soin les élections en Grèce dimanche. Les sondages donnent gagnant le parti de gauche Syriza, qui a promis de renégocier la dette du pays du bouzouki.

Cela fait grincer les Allemands, dont l'initiative européenne pénalise déjà les nombreux épargnants et dont les finances publiques ont été assainies.




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